Les tissus thermorégulants à l’épreuve des saisons
En équitation, la météo fait partie du jeu. Froid, pluie ou fortes chaleurs compliquent souvent la gestion de la température corporelle, aussi bien pour le cheval que pour son cavalier. Entre séchage, superposition de couches et organisation du matériel, ces variations climatiques peuvent vite devenir contraignantes. Pour y répondre, l’innovation textile propose aujourd’hui des vêtements et des couvertures “seconde peau” capables de s’adapter aux conditions extérieures et d’accompagner plus sereinement les transitions saisonnières.
© DR/Aravolte
Les hivers sont rudes, les étés caniculaires et les intersaisons instables, surtout depuis l’apparition des premières conséquences concrètes du dérèglement climatique, qui influence de plus en plus la pratique sportive. Les variations de température et les conditions météorologiques parfois extrêmes compliquent la gestion de l’habillement des cavaliers et des chevaux, qui évoluent quotidiennement à l’extérieur. Cette problématique a ainsi été prise à bras-le-corps par des ingénieurs qui ont imaginé le textile de demain autour d’une donnée essentielle: son adaptabilité thermique. L’objectif recherché est à la fois de rester au frais lorsqu’il fait chaud, à l’abri du froid lorsque les températures chutent, et au sec quand la transpiration s’active. Si l’évolution de l’équipement sportif est marquée par la crise climatique, elle l’est tout autant par la crise économique. C’est alors qu’intervient une autre donnée, tout aussi centrale: la durabilité.
La hausse des prix, la baisse du pouvoir d’achat et la conscience de son empreinte carbone entraînent une consommation plus raisonnée et réfléchie, guidée par l’envie et le besoin d’acheter des vêtements solides et durables, capables d’accompagner le cavalier à chaque saison. Sans oublier le style, qui n’est pas un critère anodin dans un sport où la présentation et l’allure ont historiquement toujours revêtu beaucoup d’importance, au point que l’équitation a hérité d’un classicisme certain dans ses codes vestimentaires. Si l’esthétisme a longtemps pris le pas sur la technicité, les mentalités évoluent toutefois doucement mais sûrement pour lui préférer le confort et la praticité. “Comme sur d’autres sujets, le milieu du cheval est en retard”, confie Marion Lupetti-Guiraud, dirigeante d’Aravolte. “Sur la question de la garde-robe, cela est surtout dû à un certain traditionalisme. À titre personnel, je pratique d’autres sports d’extérieur et c’est un véritable besoin que d’avoir un vêtement qui travaille à notre place. Monter à cheval implique de faire face à des contraintes thermiques, et le rôle premier des vêtements doit donc être d’apporter de la technicité sans entraver le confort et la performance.”
L’héritage des sports d’extérieur
© DR/Bucas
Les sports équestres s’inspirent aujourd’hui très largement des sports d’extérieur, réputés pour la technicité thermique de leurs produits, afin de proposer aux cavaliers et à leurs chevaux des textiles à la hauteur de leur quotidien d’athlètes. En effet, les matières utilisées pour les sports outdoor sont conçues pour protéger le corps tout en offrant confort, liberté de mouvement et gestion de la température pendant l’activité. Plusieurs propriétés sont ainsi combinées pour répondre à ces différents besoins: respirabilité, imperméabilité, isolation thermique et légèreté. Une constante rappelée par Enora Piton, designer du textile et des produits chez Horse Pilot: “Nous mettons la technicité au premier plan. Par exemple, dans le contexte du développement de notre gamme Mérinos, nous sous-entendons par technicité l’alliance entre confort et performance. Nous nous sommes basés sur les sports d’extérieur pour approfondir nos recherches sur la laine mérinos. Les athlètes sont à la recherche d’un confort optimal, dans toutes les conditions climatiques”, et des disciplines pratiquées.
Les textiles thermiques jouent un rôle important dans la pratique de l’équitation. Le confort apporté permet au cavalier de rester à l’aise dans sa gestuelle, participant ainsi à la multitude de détails qui permet d’améliorer la performance, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. “Le textile équestre pour les cavaliers est aujourd’hui très performant d’un point de vue thermique”, explique Célia Polit, commerciale chez Kerbl France, représentant les marques Bucas et Covalliero. “Les matières utilisées sont innovantes et techniques, sans cesser d’être confortables et pratiques. La gestion de la chaleur est très importante pour ne pas entraver la performance. Les vêtements sont donc légers et respirants afin de sécher rapidement. Notre gamme Covalliero s’inspire des matières techniques issues d’autres sports d’extérieur comme le ski ou la randonnée”, poursuit-elle, confirmant à nouveau les liens existants entre les différents univers sportifs.
Les chevaux, eux aussi, sont soumis à des conditions environnementales variables. Pour les aider à les affronter, certaines innovations s’appuient là encore sur les sports d’extérieur. C’est le cas des revêtements réfléchissants, qui jouent un rôle actif dans la thermorégulation. “Pour notre gamme de couvertures Power Turnout, nous avons créé un revêtement intérieur en aluminium, qui réfléchit la chaleur corporelle du cheval”, présente Célia Polit. “La doublure est en polaire, une matière antibactérienne et séchante qui permet d’absorber la transpiration du cheval afin qu’il reste au sec. Aussi, le revêtement extérieur argenté réfléchit la lumière du soleil. Cette combinaison permet une régulation thermique, qu’il fasse -15°C ou 14°C. L’intérêt est donc de pouvoir conserver la même couverture par temps chaud comme par temps froid, car en-dessous, le cheval conserve une température corporelle normale. Cette innovation représente également un gain de temps dans la gestion des couvertures, car elle élargit la plage de températures d’utilisation de ces dernières. Souvent, les cavaliers ou gérants d’écurie passent leur temps à couvrir et découvrir les chevaux.”
La laine mérinos, le textile thermorégulant par excellence
Du côté des innovations, de nombreuses marques se tournent vers la laine mérinos, issue d’une race de moutons élevés en Australie et en Nouvelle-Zélande, afin de proposer aux cavaliers des vêtements techniques capables de relever les défis des sports d’extérieur. Sa structure fibreuse, capable d’emprisonner de petites poches d’air agissant comme un isolant naturel, permet de réguler naturellement la température du corps. Autre qualité: la laine mérinos peut absorber jusqu’à environ 30% de son poids en humidité, ce qui permet de rester au sec. Cerise sur le gâteau, contrairement aux textiles synthétiques, elle limite naturellement la prolifération des bactéries responsables des mauvaises odeurs. Et, contrairement aux idées reçues, ses fibres sont plus fines que celles de la laine classique, ce qui la rend souple et confortable au contact de la peau.
“Pour notre nouvelle collection, nous nous sommes intéressés à la laine mérinos pour ses propriétés thermorégulantes naturelles”, explique Enora Piton, représentante de Horse Pilot. “C’est une matière première capable de bien s’adapter aux variations de température grâce à sa structure très fibreuse, qui isole du froid et conserve la fraîcheur. Cette technologie a d’abord été testée au sein de notre laboratoire, le HP Lab, en collaboration avec nos ambassadeurs et testeurs. Les retours positifs nous ont poussés à innover avec cette matière dans l’élaboration de nos futurs produits. Nos sweats et tee-shirts sont hybrides, composés à 50% de mérinos et 50% de polyester afin de conserver la résistance de la fibre. La pratique de l’équitation est coûteuse, tout comme le fait de s’équiper. La gamme Mérinos s’inscrit donc dans une logique durable, pensée pour toute l’année, à chaque saison et sur le long terme.”
Un engouement partagé par différentes marques du secteur, à l’instar d’Aravolte, entreprise née dans la Drôme qui met un point d’honneur à utiliser des matériaux durables. “Le summum de la thermorégulation, c’est la laine mérinos”, confirme Marion LupettiGuiraud, dirigeante de la marque. “Elle est naturellement thermorégulante et antibactérienne, ce qui évite de procéder à des traitements complémentaires. Pour apporter davantage d’élasticité et mieux gérer la transpiration et l’humidité induite, il est possible de la coupler en fil avec d’autres matières synthétiques comme le polyamide ou le Nylon. Il s’agit de matières issues de l’industrie du pétrole, mais le fait de contrôler la qualité du fil permet d’obtenir une armure textile finie solide et durable. Preuve de l’efficacité de cette nouvelle technologie, notre veste Merino Shield a été sélectionnée dans le top trente des innovations de Spoga (foire commerciale internationale consacrée au monde des sports équestres, organisée chaque année entre fin janvier et début février, ndlr). C’est la veste thermorégulante par excellence, car sa matière première vient des sports de haute montagne et d’endurance.”
© DR/Bucas
Les labels, garants de la qualité des matières premières et de leur production
© DR/Horse Pilot
Afin de garantir certaines caractéristiques ainsi que la qualité de la fabrication et des matériaux, mais aussi à informer et rassurer le consommateur, les marques n’hésitent pas à mettre en avant les labels qu’elles ont obtenus. C’est, par exemple, le cas des labels OEKO-TEX Standard 100 ou encore Bluesign, qui certifient l’absence de substances toxiques, l’utilisation de fibres biologiques et une production plus respectueuse de l’environnement. “Chez Aravolte, nos textiles sont labellisés Bluesign (qui constitue le label industriel le plus exigeant sur la chimie et la pollution, et se base sur l’intégralité de la chaîne d’approvisionnement, ndlr). Nous travaillons avec un fournisseur entièrement basé en France, qui gère toute la chaîne de production, de la fabrication des fils jusqu’au textile fini. Il se charge de garantir une production responsable en veillant à ce que la chimie opérée dans la fabrication soit contrôlée et réponde aux normes, et ce, sur toute la chaîne logistique”, explique Marion Lupetti-Guiraud.
“Le mérinos est une fibre naturelle, biodégradable et recyclable. Elle s’inscrit donc dans une démarche d’écoconception et nous permet de travailler avec une conscience environnementale. Le travail de la laine mérinos s’inscrit dans la démarche du label B Corp (qui n’est pas un label textile à proprement parler, mais une certification d’entreprise délivrée par l’ONG B Lab, évaluant l’impact global d’une société, ndlr), que nous détenons depuis moins d’un an. Il existe une demande importante et croissante, tant de la part des consommateurs que des entreprises, pour des matériaux plus respectueux de l’environnement. Une entreprise détenant ce label s’engage à avoir un impact positif sur la société et l’environnement, tout en étant transparente sur ses pratiques”, argumente pour sa part Enora Piton, de Horse Pilot.
Outre les considérations environnementales, l’origine de la laine soulève également la question du bien-être animal. Après le scandale du mulesing – une pratique d’élevage consistant à retirer des morceaux de peau autour de l’arrière-train de l’agneau afin de prévenir une maladie parasitaire – , l’industrie textile a dû s’adapter. Le label “non-mulesed” garantit ainsi que la laine provient de moutons n’ayant pas subi ce procédé. C’est notamment le cas chez Horse Pilot, comme le souligne Enora Piton: “Nous traçons notre laine mérinos à l’aide de ce label afin de nous assurer qu’elle provient d’élevages respectueux du bien-être animal.” La designer rappelle aussi que l’engagement de la marque ne se limite pas à cette seule question: “Plus largement, sur soixante-dix-sept de nos produits, 77% d’entre eux disposent d’un écolabel lié à l’écoconception. Nous rédigeons chaque année un rapport sur le taux de fibres recyclées dans chaque tissu afin de mesurer notre empreinte environnementale et de veiller à la réduire.”
Le processus de fabrication, dernier rouage indispensable à la technicité du produit
© DR/Horse Pilot
La performance d’un textile technique ne repose pas uniquement sur la qualité de sa matière première. Sa fabrication joue, elle aussi, un rôle déterminant. De la fibre brute au vêtement fini, plusieurs étapes industrielles se succèdent pour transformer la matière en tissu fonctionnel. “Si je prends l’exemple de la laine, une fois sélectionnée, elle arrive brute. C’est ensuite, en usine, qu’elle est transformée en produit technique après différentes phases de lavage, de cardage et de filature”, détaille Enora Piton. “Le tissage permet de déterminer la finesse de la fibre, ce qui joue sur la douceur et donc sur le confort du produit. La filature permet, quant à elle, de déterminer la résistance du fil, et donc sa qualité. Un tissage serré améliore la solidité du tissu, tandis qu’une maille plus aérée optimise la circulation de l’air. Enfin, une fois le tissu fabriqué, il est possible d’y ajouter des finitions, comme des traitements anti-odeur ou imperméabilisants.”
Autrement dit, la technicité d’un produit se construit autant dans sa conception que dans le choix de ses composants. L’armure textile – soit la manière dont les fils s’entre - croisent – détermine en grande partie la structure du tissu et influe directement sur ses propriétés mécaniques, esthétiques et fonctionnelles. “Pour obtenir un textile thermorégulant performant, il faut une armure textile bien construite. Quand on pense à un vêtement, on imagine d’abord une matière première, mais il faut également prendre en compte sa construction. Un tissage technique aéré permet d’agir sur la gestion des flux d’air. L’impact sur la respirabilité du produit, et donc sur ses qualités thermorégulatrices, est central. L’armure textile est donc tout aussi importante que la qualité des matières premières”, conclut Marion Lupetti-Guiraud.

