Des sols bien gérés pour un cheval en bonne santé

Avec le retour du printemps et la remise à l’herbe, la question de la qualité des sols redevient centrale dans la gestion des équidés. Car derrière la simple pousse de l’herbe se joue bien davantage : alimentation, hydratation, risques sanitaires ou encore pression parasitaire. Indissociable de celle des chevaux, la santé des sols conditionne directement leur bien-être et leurs performances. D’où l’importance, pour les propriétaires comme pour les gestionnaires de structures, de maîtriser les bonnes pratiques et de savoir identifier les indicateurs clés d’un pâturage équilibré.



Un sol fertile, c’est la base d’une prairie saine, et donc de chevaux en bonne santé. C’est le premier composant d’une pâture durable, qui garantit la fourniture en eau et en éléments nutritifs pour les plantes. La fertilité d’un sol se mesure notamment à sa composition en nutriments (azote, phosphore, potassium et oligo-éléments), responsables de la pousse d’une herbe riche et variée. Elle a donc un impact direct sur la santé des chevaux qui la consomment. Si un bon sol contribue à prévenir certains problèmes, à l’instar de déséquilibres alimentaires, un sol pauvre ou déséquilibré peut entraîner, de son côté, des troubles digestifs, des carences en minéraux et vitamines, mais également une perte d’état général. Qui dit sol fertile dit aussi prairie plus résistante grâce à une couverture végétale dense et équilibrée, excellente alliée pour limiter les zones boueuses, l’érosion des sols ou encore l’apparition de plantes toxiques. La teneur d’un sol en matières organiques permet également une optimisation de l’équilibre hydrique : moins de sécheresse en été équivaut à moins de boue en hiver. Entretenir cette fertilité reste le meilleur moyen d’assurer la durabilité de son terrain et, ainsi, de préserver l’environnement à long terme. “La gestion de la fertilité, pour les néophytes, passe souvent par le recours aux engrais”, explique Delphine Franckson, fondatrice de Cheval O’Vert, plateforme dédiée à la gestion des prairies et à la nutrition équine. “Il est important de garder à l’esprit qu’un engrais n’en vaut pas un autre, et qu’il faut parfois faire preuve de subtilité et de finesse afin de répondre aux besoins de son sol. Le choix dépendra de la structure, de la texture et de la nature profonde du terrain, sans oublier, bien sûr, de préserver sa biodiversité, car c’est un excellent moyen de gérer ce qui se passe ensuite à la surface. Comme, par exemple, la pousse de l’herbe, tant d’un point de vue qualitatif que quantitatif, ou la diversité botanique.”

Entretenir pour prévenir

Un bon pilotage de son sol permet de mettre en adéquation les besoins spécifiques de ses montures avec la qualité du fourrage et donc de viser une ration saine et équilibrée ; le couvert doit permettre de fournir un apport en fibres et en nutriments adapté, pour permettre une bonne digestion mais également un cheval en meilleure santé et donc également plus performant. L’entretien du sol permet parallèlement de lutter contre la prolifération de plantes toxiques et indésirables, responsables de troubles hépatiques, neurologiques ou digestifs chez le cheval. Un sol sain et sûr représente enfin un for- VÉTÉRINAIRE midable outil de gestion du poids et du comportement alimentaire des équidés. Leurs propriétaires pourront ainsi contrôler la quantité d’herbe disponible et sa qualité nutritive pour prévenir obésité, fourbure ou encore excès de sucre. À l’inverse, une mauvaise gestion au niveau du sol – et donc de la pousse de l’herbe – pourra renforcer la pression parasitaire, en favorisant la survie des vers dans l’environnement ou leur ingestion par les chevaux. Le ramassage des crottins, le repos des pâtures ou encore la rotation des parcelles sont autant de leviers permettant d’agir contre ces fléaux. “Un sol en bonne santé s’obtient et se conserve par une gestion fine de son écosystème. Il faut éviter de surexploiter l’herbe, lui laisser le temps de se reposer et de repousser. Cela passe par un temps de remise des chevaux au foin ou l’allègement des pâturages. Toutes ces actions permettent de garder de la densité et une végétation verte. C’est essentiel de prendre ainsi soin de son herbe, car cela permet d’obtenir une couverture isolante qui atténue l’impact des rayons du soleil, ralentissant le dessèchement du sol. Il est important de retenir qu’il n’y a pas une seule manière de gérer une prairie ou un sol. Son entretien dépend de sa nature, du nombre de chevaux qui y vivent, de leurs besoins ou encore du climat”, prévient également Delphine Franckson. 

Gare à la pression parasitaire 

On l’a dit : des pâtures mal gérées peuvent favoriser l’apparition de parasites internes (les principaux étant les strongles, les ascaris et les oxyures). Penser en termes de vermifugation seule montre ses limites entre les résistances progressives de l’organisme, le coût et l’impact environnemental. Pour répondre à ces problématiques, l’approche agronomique et l’entretien qu’elle préconise permettent de lutter contre la pression parasitaire, c’est-à-dire le niveau de présence et de contamination des parasites dans le sol. La gestion du terrain, et notamment des plantes, est ainsi une bonne alliée pour casser le cycle parasitaire. “Gérer le parasitisme en prairie passe par le fait de casser le cycle des parasites en recourant, par exemple, au pâturage tournant”, évoque Delphine Franckson, ingénieure agronome de formation. “Cela permet d’éviter que les parasites excrétés dans le crottin soient remangés, et qu’ils meurent naturellement dans l’environnement à l’air libre. La mise en place de parcelles avec des rotations régulières permet de laisser un temps de latence avant qu’un cheval revienne au premier lieu d’excrétion des œufs. Le pâturage mixte ou associé, avec une alternance entre des équidés et des bovins, par exemple, peut également être intéressant, car cela permet de brouiller les pistes en diluant la pression parasitaire. Les parasites qui contaminent les chevaux n’étant pas les mêmes que ceux qui contaminent les vaches, leur taux de mortalité sera beaucoup plus élevé. Enfin, mettre un troupeau à pâturer en début de printemps puis le retirer pour réaliser une récolte de foin allonge le temps pendant lequel il n’y a pas d’animaux dans la parcelle et donc génère un fort taux de mortalité des parasites.” Ainsi, l’approche agronomique permet une gestion durable des sols en agissant directement sur l’environnement et favorise une amélioration de la santé des chevaux.

Complémenter les chevaux avec des produits dédiés peut améliorer leur résistance aux parasites.

Complémenter les chevaux avec des produits dédiés peut améliorer leur résistance aux parasites.

© Konstantin Tronin/iStock



Si la pression parasitaire dépend de la contamination des pâtures, la résistance des chevaux a également un rôle à jouer. Pour aider à lutter contre ce phénomène, la complémentation alimentaire peut venir soutenir la bonne santé du cheval. “Les pâtures situées sur des zones humides sont propices à la prolifération parasitaire ; celles trop rases induisent un risque de contamination plus important. Pour soutenir le cheval, les compléments alimentaires peuvent être une solution. Sodivert’Actif est un aliment minéral complémentaire contenant des minéraux, des oligo-éléments et des extraits de plantes. Le bloc à lécher s’utilise en préventif et en complément de la vermifugation”, détaille Aude Yvon, support technique et développement pour la compagnie des Salins du Midi et de l’Est. Outre les crottins non gérés, les herbes hautes ou abandonnées, ou encore les zones humides et boueuses, entraînent également une forte pression parasitaire. Là encore, une prairie mal entretenue peut avoir des conséquences directes sur la santé des chevaux : stress et nervosité, perte d’état, lésions cutanées ou encore réactions allergiques. En parallèle de la gestion des sols, il peut aussi être intéressant de complémenter son cheval pour une efficacité durable. C’est le cas de certains produits pouvant agir comme des répulsifs. “Les parasites externes, comme les tiques, peuvent également proliférer dans des pâtures où la végétation est abondante et boisée. Les insectes piqueurs sont globalement de plus en plus présents en période chaude. Sodicheval’ail, par exemple, est une pierre intéressante à utiliser en complément, pouvant contribuer à réduire les gênes dues aux piqûres. Il est constitué de 4 % d’ail, qui modifie l’odeur corporelle des équidés au moment de la sudation. Son utilisation, qui doit être modérée et se faire en cure par exemple, éloigne donc les parasites externes, car le cheval devient moins attractif à leurs yeux”, complète Cindy Pizzio, responsable marketing des sels techniques chez Salins du Midi. 

De la bonne gestion de l’eau 

L’adaptation aux aléas climatiques est enfin une donnée centrale dans la gestion des sols. Sécheresses, inondations et variations brutales des températures constituent autant d’événements qui influencent directement la qualité des pâtures. Pour s’y confronter, il faut savoir gérer les excès comme les manques. Par exemple, un sol vivant et structuré permet une irrigation efficace. “La problématique de l’eau revient régulièrement au sein de la filière. Il faut y être attentif : où est-elle puisée et comment est-elle utilisée ? Les aléas climatiques interviennent de plus en plus fréquemment, que ce soit en période de sécheresse ou d’inondation (et sont de plus en plus intenses en raison du dérèglement climatique, ndlr). L’irrigation ou le drainage, qui peuvent sembler constituer de bonnes solutions de prime abord, peuvent avoir des répercussions négatives et des coûts importants. La pertinence de leur usage doit être évaluée précisément et considérée dans le cadre d’une stratégie globale”, conclut Arnaud Farinelle, bio ingénieur spécialisé dans les sciences animales.