Le concours complet international de Saumur fête ses quarante ans

Si le premier concours complet international de l’Hexagone s’était tenu dès 1965 à Chantilly, celui de Saumur compte parmi les plus anciens inscrits au calendrier de la Fédération équestre internationale. Fondé en 1986, l’événement célèbre ses quarante ans ce week-end dans le Maine-et-Loire. Marie-Christine de Laurière, Gilbert Lécrivain, Jean-Lou Bigot et Emmanuel Maes, vainqueur de l’édition inaugurale en 1986, livrent leurs meilleurs souvenirs.



Disputée du 24 au 27 avril 1986, déjà à la même période qu’aujourd’hui, le premier concours complet international de Saumur avait rassemblé vingt-huit engagés. Il avait vu le jour grâce à une collaboration entre la ville de Saumur, l’École nationale d’équitation (actuel site saumurois de l’Institut français du cheval et de l’équitation), qui mettait à disposition ses installations, son matériel et son personnel, la FEF (ancêtre de la Fédération française d’équitation) et l’association Saumur Cheval, réunissant des militaires et civils. Les organisateurs avaient frappé fort d’emblée, en doublant la dotation alors de mise, porté à 40.000 francs. En raison d’une concurrence forte – avec le CCI de Badminton, disputé du 18 au 20 avril 1986, et celui de Bréda, alors très réputé et programmé quinze jours plus tard –, Saumur ne comptait aucun cavalier britannique au départ, ni aucun Allemand. En revanche, deux Belges et un Néerlandais, engagé avec deux chevaux, avaient fait le déplacement pour défier les Tricolores. La victoire était d’ailleurs revenue à l’Anversois Emmanuel Maes, associé à Argos. En tête dès le dressage (55,4 points), le couple avait conservé son leadership tout au long des 5.225m de cross, des deux routiers et du steeple, soit un total de 17.685m, pour s’imposer avec 63 points. Didier Séguret, en selle sur Dona, avait terminé deuxième avec 73,6 points, devant Jean-MarcFavereau et Idylle du Gribh, troisièmes (76,8). 

Le dressage se déroulait déjà sur l’actuelle carrière du Prince-Albert, sur un texte de reprise sans changement de pied, privilégiant le contre-galop. “Un comble”, sourit Marie-Christine Duroy de Laurière. “Nous nous évertuions à inculquer à nos chevaux le contre-galop, alors que dans les épreuves suivantes, ils avaient besoin de changer de pied à maintes reprises pour conserver un bon équilibre!” Le cross empruntait lui aussi le site actuel, mais son organisation différait sensiblement. Le premier routier conduisait les cavaliers de l’École nationale d’équitation jusqu’au terrain de Verrie, avant quatre à six tours d’hippodrome pour le steeple, à 690m/minute, avec une petite dizaine d’obstacles. Un deuxième routier précédait ensuite la phase D, le cross, couru, lui, à 570m/minute. Le parcours se distinguait par son caractère massif et impressionnant. “Les chevaux se montraient sûrement plus respectueux dans la mesure où les obstacles présentaient une configuration beaucoup plus massive qu’aujourd’hui”, souligne Gilbert Lécrivain, également engagé à l’époque. “Les cavaliers n’étaient pas pénalisés au cross s’ils galopaient à des vitesses rapides, pouvant atteindre les 600m/minute s’ils le souhaitaient.” Le Dijonnais évoque enfin l’utilisation du dévers, notamment sur la zone de Montésy: “Cela ajoutait vraiment des exigences dans le pilotage.” Quant au saut d’obstacles, il apparaissait plus abordable qu’aujourd’hui, avec des hauteurs autour d’1,20 mètre, et des barres nettement plus lourdes. 



“Nous venions courir l’International, et cela disait tout !”, Emmanuel Maes

Quarante ans plus tard, Emmanuel Maes conserve un souvenir intact de sa victoire: “Je n’avais que vingt-six ans et il s’agissait de ma première victoire internationale. J’étais le jeune Belge qui venait s’imposer en France au milieu de cavaliers réputés, ce qui ne s’oublie pas, d’autant que la Belgique n’était pas une grande nation de complet. J’avais un peu créé la surprise, parce que je ne montais Argos que depuis un an. Il avait naturellement de très belles allures, et il m’avait permis de remporter le dressage – comme souvent par la suite, grâce à sa belle locomotion. De Saumur, je ne garde pas le souvenir d’un cross vraiment difficile, mais je n’avais pas encore beaucoup d’expérience internationale, donc ce concours avait une réelle importance à mes yeux. Surtout, venir courir à Saumur, sur les terres du Cadre noir, conférait une vraie allure à la compétition dans une atmosphère somme toute très particulière. Les obstacles étaient plus dangereux, plus massifs, et finalement plus spectaculaires, comme c’était de mise à l’époque. Pour les chevaux, un concours comme celui de Saumur, avec son steeple et ses routiers, était très exigeant, et on ne pouvait d’ailleurs leur faire courir que deux ou trois épreuves de ce niveau dans l’année. Il y avait un paramètre endurance qui n’existe plus de la même façon aujourd’hui. À l’époque, il n’y avait d’ailleurs qu’une seule classe internationale, c’est-à-dire un seul niveau, donc c’était vraiment différent. On venait courir l’International, ce qui disait tout !” 

Local de l’étape, Jean-Lou Bigot se remémore, lui aussi, une atmosphère particulière: “Le mercredi soir, après la première inspection vétérinaire, les cavaliers étaient reçus officiellement par le maire à Saumur, Jean-Paul Hugot, dans la salle des mariages. Le planning de l’organisation était moins serré comme il n’y avait qu’une seule épreuve au programme, ce qui donnait une impression moins bousculée que dans les concours actuels. L’organisation internationale prévoyait aussi des moments conviviaux: un restaurant des cavaliers, où nous y mangions bien, se dressait un grand barnum le long de la carrière de dressage et de saut d’’obstacles. Avec du recul, j’en garde une certaine nostalgie, parce que l’ambiance était particulière, peut-être plus familiale.” 

Jean-Lou Bigot a d’ailleurs inscrit son nom au prestigieux palmarès du CCI saumurois, en 2005 avec Derby de Longueval. Avant et après sa victoire, le public ligérien a aussi acclamé le Néo-Zélandais Mark Todd, les Australiens Clayton Frederiks et Christopher Burton, les Britanniques Mary King, Pippa Funnell et William Fox-Pitt, l’Allemande Julia Krajewski et les Français Marie-Christine Duroy, Jean Teulère, Nicolas Touzaint, Maxime Livio, Mathieu Lemoine, Astier Nicolas, Sébastien Cavaillon et Stéphane Landois, pour n’en citer que quelques-uns. Qui succédera à ces grands noms dimanche au terme du CCI 3*-L, avant le retour, en 2028, du label 4*-L ?