La sélection littéraire de la rédaction

Découvrez la nouvelle sélection littéraire de la rédaction de GRANDPRIX.



Je vais acheter un cheval et m’en aller

© éditions L’Or de Zeus

Titania Mélissa Corre (éd. L’Or de Zeus) – 224 pages. 21€

Installée avec sa famille depuis 2018 au cœur des montagnes Chilcotin de l’ouest canadien, où elle et son mari ont acheté un ranch, c’est pourtant bien loin de là, à Delphes, en Grèce, que Titania Mélissa Corre a rencontré un cheval pour la première fois. Un, puis deux, trois, et enfin quatre chevaux… avant qu’un burn-out ne rebatte les cartes et marque le commencement d’une nouvelle vie tournée vers les grands espaces. Des débuts dans l’élevage, un tour d’Europe et une installation au Canada plus tard, celle qui fut orthophoniste dans sa première vie livre avec poésie son “récit de guérison, de transformation, d’hybridation: les grands enjeux de notre temps, je crois”. D’un petit cheval gris à la découverte de son paradis, d’un dos brisé à sa quête de liberté, “Je vais acheter un cheval et m’en aller” est une bouffée d’oxygène aux senteurs fraîches et forestières. Dans ce récit autobiographique, Titania Mélissa Corre invite à la pause, à la respiration, à rompre avec notre quotidien ultra connecté pour se (re)trouver.



Cadre noir

© Gallimard

Alix de Saint-André (éd. Gallimard) – 336 pages. 22€

Il faut avoir connu les francs pour être capable de se remémorer Alix de Saint-André, alors chroniqueuse de l’émission “Nulle part ailleurs” sur Canal+, aux côtés de Jérôme Bonaldi. Il était temps de remettre les pièces du puzzle en place et de découvrir fortuitement que l’intellectuelle n’est autre que la fille de Jean Peïtevin de Saint-André, écuyer du Cadre noir de Saumur de 1964 à 1972, renvoyé au sommet de sa gloire du jour au lendemain, sans explication. Que s’est-il passé? Sous la forme d’un journal enlevé et vivant, Alix de Saint-André mène l’enquête, explore son courrier, ses archives personnelles et la presse régionale, rencontre les protagonistes de l’époque: une plongée dans les années Pompidou au cours de laquelle l’autrice fait d’étonnantes découvertes. Alain Laurioux, Hubert Comis, Patrick Le Rolland, Alain Francqueville, Mireille Belot-François, Florence Labram-Donard, Jean-François Favier, Loïc de La Porte du Theil, Patrice Franchet d’Esperey, Thibaut Vallette et bien d’autres: ils sont tous là dans ce récit qui, au-delà de son caractère historique et mémoriel, est aussi une douce déclaration d’amour d’une fille à son père.



La sobriété équestre

© Autoédition

Émilie Haillot (autoédition) – 158 pages. 40€ 

Et si les plus grandes figures de l’équitation se retrouvaient pour dialoguer et échanger? C’est à cet exercice à la fois philosophique et technique que s’est essayée Émilie Haillot. Autrice, artiste, dessinatrice et cavalière de dressage, marquée tant par Georges Malleroni et Michel Henriquet que Jean-Louis Sauvat et Pierre Pradier, celle qui fut également championne d’Europe des Masters du cheval ibérique en 2024 propose une rencontre anachronique et imaginaire, fruit de ses lectures de soixante auteurs. Une plongée au cœur de quatre cents ans d’histoire, de culture et de recherches équestres. Outre cette proposition audacieuse, son coup de crayon incisif, déjà révélé dans “Œuvres complètes” de François Baucher puis dans “Devenir Cheval” de Yann Arthus-Bertrand et Clara Arnaud, sublime les écrits. Sa parfaite maîtrise des ombres, des lumières et des perspectives, ainsi que le juste équilibre entre technique artistique et didactique font de “La sobriété équestre” l’un des plus beaux ouvrages de ces derniers mois; un travail d’autant plus remarquable qu’il est autoédité.



De l’autre côté des rênes

© éditions Lavauzelle

Samuel Benibre (éd. Lavauzelle) – 480 pages. 30€ 

Avec “De l’autre côté des rênes”, Samuel Benibre propose une analyse dense et complète du rapport à l’animal dans la pratique de l’équitation. Sans jugement, posément et intelligemment, l’auteur présente une étude minutieuse des pratiques - parfois ancestrales - et de leurs éventuelles antinomies avec le bien-être équin. Ce qui frappe, outre l’intérêt du propos et la justesse du ton, c’est la jeunesse de l’auteur et sa grande sagesse pour son âge (dix-sept ans au moment de la rédaction de l’ouvrage!). De fait, et contre toute attente, la fougue de la jeunesse n’est pas utilisée ici comme une arme: nulle sentence passionnée, nulle posture insurgée, nul règlement de compte, mais un état des lieux clair, précis, des explications basées sur des recherches éthologiques et scientifiques, et des pistes apportées sereinement pour une meilleure relation humain-cheval et, surtout, une approche davantage axée vers le bien-être animal. À la lecture de ces pages, la bienveillance prime, tant pour les chevaux qu’envers les équitants à qui l’auteur propose ici d’offrir de nouvelles grilles de lecture et une nouvelle manière de voir et d’appréhender leur passion. À découvrir, donc, et même à conseiller à tous les amoureux des chevaux soucieux d’avancer dans le sens de leur monture.