“Malgré cinq ans passés aux côtés d'Iglesias D.V, il continue de me surprendre”, Olivier Robert
Vainqueur du Grand Prix CSI 3* de Sariego avec Iglesias D.V ce week-end, Olivier Robert savoure une victoire aussi inattendue que rassurante. Après une fracture de la clavicule, plusieurs semaines d’arrêt et une première partie de saison contrariée, le cavalier français veut désormais remettre son complice de treize ans sur de bons rails, avec Calgary en ligne de mire. Lucide sur ses ambitions, son rapport aux équipes de France et l’avenir de son piquet, il livre un regard sans détour sur la suite de sa carrière.
Vous venez de remporter le Grand Prix CSI 3* de Sariego avec Iglesias DV. Quel goût a cette victoire ?
Déjà, il n'était pas prévu qu'il saute le Grand Prix de Sariego. Il devait simplement disputer une épreuve le dimanche matin, puisqu'il n’en avait sauté qu'une à 1,30 m le vendredi. Mais je le trouvais tellement fort, tellement bien dans son corps, que j'ai finalement décidé de l'engager. Sur sa qualité pure, il a été formidable pour une rentrée à ce niveau d'épreuve. Je suis donc vraiment très content.
Il s’agissait du premier concours international d’Iglesias depuis plus de deux mois. Dans quel état de forme le trouvez-vous?
Il a eu neuf semaines de break. Lorsque je me suis fracturé la clavicule, il est resté quasiment neuf à dix semaines sans compétition. Ensuite, j'ai voulu rattraper le retard en repartant directement à Fontainebleau, ce qui était assez violent. Il a été plutôt bien dans les deux premières épreuves, mais dans la troisième, les courbatures liées au manque de compétition étaient présentes. Ensuite, j'ai établi un programme qui, avec le recul, n'était pas le bon. En quatre semaines, il a sauté trois week-ends, avec seulement une pause entre Fontainebleau, Bourg-en-Bresse et Hambourg. Il s'est alors blessé légèrement au jarret, qui l'a contraint à trois semaines d'arrêt complet, puis trois semaines de remise en route sur le plat. Il n'a sauté qu'une seule petite séance avant de partir à Sariego. Finalement, je n'y comprends plus rien, parce que j'étais persuadé qu'il avait besoin de beaucoup courir pour être performant. Or, il vient de me prouver exactement l'inverse. Avec huit ou neuf semaines de repos, il est revenu à un très bon niveau. Je pensais connaître mon cheval après cinq ans ensemble, mais manifestement il continue de me surprendre.
Le sentez-vous prêt à retrouver les 5* ?
Oui, mais je ne fais pas le malin. Édouard Coupérie m'a appelé lundi pour établir le programme du mois d'août, mais je reste prudent. Je vais déjà faire La Corogne ce week-end, où le Grand Prix est à 1,60 m mais un peu moins exigeant qu'un Grand Prix 5* classique. Ensuite, avec un peu de chance, je pourrai découvrir Dinard, où je n'ai encore jamais participé. Jusqu'à présent, je privilégiais toujours Hickstead, un concours que j'adore, avant Calgary. Si tout se passe bien à Dinard et qu'on évite les mauvaises surprises que nous avons connues à Barcelone, Bordeaux ou encore sur le premier tour à Sariego, je pourrai envisager la suite. Je ne veux surtout pas handicaper une équipe.
Cette victoire est-elle rassurante dans la perspective de la deuxième partie de saison ?
Oui, forcément. Gagner un Grand Prix reste toujours quelque chose de difficile. Maintenant, je ne vais pas faire de plans sur la comète. Si je parviens à garder Iglesias en pleine forme pendant sept ou huit semaines, j'aimerais surtout réussir Calgary. L'an dernier, il avait signé un superbe sans-faute dans la Coupe des Nations (en terminant à la septième place, ndlr), ce qui nous a permis d'être réinvités cette année. Mon objectif est désormais d'y performer également dans le Grand Prix.
“Malgré ses treize ans, j’ai le sentiment que nous repartons sur de nouvelles bases”
Olivier Robert en selle sur Iglesias D.V en coupe des Nations à Calgary l’an passé
© Sportfot
Avez-vous le sentiment que votre couple avec Iglesias continue encore de progresser malgré toutes ces années ensemble ?
Oui, je crois. Il a énormément progressé lorsque j'ai eu la chance d'intégrer la présélection olympique. Pendant près de dix-huit mois, Henk Nooren (ancien cavalier néerlandais ayant notamment participé aux jeux Olympique de 1976, ndlr) venait à la maison tous les dix jours. J'ai bénéficié d'un encadrement exceptionnel et Iglesias a énormément progressé dans ce cadre-là. Quand tout cela s'est arrêté, j'ai forcément baissé en régime. Les résultats sont devenus moins réguliers. Avec les petites bêtises qu'il a faites à Hambourg, Barcelone ou Bordeaux, je pense qu'il m'avait un peu pris le dessus. C'est un cheval avec énormément de caractère et, parce que je l'aime énormément, je l'ai peut-être laissé me dominer. Je crois que ce week-end marque un tournant. Nous resterons très copains, mais je vais lui imposer un cadre différent. Julien Gonin (cavalier professionnel originaire de l’Ain, ndlr) l'avait monté une fois sur le plat et m'avait dit quelque chose qui m'a marqué. Il m'avait expliqué qu'on ne pouvait pas le monter comme mes anglo-arabes, avec le bout du nez loin devant. Il a besoin d'être encadré. Et il avait totalement raison. Dès que je m'éloigne de ces principes, je le paie en concours. En revanche, lorsque je lui donne des repères très clairs, il est totalement connecté avec moi. Malgré ses treize ans, j'ai vraiment le sentiment que nous repartons sur de nouvelles bases.
En mars, une fracture de la clavicule vous avait contraint à renoncer au CSIO d'Ocala. Comment avez-vous vécu cette période d'arrêt forcé ?
Très bien, finalement. Ces trois dernières saisons, j'avais souvent eu le sentiment de trop solliciter Iglesias. Entre Abu Dhabi, les États-Unis et toutes les compétitions, je lui ai demandé énormément. Il y a deux ans, il a même pris l'avion onze fois dans la saison. Il est allé à Ocala, est revenu seulement quarante-huit heures en Europe avant de repartir à Miami puis Mexico. Avec le recul, je pense que je lui ai imposé un programme beaucoup trop chargé. Finalement, cette blessure lui a offert un vrai repos. Bien sûr, j'aurais adoré participer à la Coupe des Nations avec Kevin Staut et Marie Demonte, mais sur le fond, cette pause lui a probablement fait beaucoup de bien.
Aujourd'hui, considérez-vous que vous avez retrouvé toutes vos capacités ?
Oui, complètement. Je travaille depuis dix-neuf ans avec le même médecin, qui vient sur chaque courses. Il me parle souvent des pics de forme, de la manière dont les entraîneurs préparent leurs chevaux pour une échéance précise. Finalement, cette année, grâce aux circonstances, Iglesias va probablement atteindre son meilleur niveau pendant l'été, alors que d'habitude il est un peu moins performant à cette période. Je vais mieux doser les compétitions et peut-être enfin écouter mon vétérinaire. Si tout se passe bien, j'espère obtenir de beaux résultats à Dinard, Dublin et Calgary.
Quels étaient vos principaux objectifs en début de saison ? Ont-ils évolué après cette blessure ?
Au départ, bien sûr, on pensait un peu aux Mondiaux. Iglesias avait été exceptionnel l'année dernière, mais cette idée s'est rapidement envolée lorsqu'il a commencé à faire quelques erreurs à Bordeaux (il avait été pénalisé de treize points, ndlr) ou ailleurs. Quand on est sélectionneur, on ne peut pas choisir un cheval capable de s'arrêter de cette façon. J'en étais parfaitement conscient. Mon véritable objectif reste Calgary. J'adore ce concours. J'y ai déjà obtenu de très bons résultats avec Eya Ste Hermelle (notamment une cinquième place dans une épreuve à 1,50m, ndlr) et l'an dernier avec Iglesias en Coupe des Nations. Cette année, j'aimerais réussir également le Grand Prix.
Est-ce que cette victoire relance certaines ambitions que vous aviez peut-être mises entre parenthèses ?
Non. Aujourd'hui, la France dispose de quatre couples extraordinaires. Ils ont battu l'Allemagne à La Baule et il faut simplement espérer qu'aucun incident ne viendra perturber leur préparation d'ici les Mondiaux. Ils ont une véritable chance de médaille et de qualification olympique. Je suis sincèrement heureux pour eux.
Iglesias a désormais une grande expérience du très haut niveau. Qu'est-ce qui fait encore sa force aujourd'hui ?
Sa faiblesse, c'est surtout moi. Je pense avoir compris quelque chose ce week-end. Il donne tellement de lui-même que, dans les derniers obstacles, lorsque la pression monte, il finit par saturer. Ce n'est pas qu'il cherche à mal faire, mais il me dit simplement : "J'en ai assez." C'est donc à moi de mieux respirer, de découper mentalement le parcours en plusieurs parties et de lui enlever cette pression. À cinquante ans, j'ai peut-être enfin compris quelque chose avec mon cheval. Je pense vraiment qu'il y aura un avant et un après.
“Ce qui me fait vibrer, ce sont les Coupes des Nations”
Alors que vous avez plusieurs fois figuré dans les longues listes de sélections en vue de grands championnats, vous n’êtes pas dans celle des Mondiaux pour Aix-la-Chapelle. Comment le vivez-vous ?
Être dans les longues listes, c'est presque devenu ma spécialité ! Je n'ai pas d'amertume, sauf peut-être pour les Jeux de Pékin avec Vivaldi. À cette époque, je pense sincèrement qu'il avait le niveau pour participer aux Jeux olympiques. Pour Paris, j'étais cinquième, remplaçant dans les tribunes, et l'équipe a décroché une médaille de bronze. Quand on voit la difficulté d'un tel championnat, ce n'était probablement pas mon niveau. En revanche, quatre ans plus tôt avec Vivaldi, j'aurais peut-être mérité d'y être. Très bien. Cette semaine-là, je serai en vacances en Corse avec des amis. Bien sûr, nous regarderons les épreuves, mais je suis parfaitement serein. Mon seul objectif est d'obtenir une sélection pour Calgary avec Iglesias et d'y être performant.
Après une première expérience concluante en 2021 aux Européens de Riesenbeck, où vous aviez pris la quinzième place individuelle avec Vivaldi des Meneaux, ambitionnez-vous toujours de représenter la France en grands championnats ?
Non. J'ai connu quelques déceptions, mais elles étaient logiques. Aujourd'hui, je connais parfaitement mon niveau. Je sais ce que je suis capable de faire et ce que je ne suis pas capable de faire. En revanche, j'ai un petit regret. Lorsque je me suis fracturé la clavicule, je pense qu’Iglesias aurait peut-être mérité d'être confié à Kevin Staut pendant quelques mois pour tenter une sélection aux Mondiaux. Kevin sait parfaitement préparer un cheval pour ce type d'échéance. Si j'avais été un peu moins égoïste, cela aurait peut-être été possible. Mais aujourd'hui, il y a quatre couples extraordinaires pour représenter la France. Franchement, ça sent bon.
Quels sont les chevaux sur lesquels vous comptez particulièrement à l’avenir ?
J'ai une génération de six et sept ans qui me fait vraiment vibrer. Ils sont six et je serais incapable d'en retirer un tellement je les apprécie. Je pensais qu'après Iglesias, ma carrière toucherait progressivement à sa fin. Finalement, cette génération me redonne énormément d'envie. Ce sont des chevaux dont je possède la moitié avec des propriétaires qui rêvent de sport. Je sais que plusieurs d'entre eux resteront avec moi jusqu'au plus haut niveau. En plus d'Iglesias, j’ai Esprit du Figuier, Gribaldi de Riverland et Heltic, Juice de Beauvoir, Johnvall de Conques, Julia Galante, qui crève l'écran actuellement, Janeiro L’abeille, Kim de Riverland et Kaiser des Lines. Quand j'entre dans mes écuries le matin, j'ai simplement hâte de tous les monter.
Voyez-vous arriver un cheval capable de prendre progressivement la relève ?
Honnêtement, non. Les six sont des chevaux très spéciaux. Je suis convaincu qu'ils ont tous le potentiel pour évoluer à 1,50 m. Lesquels feront réellement carrière à 1,60 m, lesquels gagneront à ce niveau ou s'y contenteront de participer ? Aujourd'hui, je suis incapable de le dire. Mais ils relancent complètement la machine. C'est extrêmement enthousiasmant.
À long terme, qu’est-ce qui vous motive encore après tant d’années au plus haut niveau ?
Ce qui me fait vibrer, ce sont les Coupes des Nations. Le Global Champions Tour m'a permis de construire toute ma structure, parce que c'est un circuit extrêmement rémunérateur. Mais les Coupes des Nations procurent des émotions incomparables. La seule inquiétude, c'est que les années passent et que la jeune génération est exceptionnelle. On ne sait jamais si l'on aura encore la chance d'intégrer une équipe. Mais quand je rentre dans mes écuries le matin et que je sors après avoir monté tous mes chevaux, je mesure la chance que j'ai. Je pensais que tout cela allait bientôt s'arrêter. Finalement, je prends toujours autant de plaisir. J'ai énormément de chance.

