Pour échapper aux flammes, les écuries d’En Hill ont dû lâcher des chevaux en liberté à Biscarrosse
Depuis une semaine, les incendies qui ravagent la Gironde et les Landes ont bouleversé le quotidien de milliers d’habitants, réduit en cendres plus de quarante-deux mille hectares, mobilisé des centaines de sapeurs-pompiers et entraîné l’évacuation de plus de deux-cent mille personnes. Les images d’une dizaine de chevaux galopant dans les rues de Biscarrosse, fuyant les flammes, ont fait le tour des réseaux sociaux. Derrière cette scène devenue l’un des symboles de la catastrophe, Marine Champeval, co-gérante des écuries d’En Hill, a été contrainte de prendre des décisions dans l’urgence.
“Nous n’avions jamais imaginé devoir évacuer une centaine de chevaux”
Jeudi 23 juillet à Biscarrosse, la Garde républicaine patrouillait pour prévenir les habitants que les flammes progressaient en direction des structures. Lorsque les premières fumées sont apparues à proximité des écuries d’En Hill, Marine Champeval a rapidement compris que la situation risquait de devenir incontrôlable. “Le feu s’est déclaré vers 18h. Après le passage de la Garde républicaine, qui nous a prévenus qu’il avançait dans notre direction, tout s’est enchaîné très vite”, se remémore la co-gérante.
Les propriétaires ont alors été rejoints par de nombreux bénévoles, venus apporter leur aide. Très vite, il est devenu évident qu’aucune autre option que l’évacuation des chevaux était envisageable. “Nous avons entièrement improvisé. Nous n’avions jamais imaginé devoir évacuer une centaine de chevaux”, explique Marine Champeval. Les premiers transports ont rapidement été organisés afin de répartir les chevaux dans différentes structures d’accueil. “Nous avons d’abord réussi à faire partir un premier convoi d’environ vingt-cinq chevaux. Plus tard, le feu s’est tellement rapproché que les véhicules ne pouvaient plus accéder aux écuries”, poursuit-elle. Pour les équidés encore présents dans l’enceinte des écuries, les solutions se sont amenuisées au fil des minutes, nécessitant une prise d’initiative rapide : “J’ai demandé aux personnes présentes de prendre les chevaux en main et de les conduire jusqu’au centre-ville afin que les vans puissent les récupérer plus loin. Mais il restait encore une dizaine de chevaux sur place”.
“Je me suis dit qu’il fallait leur faire confiance, qu’ils avaient un instinct de survie”
Lorsque les flammes sont devenues visibles depuis les installations, Marine Champeval a compris que toute tentative d’évacuation “classique” était vouée à l’échec. “Nous n’avions plus de temps. Les chevaux étaient devenus impossibles à attraper tant ils étaient paniqués. Je me suis dit qu’il fallait leur faire confiance, qu’ils avaient un instinct de survie”, confie-t-elle. À cet instant, elle prend alors une initiative risquée : “à vrai dire, nous n’avons même pas eu le temps d’ouvrir correctement les barrières, nous avons simplement cassé tous les cadenas pour qu’ils puissent s’échapper. Sur le moment, nous ne réfléchissions plus vraiment. Nous pensions uniquement à sauver les chevaux”, ajoute-t-elle.
Rapidement, les chevaux ont pris la direction de Biscarrosse, qu’ils ont traversée en galopant sur le bitume, avec les immenses fumées en toile de fond. Le tout, sous les yeux d’habitants qui ont immortalisé la scène. Les vidéos de cette fuite spectaculaire ont très vite fait le tour des réseaux sociaux et sont devenues l’un des tristes symboles de ces incendies.
Pour les équipes des écuries d’En Hill, une nouvelle course contre la montre a alors commencé puisqu’il fallait alors retrouver tous les chevaux. Pour ce faire, les réseaux sociaux sont devenus un excellent relais entre les habitants et les propriétaires. “Les gens nous appelaient pour nous dire qu’ils avaient retrouvé un cheval ou qu’ils en avaient sécurisé un. Ils nous les ramenaient ensuite”, explique Marine Champeval. Une mobilisation qui l’a profondément marquée. “La solidarité a été incroyable. Sans elle, je ne pense pas que nous aurions réussi à tous les retrouver”, assure-t-elle.
“Il va falloir tout reconstruire”
Malgré l’ampleur du sinistre, le bilan est finalement très rassurant pour les chevaux. “L’un d’eux s’était légèrement ouvert un membre, mais il a été suturé et va très bien. Un ou deux autres étaient épuisés après avoir galopé sous une chaleur étouffante. Aujourd’hui, ils se portent bien”, précise Marine Champeval.
Une semaine après le drame, les chevaux sont en sécurité, mais les écuries d’En Hill doivent désormais se reconstruire. “Les pompiers ont fait un travail extraordinaire. Ils ont réussi à sauver notre maison ainsi qu’une écurie d’une trentaine de boxes. En revanche, le hangar de stockage a entièrement brûlé. Nous avons perdu toutes nos clôtures, nos paddocks... Aujourd’hui, nous avons environ soixante-dix chevaux que nous ne pouvons plus héberger correctement. Il va falloir tout reconstruire”, conclut-elle. Pour tenter de venir en aide à Marine, Rémy et Marion, une cagnotte réunissant pour l’heure plus de 17,000 euros a été créée. Si les écuries d’En Hill ont pu bénéficier de cet élan de solidarité en grande partie grâce au buzz créé autour des vidéos de leurs chevaux galopant à Biscarrosse, Marine Champeval tient à souligner que d’autres structures locales ont été touchées et ont aussi besoin d’aide. Par ailleurs, la Fédération française d’équitation (FFE) a créé un fonds d’urgence destiné aux clubs sinistrés.
Si le feu ne progresse désormais plus dans les Landes, la vigilance reste de mise. Selon le dernier point de situation communiqué par la préfecture de la Gironde, plus de quarante-deux mille hectares ont été parcourus par les flammes depuis le début de l’incendie. Plus de deux mille cinq cents sapeurs-pompiers demeurent mobilisés afin de traiter les nombreux points chauds encore présents dans le massif, prévenir les reprises de feu et sécuriser les secteurs sinistrés. Les autorités ont entamé la levée progressive des mesures d’évacuation et plusieurs axes routiers rouvrent progressivement à la circulation, mais l’accès à certains massifs forestiers reste interdit en raison d’un risque d’incendie toujours très élevé.

