“Je suis très fière de faire partie de cette délégation française”, Alexia Pittier
Sacrée vice-championne du monde de para-dressage à Aix-la-Chapelle dans la Reprise Libre en Musique de Grade IV, Alexia Pittier peut pleinement savourer son incroyable performance réalisée avec son fidèle Sultan. À cette occasion, la Française est revenue sur la connexion ressentie avec son cheval, son goût pour la Reprise Libre en Musique ou encore la force du collectif tricolore, qui a décroché sa qualification pour les Jeux paralympiques de Los Angeles.
Alexia Pittier, vice-championne du monde avec Sultan 768
© FFE/PSV
Vous avez été sacrée vice-championne du monde dimanche à Aix-la-Chapelle. Avez-vous eu le temps de réaliser la portée de votre performance? Quel a été votre sentiment immédiatement après que la médaille vous a été remise?
Oui et non. Je commence à réaliser petit à petit tout ce qui s’est passé, parce que cela prend quand même du temps. J’ai d’abord ressenti beaucoup de joie, parce que je me suis vraiment fait plaisir avec mon cheval. Pour moi, c’était déjà énorme car c’est ce que je cherchais en priorité. Je voulais danser avec mon cheval, et ma première satisfaction, en sortie de piste, a été d’avoir senti cette connexion avec lui. C’était déjà quelque chose d’immense pour moi, mais vivre cela à Aix-la-Chapelle, un lieu mythique, chargé d’histoire, qui a beaucoup de sens dans le milieu équestre – c’était encore plus spécial.
Vous êtes arrivée à Aix-la-Chapelle en tant que championne d’Europe en titre. Cela vous a-t-il infligé une pression supplémentaire?
Ce n’est pas ma façon d’être. Mon objectif était avant tout de continuer à donner le meilleur de moi-même et, surtout, d’être à la hauteur de mon cheval, parce que je sais qu’il est incroyable.
La chute de Vladimir Vinchon, dans la même épreuve, a-t-elle été une source de stress?
Vladimir est tombé après mon passage: il était trois chevaux après moi et, lorsque je suis sortie de piste, il était encore à cheval. Cela a été très dur, parce qu’il avait lui aussi réalisé un magnifique championnat. Nous nous sommes beaucoup inquiétés, car les chutes ne sont jamais anodines. Mais il est fort: il est remonté à cheval et a, une nouvelle fois, prouvé sa détermination.
À Ermelo comme à Aix, c’est la Reprise Libre en Musique qui vous a particulièrement souri. À votre avis, qu’est-ce qui rend votre couple avec Sultan encore meilleur dans cet exercice que dans les autres épreuves?
Je trouve que le côté artistique nous porte, mon cheval et moi. Nous avons choisi une musique avec laquelle nous racontons notre histoire. Sultan est un cheval sensible et, au fil des jours, il se sent de mieux en mieux. C’est souvent ainsi à chaque compétition.
Dans cette reprise, il est au plus décontracté. Le côté artistique permet aussi d’intégrer des mouvements qui le mettent en valeur. Ce cheval possède une qualité exceptionnelle, c’est donc une reprise que j’affectionne énormément.
Votre programme libre et sa musique racontent votre histoire avec Sultan. Comment avez-vous choisi les musiques qui le composent?
C’est un beau travail, qui nous a demandé une grosse année. Nous avons changé beaucoup de choses. D’abord, il faut choisir des musiques qui nous parlent. Nous voulions raconter l’histoire que Sultan et moi vivons. J’ai conçu cette reprise avec Fanny Delaval, la manageuse de l’équipe, et avec le compositeur. Il faut ensuite sélectionner des musiques qui mettent en valeur les allures du cheval. Cela doit nous correspondre, correspondre au cheval et le porter.Il faut aussi tenir compte de sa sensibilité: on ne peut pas mettre n’importe quelle musique. C’est vraiment un travail de précision, et c’est aussi ce qui me plaît dans ces reprises.
“Cette médaille d’argent est, selon moi, une médaille d’équipe”
Vous terminez à près de cinq points de Kate Shoemaker. Quels axes de progression identifiez-vous pour vous rapprocher encore du sommet mondial?
Il reste encore beaucoup d’axes de progression – il y en a toujours. C’est ce qui est beau avec le cheval: on peut sans cesse aller chercher plus loin. Aujourd’hui, nous pouvons encore gagner en précision et en fluidité. Mon axe de travail sera d’être, dès le début de la compétition, encore meilleure, avec davantage de relâchement et de connexion. Je pense que l’on peut toujours faire progresser la relation que l’on entretient avec son cheval. C’est ce que j’irai chercher encore davantage.
L’objectif majeur de la France à Aix était de décrocher sa qualification pour les Jeux paralympiques, ce qu’elle a réussi à faire. Comment avez-vous vécu cette expérience d’équipe? Votre regard est-il désormais directement tourné vers Los Angeles?
Pour nous, c’est quelque chose d’immense. Nous avons un collectif très fort. Nous nous connaissons depuis un moment et sommes très soudés. Vincent, qui vient d’arriver, est lui aussi formidable. Nous pouvons également compter sur tout le collectif qui nous entoure: le staff de chaque cavalier et le staff fédéral. Nous vivons tout cela ensemble. Même cette médaille d’argent est, pour moi, une médaille d’équipe, parce que nous construisons les choses tous ensemble. Cette qualification est une fierté. Notre force, c’est ce que nous accomplissons ensemble.
Votre médaille est aussi la cinquième remportée par la délégation française présente aux Mondiaux à Aix-la-Chapelle. Avez-vous ressenti une énergie collective particulière au sein du clan tricolore? Quel est votre regard sur les autres performances françaises de ces Mondiaux? Des concurrents d’autres disciplines sont-ils venus vous voir?
Nous étions présents durant la deuxième semaine, ce qui était très chouette, car nous avons pu aller voir les autres disciplines, notamment l’attelage, et nous rendre au stade. Il régnait une ambiance énorme, que nous n’avons pas l’habitude de vivre au quotidien puisque toutes les disciplines ne sont pas toujours réunies. Il y avait beaucoup de bruit et le public était là pour voir du sport: c’était très fort. Nous avons une délégation française incroyable. Après, cela reste du sport et certaines choses ne se maîtrisent pas. Je suis très fière de faire partie de cette délégation et de cette fédération. Des représentants de l’attelage et d’autres disciplines sont venus nous voir, tout comme le sélectionneur et des membres de la fédération. Les horaires se chevauchaient parfois, donc nous n’avons pas pu voir tout le monde, mais chacun était présent à sa manière. C’était surtout très chouette.
En selle sur Sultan 768, Alexia Pittier a décroché la médaille d’argent de la Reprise Libre en Musique de Grade IV aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle.
© FFE/PSV
“Pour moi, l’inclusion, c’est être là avec tout le monde”
Par ailleurs, le para-dressage était inclus au programme à Aix-la-Chapelle pour la première année. Comment avez-vous vécu la découverte de ce site et que représente-t-il pour vous?
Pour moi, c’est aussi cela, l’inclusion: être là avec tout le monde. Cela a une valeur très importante. Je trouve que les organisateurs ont vraiment bien fait les choses. Cette présence nous a plongés dans une ambiance à laquelle nous ne sommes pas habitués, mais elle était porteuse, et c’était très intéressant d’évoluer dans ce contexte. Aix-la-Chapelle est un lieu mythique et les organisateurs ont vraiment vu les choses en grand. Pour moi, l’inclusion consiste aussi à nous permettre d’être présents avec tout le monde et de faire du sport tous ensemble.
Pour les futurs Mondiaux comme pour les éventuelles futures compétitions de para-dressage à Aix-la-Chapelle, y a-t-il des idées à reprendre ou des axes d’amélioration par rapport à ce qui a été fait?
À Aix-la-Chapelle, l’organisation est très rodée et très facile à suivre. Avec toutes leurs années d’expérience, les organisateurs ont construit quelque chose de très solide: tout était très bien organisé. Pour les autres compétitions, cela dépend vraiment des sites. Parfois, nous sommes seuls ; parfois, nous partageons l’événement avec d’autres disciplines, ce qui change beaucoup de choses dans l’organisation. Il m’est donc difficile de répondre de manière générale.

