“Aix-la-Chapelle fait partie de ces endroits où tout cavalier rêve de monter au moins une fois dans sa vie”, Oda Charlotte Lyngvaer
Révélation de la Coupe du monde Longines cet hiver, au point de terminer dixième du classement général du circuit et de se qualifier pour la finale de Fort Worth, Oda Charlotte Lyngvaer foule pour la première fois la mythique piste d’Aix-la-Chapelle ce week-end. La Norvégienne, qui avait déjà disputé les championnats d’Europe de La Corogne l’été dernier, est en Allemagne pour tester sa fidèle jument de tête, Carabella vd Neyen, en vue des Mondiaux qui se tiendront sur cette même piste mi-août. Une forme de consécration pour cette femme de trente-cinq ans, qui évolue désormais à haut niveau mais continue de former des jeunes chevaux aux écuries Hendrix.
C’est la première fois que vous foulez la piste d’Aix-la-Chapelle. Que signifie pour vous le fait de faire vos débuts dans l’un des quatre Majeurs composant le Rolex Grand Chelem de saut d’obstacles?
C’est vraiment une expérience irréelle! Être ici, monter aux côtés de tant des meilleurs cavaliers au monde et avoir l’opportunité de concourir sur cette piste, c’est vraiment très spécial. Pour moi, Aix-la-Chapelle fait partie de ces endroits où tout cavalier rêve de monter au moins une fois dans sa vie. Après la warm up de jeudi, j’ai plaisanté en disant que je pouvais déjà cocher cela sur ma liste et rentrer à la maison, mais évidemment c’est bien plus que cela. C’est un immense honneur. C’est aussi important pour la suite. Si je veux participer aux championnats du monde cet été, avoir découvert cette piste et cette atmosphère au préalable est très précieux. Cela me permet de comprendre l’âme de cette arène, son ampleur et la pression qui y règne.
Le concours d’Aix-la-Chapelle est effectivement connu pour sa dimension, son atmosphère et son histoire. Qu’aviez-vous entendu de la part d’autres cavaliers au sujet de cette grande piste, et vos impressions ont-elles été confirmées?
J’avais déjà beaucoup regardé le concours d’Aix-la-Chapelle, donc je savais à quel point c’était impressionnant, mais je m’attendais quand même à me sentir un peu “perdue” en entrant en piste tellement elle est immense! Cette saison, j’ai disputé beaucoup de concours indoor, dans des pistes bien plus petites. Une piste comme celle d’Aix est donc clairement hors de ma zone de confort, pour moi mais aussi pour mon cheval. Et, finalement, elle m’a parue encore plus grande que ce que j’imaginais, même si je m’étais préparée à cette sensation. Je savais que je devrais repenser certaines choses en piste et m’adapter à cet espace.
Vous avez suivi un parcours très différent que la plupart de vos homologues pour atteindre le haut niveau. En quoi ce cheminement a-t-il façonné la cavalière que vous êtes aujourd’hui?
Je ne viens pas d’une famille de chevaux, ni d’une famille capable de me faire progresser dans ce sport. Mes parents m’ont toujours soutenue, mais ils ne pouvaient pas m’offrir des chevaux de haut niveau ou des opportunités. J’ai commencé dans un centre équestre et je montais tout ce que je pouvais. Si le cheval avait quatre jambes et qu’il semblait capable de sauter, je montais dessus! J’ai aussi essayé différentes disciplines, notamment le dressage et le concours complet. Pour moi, cela a toujours été une question de passion pour les chevaux et pour l’équitation.
J’ai toujours nourri de grands rêves et toujours voulu progresser. Je regardais les autres cavaliers et je me disais: “s’ils peuvent le faire, alors cela doit aussi être possible pour moi”. Je savais que je devrais énormément travailler, essayer de m’améliorer chaque jour et saisir les opportunités qui se présenteraient. Mon parcours a pris du temps. J’avais vingt-quatre ans quand j’ai sauté ma première épreuve à 1,40m, alors qu’aujourd’hui, on voit des cavaliers de cet âge-là déjà engagés dans les plus grandes épreuves 5*! Mon parcours a été différent des autres, mais je savais ce que je voulais et je croyais que si j’en avais l’opportunité, je pourrais continuer à évoluer. Aujourd’hui, je suis installée dans les écuries Hendrix depuis presque douze ans. Cela représente une énorme partie de mon parcours. Pouvoir apprendre, monter, observer, former des chevaux et avancer petit à petit vers tous ces rêves a été incroyable.
Associée à sa jument de coeur Carabella vd Neyen, Oda Dharlotte Lyngvaer foule pour la première fois la piste d'Aix-la-Chapelle ce week-end.
© Sportfot
“Carabella est arrivée dans ma vie à un moment où je commençais à avoir des doutes”
Oda Dharlotte Lyngvaer a fait sensation à la finale de la Coupe du monde Longines de Fort Worth, en avril, où elle a terminé vingtième.
© Tiffany van Halle/Hippo Foto
Carabella vd Neyen, formidable jument Zangersheide de douze ans, vous a permis d’accéder à certains des plus grands concours au monde. Qu’est-ce qui rend votre relation avec elle si spéciale?
Elle est arrivée dans ma vie à un moment où, après avoir travaillé si dur pendant tant d’années, je commençais à avoir des doutes. On finit parfois par se demander si le succès arrivera un jour, ou si tout ce travail et tous ces rêves n’auront servi à rien… Puis Carabella est arrivée, et elle a commencé à m’ouvrir ces portes. Elle m’a montré que c’était possible. C’est pour cela que je suis souvent émue quand je parle d’elle, parce qu’elle m’a permis de croire en moi. Je crois en elle, et elle m’a aidée à croire en moi-même. Je pense que c’est cela qui rend notre relation si spéciale. Il y a une véritable confiance entre nous.
En parallèle d’évoluer au niveau 5*, vous continuez à former des jeunes chevaux dans les écuries Hendrix. En quoi ce travail influence-t-il votre équitation, et quelles qualités recherchez-vous chez un cheval de Grand Prix 5*?
Je pense que la formation apprend à comprendre les différents types de chevaux. Pour ma part, je ne recherche pas un profil précis. Quel que soit le cheval que je monte, j’essaie de comprendre ce dont il a besoin et comment le monter de la meilleure manière possible. J’essaie de les aider à devenir la meilleure version d’eux-mêmes. Cela m’a énormément façonnée comme cavalière, parce que chaque cheval vous apprend quelque chose de différent. Pour moi, l’attitude est toutefois la qualité la plus importante. Un cheval peut avoir la plus belle technique du monde, mais, s’il n’a pas le bon mental, il sera difficile pour lui d’aller jusqu’au plus haut niveau. Carabella est un bon exemple. Elle n’a peut-être pas le style le plus spectaculaire ni le physique le plus athlétique, mais elle a cet état d’esprit de combattante. Pour moi, c’est le plus important, surtout chez un jeune cheval: il faut sentir qu’il veut travailler avec vous et qu’il aime vraiment ce qu’il fait.
Selon vous, quelle importance le Rolex Grand Chelem de saut d’obstacles a-t-il eu pour le sport?
J’ai énormément de respect pour ce que représente le Rolex Grand Chelem pour notre sport. Je pense que ce que Rolex fait pour le saut d’obstacles est très impressionnant et très important. Je me souviens encore d’avoir regardé Scott Brash remporter le Rolex Grand Chelem (c’est-à-dire remporter coup sur coup les Grands Prix de Genève, Aix-la-Chapelle et Calgary, en 2014 et 2015, ndlr), et ce sont le genre de souvenirs qui restent gravés dans le sport. Ce sont des moments qui inspirent les cavaliers. Le Rolex Grand Chelem apporte énormément de prestige à notre sport, et sa valeur est très grande.

