“J’ai recueilli de bonnes informations à Aix-la-Chapelle”, Édouard Coupérie
De vendredi à dimanche, à Aix-la-Chapelle, Édouard Coupérie a observé avec attention les cinq cavaliers français présentant six chevaux susceptibles d’être en lice pour les Mondiaux, programmés mi-août sur cette même piste. Sur la route du retour, le sélectionneur français est revenu sur un Grand Prix qui n’a guère souri aux Bleus mais riche en enseignements en vue de l’échéance quadriennale. L’occasion aussi d’évoquer le départ de Grand Duc du Paradiso des écuries de Sara Brionne.
Qu’avez-vous pensé du comportement de Fringan de Vesquerie, qui découvrait Aix-la-Chapelle sous la selle de Julien Épaillard, et bouclé la première manche du Grand Prix avec huit points ?
Tout d’abord, je trouve que le fait que les cinq cavaliers français se soient qualifiés pour le Grand Prix est une bonne chose. En ce qui concerne Julien, Fringan n’était pas initialement venu pour prendre part au Grand Prix, qu’aurait dû courir Le Coultre (de Muze, qui n’a pas concouru du week-end après une warm-up difficile, ndlr). Malgré cela, je trouve qu’il s’est bien débrouillé. Julien a un peu changé ses réglages et je pense que le cheval a été peu surpris sur le n°1. Il a ensuite un peu regardé le double de bidets. Pour le reste, il a bien sauté, y compris les combinaisons. Il s’agit d’un bon parcours.
Au fil du week-end, Fringan de Vesquerie a semblé prendre peu à peu ses marques sur la piste. L’alezan étant la meilleure option de Julien Épaillard pour les Mondiaux, ce dernier est-il animé par la perspective de ce championnat ?
Oui, Julien est très motivé et va continuer à faire progresser son cheval. Je trouve tous les cavaliers très mobilisés pour l’échéance des championnats du monde. Par ailleurs, Fringan avait profité d’une pause, puis avait pris part à des épreuves moins importantes. Petit à petit, il se frotte à nouveau à des parcours très sérieux. Il sera donc très intéressant de le voir lors de ses prochaines sorties, dont le CSIO 5* de La Baule.
Dans le premier acte du Grand Prix, Simon Delestre et Golden Boy DK ont quant à eux écopé du lourd score de seize points. Comment l’analysez-vous ?
Je dirais qu’il y a un petit manque de réglages. Je trouvais effectivement que le cheval sautait trop en avant aujourd’hui, il avait moins de recul. Cela s’est notamment vu dans le triple et au niveau du double, dans lequel il est trop parti en avant, sans suffisamment s’asseoir. Quand on fait le bilan depuis le début d’année, il n’a signé que des parcours sans faute ou à quatre points en Grands Prix. Cette fois, c’était moins bien. Je vais échanger avec Simon, voir comment cela peut être amélioré. Si tout va bien, j’aimerais le revoir à La Baule, afin d’observer s’il retrouve le coup de saut qu’il avait lors des concours précédents.
Connu pour sa grande régularité en Grands Prix Golden Boy DK, a semblé avoir un peu moins d’aisance à s’exprimer sur la piste aixoise. Dans quelle mesure cette donnée va-t-elle compter dans votre choix ?
Pour moi, il a quand même bien sauté le premier jour en réalisant un sans-faute. Pour continuer à l’habituer, il a pris part à une petite épreuve samedi (conclue avec quatre points samedi, ndlr). Oui, son parcours dans le Grand Prix est décevant, mais j’espère qu’il s’agit d’une méforme passagère et qu’il va retrouver sa régularité de tout le début d’année.
De retour à la compétition depuis peu, I Amelusina R 51 était aussi présent à Aix-la-Chapelle. À ce stade, Simon Delestre l’estime à peu près à quatre-vingts pour cent de ses capacités. Comment l’avez-vous trouvé sur la piste de la Soers ?
Il sautait bien. Samedi, lors d’un virage à main droite, il est repassé un tout petit peu derrière Simon, ce qui a engendré une faute sur la barre de spa. En dehors de cela, s’est très bien comporté, au paddock comme en piste. Je le sens revenir en grande forme. Évidemment, il est aussi sur la liste pour les championnats du monde et je vais rester attentif à son retour. J’espère qu’il va retrouver son niveau des Jeux olympiques (lors desquels il avait œuvré pour le bronze collectif à Versailles, en 2024 ndlr).
“Dynastie dominait bien son sujet”
Après une première manche sans pénalité, Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour sont sorties de la seconde manche avec huit points. Comment les avez-vous trouvées ce week-end ?
Dynastie a été très bien, particulièrement en forme. J’ai échangé avec Nina, qui s’en veut d’être venue un peu près de l’oxer sur lequel elle a commis une faute. Après cela, elle a du faire cinq foulées pour aborder l’obstacle suivant, ce qui était aussi difficile. Il s’agit donc de deux petites fautes techniques, que Nina va gommer sans aucun mal. Dynastie dominait bien son sujet. Son bilan depuis le début de l’année comprend beaucoup de très bons parcours.
Avec Kevin Staut, Féline de Hus*HDC avait bien entamé le parcours initial du Grand Prix, avant d’écoper de huit points en fin de course. Qu’avez-vous pensé de son comportement pour son baptême aixois ?
Elle a en effet signé une très bonne entame. Je suis très content de la façon dont elle a sauté. Kevin pense qu’il a tourné un peu court devant l’oxer rouge sur lequel il a fauté. Il pensait que cela faciliterait la reprise face au double de droits. Sa jument a encore besoin de comprendre ce genre de choses et son dressage doit être affiné. Féline est particulièrement volontaire, ce qui peut la faire aller un peu trop en avant. En revanche, elle a prouvé sa bonne qualité de saut, ce qui est un bon point.
Ce duo pourrait-il entrer dans la liste de candidats potentiels pour les Mondiaux ?
Oui, absolument. Jusqu’alors, Féline n’avait pas encore rempli les minimas qualificatifs, ce qui est chose faite depuis ce Grand Prix. Nous allons donc échanger avec les propriétaires afin de voir s’ils sont d’accord pour qu’elle intègre la liste pour les Mondiaux.
Pour sa toute première expérience aixoise, Floyd des Prés s’est bien exprimé sous la selle d’Antoine Ermann. Qu’en avez-vous pensé ?
C’était en effet très bien, il a notamment signé deux magnifiques parcours dans les épreuves qualificatives, lors desquelles il n’a pas commis de faute. Dans le Grand Prix (bouclé avec huit points en première manche, ndlr), il a très bien débuté son tour mais Antoine se reproche d’avoir eu une distance un peu longue devant le double de droits. S’il le passait à nouveau, il aurait changé cette donnée. Mais je suis très content du comportement de Floyd, qui notamment montré à l’aise sur le double de bidets (une difficulté mythique d’Aix-la-Chapelle, ndlr). J’ai vraiment une bonne impression du cheval en ce moment, qui rentrait tout juste du 5* de Madrid (où il s’est placé troisième de l’étape du Longines Global Champions Tour, le 17 mai, ndlr). Ce week-end, il a prouvé qu’il tenait la distance et qu’il était en grande forme.
Fin avril, au terme du CSI 5* de Fontainebleau, vous disiez qu’il avait encore besoin de s’affûter. Est-il en bonne voie et quel va être le plan pour le conserver en forme ?
En effet, le cheval s’endurcit, il est désormais beaucoup plus sérieux. Évidemment, il va profiter d’un peu de repos après les concours de Madrid et Aix-la-Chapelle. Son prochain rendez-vous sera aussi le CSIO 5* de La Baule. Après, chaque couple aura un programme à la carte en fonction de la forme des chevaux, tout le monde ne concourra pas au même endroit.
Globalement, votre bilan est donc positif, n’est-ce pas ?
Oui, j’ai recueilli de bonnes informations à Aix-la-Chapelle. Certes, il y a encore du travail, mais toutes les problématiques rencontrées sont solvables sans trop de mal.
Même s’il n’était pas à Aix-la-Chapelle, la vente de Grand Duc du Paradiso, jusqu’alors monté par Sara Brionne, à l’Américaine Eve Jobs, a fait grand bruit ces derniers jours. Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?
Sara et moi avions établi un programme pour ce cheval. Toutefois, il s’agit de belles ventes et nous ne pouvons pas lutter face à des clients américains importants. Sur le plan sportif, je regrette de le voir partir. J’aurais idéalement préféré qu’il soit vendu en France, mais il est toujours difficile de trouver des propriétaires prêts à investir autant. Sara a réalisé un travail magnifique avec ce cheval, c’est d’ailleurs ce que je lui ai dit lorsque nous avons échangé au téléphone. Sportivement je suis déçu, car nous avions besoin de ce cheval pour l’équipe de France, mais je l’ai félicité pour son travail.

