Piergiorgio Bucci provoque une liesse nationale au cœur de Rome
Piergiorgio Bucci s’est adjugé de main de maître le Grand Prix Rolex d’Italie cet après-midi sur la place de Sienne, à Rome. En selle sur Pallieter van de N.Ranch, déjà vainqueur du beau Grand Prix Longines de Mexico, l’Italien a offert au public romain une victoire suprême qu’il attendait depuis huit ans et le triomphe de Lorenzo de Luca et Halifax van het Kluizebos. Auteur du seul double sans-faute de cette belle épreuve en deux manches, le Transalpin a devancé les Allemands Jörne Sprehe et Richard Vogel, deux et troisième sur Toys et Cloudio. Aucun des trois Français en lice n’a accédé à la seconde manche.
“Si à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie”, n’avait-il pas déclaré Jacques Séguéla, publicitaire – bien plus que philosophe – jamais avare d’un bon mot. Il eût été malheureux – autant que cette saillie – de conditionner le réussite de l’existence de Piergiorgio Bucci à la conquête d’un garde-temps de la plus prestigieuse des marques suisses. Pour autant, l’Italien en rêvait, et son souhait vert et or s’est exaucé en ce dimanche 31 mai 2026 qui restera à jamais dans sa mémoire. Outre une Rolex flambant neuve, Piergiorgio Bucci, qui fêtera le 18 août – à Aix-la-Chapelle? – ses… cinquante et un ans (!), a inscrit son nom au palmarès de l’un des plus beaux Grands Prix de la planète, devant plus de dix mille spectateurs tous acquis à sa cause et sur le terrain où tout a commencé pour lui. Et cela, disons-le sans crainte, n’a pas de prix. Depuis l’âge d’or de l’équitation italienne, marqué par neuf victoires en dix éditions entre 1967 et 1976, le jeune quinquagénaire n’est que le troisième Transalpin à gagner ce Grand Prix d’Italie après Arnaldo Bologni, en 1994 avec May Day, et Lorenzo de Luca, en 2018 sur Halifax van het Kluizebos.
Cet après-midi, le public a assisté à deux manches particulièrement captivantes, grâce à l’inspiration du maestro Uliano Vezzani, au niveau général d’équitation des cavaliers et à la générosité des chevaux, en ce quatrième jour de sport, aussi chaud et ensoleillé que les précédents. De générosité, Pallieter van de N.Ranch, étalon BWP de onze ans par Cornet Obolensky et une mère par Toulon, n’en a point manqué. Son talent et celui de son pilote ont permis au couple de signer la seule copie parfaite du jour. Déjà vainqueur de Grands Prix de niveaux 3* à Valence, et 4* à Bedizzole, au nord du pays, et surtout du Longines Global Champions Tour (5*) de Mexico en avril, ce gris né chez le Belge Dirk Nevejant a tout d’un candidat pour les championnats du monde. Piergiorgio Bucci lui préfère pourtant Hantano, quatorze ans, qu’il juge plus aguerri pour aider l’Italie à qualifier son équipe pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028, ce qu’elle n’est plus parvenue à faire depuis les JO… d’Athènes, en 2004.
Les Français à la peine
Lors d’une seconde manche tout aussi sélective que la première, trois cavaliers sont allés plus vite que le vainqueur, mais l’ont payé d’une faute: les Allemands Jörne Sprehe et Richard Vogel, deux et troisième sur Toys et Cloudio, pénalisés respectivement sur le dernier et le premier obstacles – des fautes de pilote, dit-on souvent – et l’Italienne Giulia Martinengo Marquet, elle aussi battue sur l’oxer final avec le brillant Selle Français Delta Del’Isle, qui avait déjà encaissé quatre points au premier acte, d’où une septième place finale. Les femmes se sont montrées performantes dans ces moments décisifs, l’Étasunienne Marilyn Little, la Suédoise Wilma McMahon (ex-Hellström) et l’Allemande Sophie Hinners se classant quatre, cinq et sixième sur l’énergique La Contessa, la pétillante Cicci BJN et la puissante Iron Dames Combella, trois juments qui avaient déjà performé vendredi dans la Coupe des nations, avec un double sans-faute à la clé pour la dernière nommée.
Les Français n’ont pas été meilleurs aujourd’hui qu’il y a deux jours, aucun des trois en lice n’étant parvenus à se qualifier pour la seconde manche. Mégane Moissonnier a concédé huit points sur les verticaux 4 et 6a, défendant l’entrée du double. Marie Demonte a fini avec seize points sur Forban de Béliard, tandis que Nicolas Sers en a encaissé vingt-sept avec Eleven de Riverland, en raison notamment d’une volte effectuée à l’abord de l’avant-dernier obstacle. Plus aucune Veste bleue n’a remporté ce Grand Prix d’Italie depuis Eugénie Angot, en 2004 avec Cigale du Taillis…
“C’est ici, à Piazza di Siena, que j’ai assisté à mes premières épreuves de saut d’obstacles”, s’est rappelé avec émotion le gladiateur Bucci, originaire de L’Aquila, capitale de la méconnue et superbe région des Abruzzes, située à cent vingt kilomètres au nord-est de Rome. “C’est mon oncle, cavalier de western, qui m’avait amené la première fois ici, quand j’étais enfant. Cela a en partie révélé ma vocation, mais je dois dire que monter sur cette piste légendaire me semblait alors un rêve inaccessible.” Nul doute que le triomphe de Piergiorgio Bucci suscitera des vocations chez les plus jeunes des spectateurs massés par milliers sur les buttes encadrant le verdoyant ovale romain ou parmi ceux qui ont vécu cela sur un écran. Forza Italia e grazie Piazza di Siena!

