“La journée de cross des JO de Paris a été l’une des pires de ma vie”, Christoph Wahler

Champion du monde par équipes en titre, Chirstoph Wahler a été sélectionné pour représenter de nouveau l’Allemagne aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle la semaine prochaine avec D’Accord. Après être revenu sur le dernier concours sélectif qu’il a disputé à Avenches mi-juillet, le cavalier germanique explique comment il gère de front sa carrière sportive et la gestion du haras familial de Klosterhof Medingen. Il évoque également la naissance de sa passion pour le concours complet et l’épisode douloureux qu’ont constitué pour lui les Jeux olympiques de Paris 2024.



De retour en compétition à la mi-juin après une période d’arrêt de sept mois, D’Accord vous a permis de décrocher votre sélection pour les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle grâce à votre victoire au CCIO 4*-S d’Avenches, qui faisait office de dernier concours de sélection pour l’équipe d’Allemagne mi-juillet. Comment avez-vous vécu cette dernière compétition?

D’Accord s’est montré dynamique dès le dressage, mais il a été gérable, parce que je le connais bien. Je pense que nous pourrons gagner encore quelques points s’il se montre un tout petit plus décontracté à Aix-La-Chapelle (rires). Pour le cross, j’avais la consigne de monter vraiment en condition de concours, sans le préserver, pour que nous puissions juger de son état de forme après sa longue pause. Il a répondu présent sans aucun problème, montrant beaucoup d’enthousiasme! À l’hippique, il a magnifiquement sauté. Nous avons simplement commis une faute légère en raison d’un excès de confiance, ce qui m’a exaspéré, même si cela ne nous a pas empêchés de gagner. Avec un peu de recul, je reconnais évidemment que ce concours a constitué une bonne préparation pour les Mondiaux! 

À Avenches, vous vous êtes également classé troisième avec Gainsbourg de Bedon, ancien partenaire de Stéphane Landois. Comment vous a-t-il rejoint?

L'an dernier, la famille von Paepcke, à qui appartient D’Accord, ont souhaité lui trouver un partenaire capable de constituer une deuxième véritable option pour les grands championnats.

Cette réflexion est née après les Jeux olympiques de Paris, au terme desquels nous avions prévu de ne plus faire concourir Carjatan S (son partenaire à Versailles mais aussi aux Mondiaux de Pratoni en 2022 et aux Européens du Pin-au-Haras en 2023, où tous deux ont contribué aux médailles d’or et d’argent de l’Allemagne, ndlr) au plus haut niveau. Il est désormais associé à Justus von Paepcke, seize ans, avec lequel il s’est notamment classé deuxième et cinquième des CCI2*-S de Baborówko et de Luhmühlen au printemps. Il est en pré-retraite active et ce système lui convient très bien. Si vous le voyiez aujourd’hui, vous vous diriez qu’il est parfaitement prêt à partir à l’assaut d’un 4*!

Nous avons donc commencé à chercher un nouveau cheval. J’en ai essayé plusieurs avant de rencontrer Gainsbourg, que j’ai monté peu après le CCIO 4*-S d'Aix-la-Chapelle 2025 (qu’il avait conclu au vingt-sixième rang avec Stéphane Landois, ndlr). Mon premier ressenti a été très positif et après une vingtaine de minutes d'essai, nous avons réfléchi activement et mes propriétaires ont décidé d’investir dans le cheval. Jusqu’à présent, notre progression confirme ce choix. C’est un cheval très talentueux, doté d’un excellent caractère et de beaucoup de bonne volonté.

Le considérez-vous comme votre futur cheval de championnat?

Je l'espère sincèrement. Il possède toutes les qualités pour le devenir.



“Très jeune, j’ai décidé que je reprendrais l’entreprise familiale”

En 2024, l’Allemagne semblait favorite pour remporter une médaille collective aux JO de Paris, mais votre chute lors du cross a annihilé toutes ses chances. Comment avez-vous vécu cet incident?

Ce fut probablement l’un des pires jours de ma vie. L’ambiance des Jeux était extraordinaire, mais je n’en garde malheureusement pas de bons souvenirs. Los Angeles constitue désormais notre principal objectif avec Gainsbourg. Nous avions aussi envisagé une qualification pour Aix-la-Chapelle, mais une légère infection avant le CCI 4* de Chaumont-en-Vexin nous a conduits à renoncer, car je refuse de prendre le moindre risque avec mes chevaux lorsqu’ils ne sont pas à cent pour cent de leurs capacités.

Vous êtes né au sein d’une famille profondément ancrée dans le monde du cheval, puisqu’elle possède le haras du Klosterhof Medingen depuis 1960. En quoi cet environnement a-t-il marqué votre parcours?

Cela a évidemment eu une influence déterminante. J’ai eu la chance de grandir entouré de chevaux et mes premiers souvenirs leur sont liés. Très tôt, j’ai su que je voulais devenir cavalier professionnel. Très jeune également, j’ai décidé que je reprendrais l’entreprise familiale. Mes parents ont immédiatement soutenu ce projet avec enthousiasme. J’étais dans une situation idéale, puisque mon frère et mes deux grandes sœurs avaient choisi d’autres carrières. J’ai aussi bénéficié du soutien de nombreux partenaires, à commencer par la fédération allemande. J'ai repris les rênes de l’exploitation il y a maintenant six ans et je suis pleinement épanoui.

Comment parvenez-vous à concilier votre carrière sportive et la gestion du haras familial?

Tout repose sur l’organisation. Je peux compter sur une excellente équipe à la maison. Mon père reste très impliqué dans les relations avec les éleveurs et, de mon côté, j’apprécie la diversité de mes activités. J'aime le concours complet et enseigner, ce que je fais beaucoup, mais j’aime aussi faire travailler les jeunes étalons, échanger avec les éleveurs ou encore observer les poulains grandir. Toutes ces activités se complètent. Je présente également de jeunes chevaux de dressage lors des ventes que nous organisons. En revanche, contrairement à une cavalière comme Ingrid Klimke, je n'ai pas l'ambition de devenir cavalier de Grand Prix en dressage. J'ai évolué jusqu'au niveau Saint-Georges et je maîtrise la plupart des mouvements du haut niveau, mais nous disposons déjà de très bons cavaliers de dressage aux écuries. Par ailleurs, j’ai également concouru jusqu’à 1,40m en saut d’obstacles, mais le constat est le même: je préfère me consacrer pleinement à ma discipline.

Justement, pourquoi avez-vous choisi de privilégier le complet aux autres disciplines?

Le cross a toujours représenté quelque chose de particulier à mes yeux. Notre père pratiquait lui-même le concours complet et comme nous vivons à une trentaine de minutes de Luhmühlen, nous nous y rendions chaque année pour voir le CCI 5*-L, où nous regardions le cross avec enthousiasme. En outre, mon tout premier poney avait auparavant concouru en complet avec la fille de ma marraine jusqu’à disputer les Européens. Bref, cette discipline a toujours fait partie de ma vie et est devenue une véritable vocation. J’ai rapidement apprécié toute la préparation qu’elle implique.

Christoph Wahler en selle sur D’Accord au CCIO4* d'Arville en 2025.

Christoph Wahler en selle sur D’Accord au CCIO4* d'Arville en 2025.

© Hippo Foto Media/Sharon Vandeput



“Le grand public ne mesure pas toujours le temps et les efforts nécessaires pour former un cheval de complet”

Comment le fait de travailler quotidiennement avec des chevaux de dressage et de saut d’obstacles influence-t-il votre approche du concours complet?

J’entraîne chaque jour de nombreux chevaux de dressage et cela constitue un véritable atout pour mes chevaux de complet. Nous comptons actuellement vingt-cinq chevaux de concours complet aux écuries et je veille à adapter mon travail aux spécificités de chacun. Tous progressent, et moi aussi.

Selon vous, qu'est-ce que le grand public perçoit le moins dans le concours complet?

Il ne mesure pas toujours le temps et les efforts nécessaires pour former un cheval de concours complet. Les innombrables heures de travail, les soins quotidiens, les moments difficiles, les réflexions permanentes… tout cela reste invisible derrière les résultats. 

Au Klosterhof Medingen, nous collaborez également avec la cavalière de dressage française Claudia Chauchard. Comment cette relation est-elle née?

Ses mécènes et elles ont acheté un cheval que nous avions présenté lors de ventes aux enchères. Depuis, nous partageons plusieurs étalons et je m’occupe de la gestion de leur carrière de reproducteur.

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd'hui?

Je n’aime pas vraiment le terme “fier”. Je cherche avant tout à effectuer mon travail correctement, à tenter d’atteindre mes objectifs et à créer la meilleure collaboration possible avec mes chevaux. C'est cette satisfaction qui me motive.