Le Hors Série d’été dédié au bien-être équin est en kiosques !
Le bien-être équin s’est imposé comme l’un des sujets les plus sensibles et les plus structurants des sports équestres contemporains. Pourtant, derrière les certitudes et les polémiques, le dialogue reste souvent difficile. Avec ce Hors Série, GRANDPRIX a choisi d’aborder cette question autrement. Dans une première partie, la rédaction dresse un état des lieux des grands débats qui traversent aujourd’hui la filière, à travers une vaste table ronde réunissant six personnalités aux sensibilités différentes, des témoignages de champions ayant remis en question leurs pratiques, une enquête sur le rôle des stewards ou encore un éclairage scientifique sur le bien-être des chevaux de sport. Une seconde partie se tourne résolument vers l’avenir en mettant en lumière les initiatives, les innovations et les évolutions qui dessinent déjà les sports équestres de demain: équipement, pédagogie, hébergement des chevaux, règlements, organisation des concours ou encore exemplarité des athlètes. Sans prétendre apporter de réponses définitives, ce Hors Série entend offrir des clés de compréhension, nourrir la réflexion et, surtout, remettre le dialogue au cœur d’un sujet dont dépend sans doute une partie de l’avenir des sports équestres.
CONSTAT
Pour ouvrir le Hors Série, la rédaction a décidé d’organiser une table ronde inédite autour du bien-être équin.
© Clara Bodnar
“Nous pouvons aimer profondément les chevaux tout en ayant été façonnés par un système qui leur porte préjudice”, Matt Brown
Le 13 décembre dernier, le complétiste américain Matt Brown, qui évolue jusqu’en CCI 5*-L, a publié avec son épouse, Cecily, une longue tribune invitant le monde équestre à une profonde remise en question. Cet article en propose quelques extraits.
Le pari du dialogue au service du cheval
Ils sont six à avoir accepté de participer à cette table ronde. Benjamin Aillaud, Eva van Avermaet, Caroline Godin, Léa Lansade, Astrid Pamart et Thierry Pomel ont chacun leur parcours, leur approche et leur ton. Si leurs analyses divergent parfois, tous partagent la volonté de faire progresser les sports équestres et d’accorder une place toujours plus importante au bien-être des chevaux. Pendant près de quatre heures, ils ont accepté de confronter leurs points de vue, parfois avec vigueur, mais toujours dans le respect des opinions de chacun. Les échanges ont porté sur les grandes thématiques retenues par la rédaction de GRANDPRIX: les conditions de vie des chevaux, leur entraînement, les exigences du sport, le rôle des institutions et la relation avec le grand public. Voici la restitution de cette longue discussion.
Les chevaux de sport vivent-ils heureux?
La question du bien-être équin est aujourd’hui au coeur de tous les débats qui animent la sphère des sports équestres. Pourtant, dès que le sujet est abordé, les mêmes arguments reviennent souvent: “Mon cheval aime concourir, cela se voit”, ou encore “ils sont traités comme des athlètes, la vie de rêve!” Mais que sait-on vraiment de ce que ressentent les chevaux de sport? De quels leviers disposons-nous pour mesurer de façon pertinente leur bien-être physique et mental? La thèse de la doctorante en éthologie Romane Phélipon, encadrée par Léa Lansade, directrice de recherche, apporte un éclairage scientifique essentiel. Ses travaux invitent à dépasser les idées reçues et les formules pour mieux comprendre le langage, les émotions et les besoins du cheval de sport.
Quelles limites à l’autorité des stewards?
L’importance du rôle des stewards dans le respect du bien-être équin en compétition n’est plus à démontrer, ni à débattre. Mais entre disparités de règlement, rapports de force sur le terrain et intérêts en jeu, les obstacles auxquels ces officiels se heurtent questionnent au-delà de leur seule fonction. Pour mieux cerner cette réalité, GRANDPRIX a recueilli les témoignages de deux stewards internationaux, Luc, chef steward de Level 4 et Agnès, steward de Level 3 (les prénoms ont été modifiés pour préserver leur anonymat). Interrogés séparément, leurs propos ont été croisés, ici, pour que dialoguent leurs expériences.
© Dirk Caremans/Hippo Foto
Des champions qui se remettent en question
Déconstruire brique après brique un édifice de certitudes n’est pas un exercice aisé. Pourtant, certains cavaliers de haut niveau ont décidé de faire valser leurs croyances, pour s’ouvrir à davantage d’écoute et de compréhension envers leurs partenaires équins. Tous trois médaillés en saut d’obstacles, le Néerlandais Albert Voorn et les Français Michel Robert et Grégory Cottard ne défendent pas exactement les mêmes idées, mais tous reconnaissent que les chevaux les ont poussés à une remise en question profonde.
PERSPECTIVES
Gireg Le Coz, complétiste de haut niveau, témoigne du réaménagement de ses écuries.
© Dirk Caremans/Hippo Foto
Mieux comprendre le cheval pour mieux l’équiper
Longtemps guidés par la recherche de performance ou la tradition, les achats des cavaliers sont désormais de plus en plus influencés par les questions de bien-être équin. Une évolution des attentes qui a profondément rebattu les cartes pour les équipementiers. Les marques historiques ont ainsi revu leurs produits, renforcé leur accompagnement et développé de nouveaux services, à l’image de l’essor du saddle fitting dans le secteur de la selle. Dans le même temps, de jeunes entreprises ont vu le jour en faisant du confort et de la biomécanique du cheval leur raison d’être. À travers leurs témoignages, ce dossier décrypte la manière dont cette nouvelle sensibilité transforme progressivement l’économie de l’équipement équestre.
“À mesure que les connaissances progressent, certaines pratiques ne seront bientôt plus acceptables”, Andy Booth
Figure de proue de l’équitation dite éthologique, l’Australien Andy Booth est arrivé en France en 2001, avant de poser ses valises dix-sept ans plus tard au domaine de Pinsac. Là-bas, en Gironde, l’homme de cinquante-six ans anime stages et formations à destination de cavaliers et d’enseignants, tout en conservant des liens tissés de longue date avec l’équitation sportive et de haut niveau. Partisan d’une approche consciencieuse de l’éducation des chevaux, il livre un bilan sans concession sur l’univers de la compétition équestre, la nécessité de réformer une filière, dont l’acceptabilité sociale est, selon lui, plus que jamais remise en cause, et l’apport souhaitable de l’éthologie dans une telle situation.
© Simple-illusion
#Bien-être sur Instagram
À l’heure où la mésinformation envahit la toile, certaines voix tentent de faire entendre raison. Ou, tout du moins, de questionner intelligemment les équitants sur la pratique actuelle de l’équitation et le rapport à l’animal tel qu’il est régi depuis des millénaires. Parmi elles, GRANDPRIX a questionné quatre influenceuses soucieuses de placer le bien-être animal avant tout, sous le prisme de l’argument scientifique. Ou comment la toile - et plus particulièrement Instagram - peut être un outil de démocratisation des savoirs.
La vie au pré, nouvel atout du cheval de sport
Un cheval de sport peut-il tirer bénéfice à vivre en pâture tout en concourant au plus haut niveau? La question, qui aurait pu sembler provocatrice encore récemment, est aujourd’hui prise très au sérieux. Car derrière ce débat se cache en réalité une question plus profonde: qu’est-ce qu’une vie éthiquement acceptable pour un cheval de sport? Cet article, nourri de témoignages scientifiques, vétérinaires et sportifs, ne plaide pour aucune idéologie, mais cherche à documenter un sujet encore souvent teinté de méfiance dans les écuries professionnelles. Et à montrer que, dans un nombre croissant de structures, bien-être et excellence sportive vont de pair.
Quand les fédérations nationales prennent les devants
Si la Fédération équestre internationale (FEI) affiche depuis plusieurs années sa volonté de placer le bien-être des chevaux au coeur de ses priorités, la traduction de cette ambition dans ses règlements avance parfois à un rythme jugé trop lent par une partie de la filière. Il faut dire qu’une organisation internationale regroupant plus de cent trente pays membres doit composer avec des sensibilités et des réalités très diverses, rendant toute évolution réglementaire particulièrement complexe. Certaines fédérations nationales ont ainsi choisi de prendre les devants. La Suisse, où la loi fédérale joue un rôle central dans la préservation du bien-être équin, fait figure de cheffe de file en la matière, mais les fédérations française, suédoise et même allemande ont également adopté des mesures qui vont au-delà du cadre fixé par la FEI.
Quand le bien-être redessine la pédagogie
Longtemps centré sur la technique et la performance, l’enseignement de l’équitation évolue progressivement sous l’effet des avancées scientifiques et des nouvelles attentes de la société en matière de bien-être animal. Formation des enseignants, organisation des séances, gestion de la cavalerie, place du travail à pied ou encore prise en compte des besoins fondamentaux du cheval: sans renier les fondements de l’équitation, les pratiques pédagogiques se transforment peu à peu. Décryptage d’une évolution qui redéfinit le rôle de l’enseignant.
Un accueil 5*
Dans les concours internationaux de haut niveau, le bien-être équin occupe désormais une place de plus en plus importante, tant dans la communication que dans l’organisation des événements. En coulisses, cette ambition se traduit par de nombreuses mesures destinées à améliorer les conditions de vie des chevaux tout au long de leur séjour sur les sites de compétition. De Genève à Ocala, tour d’horizon des initiatives mises en place pour concilier performance sportive et respect des besoins des équidés.
Montrer l’exemple peut-il changer la donne?
Alors que les sports équestres se trouvent à un tournant, marqués par des questions éthiques et idéologiques dont leur avenir pourrait dépendre, la question de l’exemplarité des athlètes n’a jamais été aussi centrale. Dans ce contexte, quel rôle les cavaliers de haut niveau doivent-ils, veulent-ils et peuvent-ils jouer dans l’évolution des mentalités?
Faisant partie des chouchous du grand public depuis sa remise en question, Grégory Cottard évoque cette responsabilité.
© Sportfot

