Glamourdale, le gladiateur de Charlotte Fry, s’offre un plébiscite romain à Aix-la-Chapelle
Hier à Aix-la-Chapelle, Charlotte Fry et Glamourdale sont devenus le premier couple à décrocher quatre titres mondiaux Seniors consécutifs en dressage. La Britannique et son puissant étalon ont mis (presque) tous les juges d’accord et ont su séduire quelque 40.000 spectateurs exaltés en ce soir de grand spectacle. Dans une atmosphère que seul le temple allemand sait offrir, ils ont devancé la combative Danoise Cathrine Laudrup-Dufour et la volontaire Mount St. John Freestyle, qui ont encore dû se contenter de l’argent malgré un nouveau record personnel. Le bronze est revenu à Isabell Werth, l’impératrice allemande, qui s’est battue comme une lionne sur Queenparks Wendy*de Fontaine, tandis que les doubles champions d’Europe en titre, Justin Verboomen et Zonik Plus, ont été repoussés au quatrième rang.
Lorsque le soleil se couche sur Aix-la-Chapelle, une forme de magie s’empare de sa myhique arène équestre. Chaque année, une trentaine d’élus parmi les meilleurs cavaliers de saut d’obstacles de la planète ont la chance de vivre ce moment en seconde manche de la Coupe des nations, le jeudi soir. Hier, dix-huit dresseurs triés sur le volet ont, eux aussi, eu la chance d’éprouver cette expérience unique au monde, qui n’avait plus été offerte à aucun cavalier de cette discipline depuis vingt ans. Lors des Jeux équestres mondiaux de 2006, la nuit aixoise avait souri à la Néerlandaise Anky van Grunsven — présente en tribune ce soir — et Salinero, en or, à l'Allermande Isabell Werth et Satchmo, en bronze, mais aussi à un certain Andreas Helgstrand, alors quasi inconnu, en argent sur Blue Hors Matiné. Âgée de neuf ans seulement, la grise avait fait chavirer les quelque 40.000 spectateurs grâce à ses mouvements très expressifs et puissants — les signes de tension associés à cet éclat ont été largement critiqués depuis.
Charlotte Fry et Glamourdale ou le règne de la puissance et de l’expression
Dans une arène aussi immense que celui du parc de la Soers, où les spectateurs se situent à quarante, soixante, cent mètres ou plus du rectangle, l’inclination du public pour les locomotions extravagantes n’a rien d’illogique. Après tout, dans les grands théâtres, les comédiens ne forcent-ils pas leurs expressions faciales? Ne se fardent-ils pas davantage pour susciter l’émotion de l’audience? En tout cas, ce soir, le goût du public aixois pour la puissance et l’extravagance s’est largement confirmé au vu des applaudissements plus que nourris et des exclamations qu’a provoqués la reprise de Charlotte Fry et Glamourdale. En ce lieu où le public — très vivant, contrairement à ce que laissent entendre certains clichés — réputé connaisseur, joue le rôle de huitième juge, voire d’arbitre, la Britannique l’a largement emporté à l’applaudimètre. Les officiels aussi l’ont placée en tête — en tout cas pour cinq d’entre eux — avec une moyenne de 91,907%, proche de son record personnel de 92,379% établi aux Européens de Riesenbeck, en 2023. Si l’étalon KWPN n’a rien perdu de sa locomotion, extraordinaire d’amplitude notamment, il faut dire que sa cavalière ne le présente plus comme il y a quatre ans, lorsqu’il avait remporté ses deux premiers titres mondiaux à Herning, au Danemark. Le contact entre la main de la Britannique et la bouche de l’étalon reste parfois trop fort, mais son attitude s’est améliorée, et le gladiateur musculeux semble mieux utiliser son dos. Surtout, il réalise beaucoup mieux les exercices exigeant un très haut degré de rassembler, à savoir le passage, le piaffer et les pirouettes au galop, alors même que sa cavalière semblait dans l’impasse vis-à-vis de cet exercice l’an dernier. Compte tenu de ces difficultés, parmi d’autres, le couple n’avait fini que neuvième du Grand Prix Spécial et dixième de la Libre aux Européens de Crozet, dans l’Ain. Bien peu d’observateurs auraient alors parié sur le fait que le duo deviendrait le premier à conquérir quatre titres mondiaux consécutifs un an plus tard — cette semaine, donc— en Allemagne.
L’impératrice Isabell ravit ses sujets
Les deux juges qui n’ont pas placé Charlotte Fry en tête lui ont préféré Cathrine Laudrup-Dufour, déjà deuxième du Spécial vendredi et qui a décroché sa sixième médaille d’argent individuelle en quatre ans. Parfaitement disponible, souple, élastique et à la fois tout à fait énergique, Mount St. John Freestyle a excellé au passage, au piaffer, ou encore dans les pirouettes au galop, réalisant sans doute la meilleure prestation technique du soir dans ces exercices. En revanche, l’Hanovrienne de dix-sept ans n’est pas douée de la même puissance intrinsèque ni de la même amplitude que Glamourdale, ce qui a semblé lui manquer pour s’imposer dans cette Libre, même si les critères de ce genre sont normalement loin d’être prioritaires dans la notation d’une épreuve de niveau Grand Prix. La Danoise n’a sans doute pas non plus été aidée par sa musique, sans grand caractère, mais elle a tout de même réussi à s’offrir un record personnel à 91,236%.
Quatrième vendredi et dernière au départ hier soir, Isabell Werth est entrée en piste avec le couteau entre les dents et une volonté farouche d’aller chercher tous les points possibles en conclusion de son trente-deuxième (!) grand championnat international. L’impératrice allemande a produit sa meilleure prestation de la semaine avec Queenparks Wendy* de Fontaine, un peu moins tendue et plus active des postérieurs que la veille encore. La paire a de nouveau récolté beaucoup de points dans les airs relevés. La cavalière la plus médaillée de tous les temps n’a pas su éviter une faute dans les changements de pied aux deux temps, mais le duo a présenté des changements au temps sans erreur. Là aussi, dans une certaine mesure, l’exacerbation de l’expression et de la force a semblé primer. Sous les hourras du public, les guerrières sont sorties de piste avec une moyenne de 88,65%, supérieure de 0,211 point à celle de Justin Verboomen et Zonik Plus.
Pas de médaille, mais une satisfaction visible pour Justin Verboomen
Le Belge et son étalon noir de dix ans, doubles champions d’Europe en titre, ont quitté ces Mondiaux sans médaille, mais Zonik Plus a semblé beaucoup plus à l’aise hier soir que lors de ses deux premières prestations de la semaine. Comme les binômes présents sur le podium, celui-ci a eu le droit à une ovation debout du public à la fin d’une reprise où le Wallon a eu à coeur de guider son complice avec le plus de finesse possible. Cela fut souligné par un accompagnement musical élégant, épuré et aux accents légèrement épiques. Juste avant que sa moyenne (88,439%) ne s’affiche, Justin Verboomen est sorti du rectangle visiblement satisfait de sa prestation et en saluant le public.
Avant cette dernière ligne droite de folie, puisque les couples précités sont tous passés dans le dernier tiers de l’épreuve, c’est Becky Moody qui avait droit à la première ovation debout du public aixois plus tôt dans la soirée. Associée à Jägerbomb, qui lui avait permis de remporter la finale de la Coupe du monde début avril à Fort Worth, au Texas, la Britannique, accompagnée de certains tubes parmi les plus connus des Beatles, a proposé une reprise au degré de difficulté très élevé, que le couple a présentée sans la moindre fausse note. La moyenne de 87,479% a laissé le duo à un point du podium... où certains observateurs les auraient bien vu figurer.

