“Mon objectif est d’obtenir des médailles et de former les équipes de France de demain”, Olivier Bost
Depuis près de quinze ans, Olivier Bost accompagne les jeunes pousses du saut d’obstacles français vers le haut niveau. Alors que plusieurs générations de cavaliers passées par ses équipes brillent aujourd’hui sur les pistes internationales, le sélectionneur national poursuit son travail de formation au fil des grandes échéances, dont les championnats d’Europe Jeunes d’Hagen, auxquels il assiste cette semaine avant d’enchaîner avec le rendez-vous continental Poneys du Mans, la semaine prochaine. Installé à proximité de la forêt de Fontainebleau, récemment touchée par des incendies, le Barbizonnais évoque également cet événement qui a mobilisé la communauté équestre.
Vous abordez deux semaines denses avec, successivement, les championnat d’Europe Enfants, Juniors et Jeunes Cavaliers d’Hagen jusqu’au 26 août, puis les Européens Poneys du Mans, du 29 juillet au 2 août. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Nous avons fait les stages de préparation pour essayer de créer une bonne cohésion de groupe, vérifier l’état de forme des chevaux, mais aussi pour que les enfants arrivent dans un bon état d’esprit. Mon ambition est de former les cavaliers de demain. Si jamais nous arrivons à gagner une médaille au milieu de tout cela, ce ne sera que du bonus ! Lors de ces championnats-là, nous avons toujours pour objectif de former les cavaliers pour les équipes de France futures. Le but est de leur donner envie de porter le drapeau français, qu’ils créent un véritable état d’esprit “équipe de France”, pour qu’ils saisissent l’enjeu et prennent la mesure de la pression que cela implique.
Les premières épreuves des championnats d’Europe Enfants, Juniors et Jeunes Cavaliers ont débuté hier. Comment l’entame se déroule-t-elle ?
Nous avons entamé la compétition hier (entretien réalisé le 22 juillet, ndlr) avec les Enfants et les Jeunes Cavaliers. Les Enfants ont réalisé cinq bons parcours sans-faute. Nous aurions pu aller un tout petit peu plus vite, mais pour l’instant, nous sommes septièmes, donc c’est bien. Ce qui est important, c’est de rester dans le groupe des équipes qui ont une chance d’aller au bout. En ce qui concerne les Jeunes Cavaliers, ils sont cinquièmes, c’est bien aussi. Dans cette catégorie, il y a des nations très fortes, nous verrons comment cela va évoluer.
Comment avez-vous composé vos sélections pour les Européens d’Hagen ?
Nous avions donné rendez-vous à nos cavaliers lors de deux échéances importantes : le CSIO des Jeunes de France, à Compiègne, puis le championnat de France de Deauville pour les Juniors et les Enfants et à Fontainebleau pour les Jeunes Cavaliers. Nous avons aussi privilégié beaucoup d’étapes du Grand National et sur quelques très beaux concours 3* en France pour continuer à les former. Sept ou huit couples susceptibles d’obtenir une sélection se sont détachés. Ensuite, en fonction des performances, du classement français, des prestations aux championnats de France et au CSIO, nous avons établi les groupes pour venir représenter l’équipe de France à Hagen. Cela s’étale sur toute la saison, il ne s’agit vraiment pas d’une sélection de dernière minute. Ce cheminement débute même dès l’année précédente, et nous essayons d’emmener les couples à leur pic de forme.
La sélection pour les championnats d’Europe du Mans a suscité quelques interrogations, notamment autour des trois premiers du classement As Poney Élite Excellence du championnat de France, qui n’ont pas été retenus. Comment avez-vous composé votre équipe ?
En observant le classement français des couples Poneys, certains étaient trop loin pour prétendre à une sélection aux championnats d’Europe. Lilou Calvière (championne de France AS Poney Élite excellence avec Décibelle Bautheac, ndlr) est une bonne cavalière, que j’apprécie beaucoup, mais elle est trop loin au classement français, dans lequel elle pointe au seizième rang. Elle n’a pas beaucoup concouru et nous ne suivons la ponette (Décibelle Bautheac, PFS, Koro d’Or x Rambo), que depuis l’année dernière grâce à un bon championnat. Le couple a connu un bon début de saison et signé un très beau championnat de France cette année. Je suis très content pour elle et sa coach. Toutefois, le titre de champion de France n’emmène pas automatiquement à une sélection, toute l’année est prise en compte.
Lorsqu’un cavalier performant n’est pas sélectionné, comment accompagnez-vous cette décision auprès de lui et de son entourage ?
J’échange avec les parents, mais aussi avec les entraîneurs et le cavalier. Nous essayons vraiment d’être en contact avec eux toute l’année, d’échanger en permanence entre les concours. Nous les suivons dans le circuit Super As, les TDA pour les Poneys et sur le circuit Grand National. Nous avons l’habitude d’échanger avec toutes les personnes qui prennent part à ces circuits, mais lorsqu’il y a un malentendu ou un sujet qu’ils n’ont pas compris, nous les appelons pour en discuter. Il y a un vrai dialogue, j’aime beaucoup les chevaux et les gens, donc il s’agit d’un échange permanent. Cependant, je peux saisir que des gens ne comprennent pas. Pour cette raison, la Fédération française d’équitation (FFE) tient à faire comprendre qu’il y a un chemin pour accéder au plus haut niveau. Ce chemin ne se fait pas en un parcours ou un concours, il y a vraiment, à mes yeux, une trajectoire à suivre en concours nationaux, vers les championnats de France et les championnats d’Europe. Plein de critères entrent en compte. Cependant, comme je le dis souvent, tout le monde a sa chance…
"J’attends une grosse prise d’expérience pour les championnats d'Europe Poneys"
Olivier Bost est à la tête des équipes de saut d’obstacle Jeunes depuis quinze ans désormais.
© clem.media
Vous étiez bien sûr présent à Lamotte-Beuvron pour les championnats de France, où vous avez évoqué une génération très prometteuse composée de cavaliers de treize et quatorze ans…
Le Generali Open de France est l’un de mes moments préférés dans la saison. Il y a vraiment un engouement génial autour de la piste numéro une. En règle générale, il y a une ferveur dans le milieu du Poney français que j’aime beaucoup. Je suis toujours assez surpris de voir que les gens trouvent que l’équitation se porte moins bien, car je pense que notre sport va vraiment de mieux en mieux, de même que la qualité de l’équitation et l’encadrement. Nous avons de très bons entraîneurs et chefs de piste en France. À Lamotte, j’ai trouvé que le niveau de l’As Élite était bon, que celui de l’As Élite Excellence était très bon malgré des parcours techniques. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes montent des épreuves comptant pour le classement mondial à seize ou dix-sept ans, alors qu’avant, ça n’existait pas. Je trouve qu’il y a une montée en puissance et que le milieu s’est professionnalisé. Les coachs sont de plus en plus fins, ils respectent les chevaux et les gens. Surtout, je trouve que les jeunes montent mieux. Finalement, ce sont les détails qui rendent meilleurs.
Vous décriviez les finales des As Poney Élite comme une “véritable révision des troupes”. Qu’observez-vous spécifiquement ? Certains cavaliers ont-ils réussi à faire évoluer votre réflexion pour la sélection ?
Non, car les sélections sont faites et les groupes établis assez tôt. Cela étant, il y a bien sûr quelques petits réglages à faire. En fait, cela nous permet surtout de découvrir des couples pour les années futures et des personnes qui n’ont pas forcément le cheval qu’il faut ou le bon entourage, mais qui vont dévoiler leur potentiel en découvrant de nouveaux horizons.
Le collectif tricolore des championnats d’Europe Poneys sera le même que lors de la victoire française au CSIO Jeunes de Compiègne. Qu’attendez-vous de ces couples ?
J’attends une grosse prise d’expérience. Chloé Calcus a terminé troisième aux championnats de France Juniors de Deauville (avec Exotic des Flagues, SF, Vigo Cece x L’Arc de Triomphe). Alice Duray connaît une très belle saison avec son poney (Ungaro of Qofanny, Pfs, Linaro SL x Lancer, ancien partenaire de Lou Ann Beraud, ndlr), et saute aussi 1,35m avec ses chevaux. Il en va de même pour Brune Faivre, qui concourt autant à cheval qu’à poney, et qui a une grande complicité avec sa ponette (Énigme des Prés, SF, Diarado x Ryon d’Anzex), ses coachs et son entourage. Ces championnats seront ses quatrièmes. Je compte aussi sur Meghan Besancenot-Fayolle, qui forme un beau couple avec sa jeune ponette (Ivresse de Jomat, Pfs, Welcome Sympatico SL x Dexter Leam Pondi). Cette dernière a encore besoin de gagner en maturité mais a montré de très bonnes choses à Compiègne. Puis, Apolline Baudry a signé un très bon début de saison. Son poney (Espoir du Rond Pré, Pfs, Welcome Sympatico SL x Ashfield Dancing Sparrow) semblait un peu dans un creux, mais il est en train de monter en puissance en direction des championnats d’Europe. C’est une belle équipe ! Dans l’AS Poney Élite, il y avait de bons jeunes, bien encadrés, ce qui promet de belles années à venir en équipe de France Poneys. C’est chouette, car de belles échéances qui arrivent, dont le Jumping Ponies Trophy cet hiver.
L’équipe de France Poneys s’est classée quatrième aux Européens ces quatre dernières années.
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En quoi les circuits Poneys et Jeunes constituent-ils une étape importante dans la carrière d’un futur cavalier de haut niveau ?
J’aime beaucoup suivre les enfants qui montent aussi à cheval. C’est la suite logique du chemin pour tous ces jeunes. Ils doivent d’ailleurs intégrer qu’il y a une suite : après les épreuves Poneys, ils peuvent poursuivre en Juniors, puis chez les Jeunes Cavaliers, et ainsi de suite jusqu’en Seniors. Depuis quinze ans, nous essayons de façonner des jeunes qui participeront demain aux championnats du monde et aux Jeux olympiques... Quand je vois Antoine Ermann, Nina Mallevaey, Jeanne Sadran, Inès Joly, Mégane Moissonnier, Léona Mermillod-Baron, Camille Condé-Ferreira, et tant d’autres, je me souviens qu’ils sont passés par les circuits Poneys ou Enfants, jusqu’à sauter des Grands Prix Seniors. Ils ont représenté les équipes de France, ce qui les a habitués à la pression et donné le goût de l’équipe nationale. C’est une valeur à laquelle je tiens beaucoup et qu’il faut respecter.
Vos écuries, situées à Barbizon, à la lisière de la forêt de Fontainebleau, n’ont pas été touchées par les récents incendies. Comment avez-vous vécu cet épisode ?
Nous avons toujours vécu dans cette forêt, ma famille est vraiment très attachée à cet espace et à toute la vie animale qui le compose. Dans notre zone, nous avons eu la d’être préservés, mais nous avons eu peur car tout était vraiment sec, comme jamais auparavant. Je suis malheureux de voir que certains individus ont envie d’allumer ces incendies. Quelques amis qui ont été obligés de déplacer leurs chevaux, donc nous les avons accueillis gracieusement aux écurie. C’est vraiment dans ces moments-là que la solidarité est indispensable. Nous avons un groupe avec tous les professionnels de la région, coordonné par Olivier Bossard (à la tête d’Equi Services, ndlr). Il s’est énormément investi pour aider à déplacer les chevaux, grâce à sa flotte de camions. Ce qui m’embête, c’est plus le fait que nous sommes attachés à la forêt, aux animaux et à cet espace de vie qui nous permet de nous ressourcer avec nos chevaux. Il y a eu une mobilisation des pompiers, du préfet, de tous les responsables et élus locaux qui étaient vraiment super agréables et investis. Tout le monde a répondu présent. Ce type d’événement permet de se rendre compte que dans les moments difficiles, tout le monde a été soudé pour essayer de trouver des solutions. À mon échelle, j’ai mis la rivière en place sur la carrière, pour que les animaux puissent venir boire la nuit. Il faut penser aussi à la grande population d’animaux, aux cerfs, aux biches, aux sangliers qui vivent dans ces bois.
Sur une note plus légère, que peut-on vous souhaiter pour ces deux prochaines semaines ?
Des médailles, des médailles et des médailles ! Mon objectif, c’est d’obtenir des médailles et de former les équipes de France de demain.

