Du ressenti à la mesure, l’équipement équestre change de cap (2/2)
Longtemps guidés par la recherche de performance ou la tradition, les achats des cavaliers sont désormais de plus en plus influencés par les questions de bien-être équin. Une évolution des attentes qui a profondément rebattu les cartes pour les équipementiers. Les marques historiques ont ainsi revu leurs produits, renforcé leur accompagnement et développé de nouveaux services, à l’image de l’essor du saddle fitting dans le secteur de la selle. Dans le même temps, de jeunes entreprises ont vu le jour en faisant du confort et de la biomécanique du cheval leur raison d’être. À travers leurs témoignages, ce dossier décrypte la manière dont cette nouvelle sensibilité transforme progressivement l’économie de l’équipement équestre.
Du bon usage des mains, une garantie dont beaucoup rêvaient
Depuis un an et demi, un objet rouge et vert relativement dodu a été observé entre les mains de quelques cavaliers, que ce soit dans des centres équestres ou des écuries de propriétaires. Son utilité ? Aider à avoir des mains relâchées, stables, qui accompagnent la bouche du cheval de manière égale. Vainqueur du Prix du bien-être animal au Salon du cheval de Paris en 2024 et lauréat du Prix Hippolia by Equita en 2025, le CUB, porté par son fondateur, Renaud Vermes, est un outil pédagogique sans pareil qui permet de constater rapidement de la bonne ou de la mauvaise action des mains, et d’agir en conséquence. “En proposant aux enfants de garder leur doudou à cheval, j’ai vu qu’ils tenaient instantanément mieux leurs rênes et que toute leur équitation s’en trouvait transformée. Pendant dix ans, j’ai peaufiné un prototype d’objet à tenir entre les mains pour que celles-ci trouvent leur bonne place, dans la décontraction”, entame Renaud Vermes, enseignant et gérant de deux structures équestres en Seine-et-Marne Tenu entre les doigts en même temps que les rênes, le CUB montre sa face verte quand tout va bien, et sa face rouge lorsqu’une tension ou une torsion est présente.
“Le CUB incarne l’adage du général Alexis L’Hotte : “Calme, en avant et droit.” Sa tenue permet aux débutants d’apprécier ce qu’est une tension sur le mors – qui reste subjective – et une bonne position des mains ; au moniteur de contrôler d’un seul coup d’œil la position de mains de ses élèves ; et au cavalier expérimenté de vérifier la justesse des siennes avec une donnée objective. La main du cavalier est souvent le problème numéro un, car on tire pour contrôler, pour s’accrocher, quand on a peur… Et on a du mal à se remettre en question. Pourtant, la belle équitation, celle qui est bénéfique pour le cheval, engendre un contact mœlleux et dans le mouvement en avant, sans cette coercition permanente que l’on inflige souvent. Les cavaliers professionnels ne sont pas en reste, et nous notons, par exemple, que les formateurs de jeunes chevaux apprécient tout particulièrement le CUB”, ajuste Renaud Vermes. est d’ailleurs à noter que la Fédération française d’équitation (FFE) autorise son port à l’entraînement et en compétition. “L’effet sur le couple cheval-cavalier est souvent assez flagrant, et ce rapidement. Les vétérinaires et ostéopathes des chevaux montés avec un CUB ont observé une évolution positive de leur condition physique, ces derniers travaillant dans un mouvement plus juste, subissant moins d’inégalités et de force en bouche. Nous avons l’espoir d’être plus présents au sein de chaque structure afin d’apporter notre soutien au bien-être de l’équidé”, conclut le fondateur de CUB.
S’éloignant du modèle traditionnel du fer, les plaques en caoutchouc sont désormais des alternatives d’amorti et de confort, pour un fonctionnement plus libre du pied.
© Lubin Penna/Horse Foot EVO
Se sentir accompagné sur la durée avec sa selle
Avec sa BlueFactory, Blueshoes offre la possibilité au maréchal-ferrant de modéliser sur place le fer aux mesures captées via un iPhone quelques minutes auparavant, pour un ajustement au millimètre près.
© BlueShoes
“En tant que propriétaire d’un cheval au modèle très éloigné des standards, je me suis très vite retrouvée confrontée à une problématique que connaissent nombre de cavaliers : trouver une selle adaptée, mais également capable d’accompagner l’évolution de ma monture au fil des ans”, se remémore Aude Pierpaoli. Dirigeante de la société Equiajuste et responsable du développement d’ERREPLUS en France, elle partage aujourd’hui son activité entre l’accompagnement de ses propres clients et le soutien technique, logistique et commercial d’un réseau de dix-neuf saddle fitters indépendants répartis sur l’ensemble du territoire. Sa rencontre en 2020 avec Roberto Rasia, fondateur d’ERREPLUS, a marqué un tournant. “La qualité des selles ERREPLUS et, surtout, la possibilité de les faire évoluer dans le temps m’a convaincue.” Les techniciens ERREPLUS possèdent déjà de solides compétences en saddle fitting, biomécanique et analyse fonctionnelle du cheval, qu’ils viennent compléter directement au sein des ateliers de la marque, en Italie.
“Notre priorité est d’intervenir dès que nécessaire. Dans de nombreux cas, les ajustements peuvent être réalisés sur place grâce aux panneaux en laine rembourrés à la main. Lorsque l’ouverture d’arcade doit être modifiée, l’arçon thermo modifiable permet également une adaptation rapide grâce à plusieurs ateliers équipés en France. Une selle ne devrait jamais être considérée comme un produit figé.” Au-delà de l’aspect technique, c’est également une vision du métier qu’elle défend. “En cinq ans, j’ai pu trouver une solution adaptée pour environ 95 % des chevaux que j’ai étudiés. Pour les autres, je n’ai aucun problème à orienter les propriétaires vers un confrère lorsque cela me semble être la meilleure option. Notre rôle n’est pas de vendre à tout prix, mais de trouver la solution la plus adaptée au cheval et à son cavalier. À mes yeux, cette transparence est devenue indispensable pour construire une relation de confiance durable et contribuer au bien-être du cheval.”
Les capteurs comme aides de demain ?
Nouvellement arrivé, le capteur Ally Flow, porté par la société française Safe HP, peut détecter les micro tensions, les tractions asymétriques et l’équilibre entre les deux mains.
© Safe HP
Déjà connue pour leurs semelles 100 % en polyuréthane, la marque SAFE HP, cofondée en 2019 par Stéphanie et Sébastien Saunier, n’a pas fini de faire progresser la condition des équidés. Récompensées du Prix de l’innovation lors des Journées sciences et innovations équines (JSIE) de Saumur 2024, les semelles sont vendues « brutes » avant d’être adaptées aux pieds par le maréchal. Depuis un an, le volume des ventes s’accroît et attire davantage de vétérinaires et maréchaux-ferrants. SAFE HP développe en parallèle une hipposandale en kit, qui permettra de choisir la semelle puis l’enveloppe. “Nous avançons également sur notre système ALLY un ensemble de capteurs permettant d’objectiver son ressenti et de tendre vers l’harmonie avec son cheval et l’ajustement parfait de son harnachement”, informe Sébastien Saunier. Récemment arrivés sur le marché, Ally Flow est un capteur de tension de rênes, quand Ally Press-Sure cartographie le confort dorsal de l’équidé. “Nous nous sommes inspirés du système Mazarin, un ensemble de capteurs développés par l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE).”
Le développement d’Ally Flow est parti d’un échange avec le dresseur Alexandre Ayache, qui voulait contrôler la tension entre ses mains et la bouche de ses montures. “Ally Flow peut détecter les micro-tensions, les tractions asymétriques et l’équilibre entre les deux mains. Pour l’instant, il est majoritairement utilisé par les bit fitters (professionnels spécialisés dans l’ajustement du mors, de la bride et parfois de l’ennasure, en fonction de la morphologie de la tête et de la bouche du cheval, ndlr) et les professionnels du bien-être équin. À terme, pourquoi ne pas l’utiliser un jour comme indicateur de bienêtre en compétition ? Car c’est bien cela qui nous anime : préserver l’animal, mieux le comprendre, mieux l’équiper. Dans le même cadre, nous avons développé Ally Press-Sure, également souhaité par Alexandre Ayache pour tester le fitting de ses selles. Il donne l’intensité et la localisation des pics de pression. Nous équipons déjà quelques selliers et saddle fitters. La suite pourra peut-être s’écrire aussi avec la captation des forces de traction, pour l’attelage. Ces technologies pourront devenir des aides précieuses pour toute la filière, qui veut prouver qu’elle vit pour les chevaux, et non contre eux”, parachève Sébastien Saunier.

