Becky Moody tient son rang, les rookies commencent bien: six faits à retenir du Grand Prix de la finale de la Coupe du monde
Comme Kent Farrington l’avait fait quelques heures avant elle dans la Chasse de la finale Longines de la Coupe du monde de saut d’obstacles, Becky Moody a fait honneur à son statut de favorite dans le Grand Prix d’ouverture de la finale de dressage, disputée durant la nuit à Fort Worth, au Texas. Associée à Jägerbomb, elle s’est imposée en devançant le tout jeune Christian Simonson, en selle sur le brillant Indian Rock. De la belle performance d’un autre rookie à une nouveauté proposée par la FEI qui n’a pas vraiment convaincu, voici six choses à retenir sur cette épreuve.
Tête de série numéro un de cette finale de la Coupe du monde en sa qualité de cinquième meilleure athlète au classement mondial, Becky Moody porte le statut de grande favorite à Fort Worth, de nombreuses têtes d’affiche européennes ayant renoncé à effectuer le voyage outre-Atlantique à seulement quatre mois des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. Devant des tribunes malheureusement aussi peu garnies que le plateau de ce championnat indoor, la Britannique de quarante-six ans a su tenir son rang avec Jägerbomb, qu’elle connaît depuis sa naissance. Si les actions de sa cavalière ne sont pas toujours les plus discrètes, le fils de Dante Weltino, toujours présenté dans une très belle attitude, semble parfaitement serein et à l’aise avec le contact. Aujourd’hui, il est sorti de piste avec une jolie moyenne de 76,761%.
Christian Simonson donne de l’espoirs aux États-Unis à moins de deux ans des JO
Après la débâcle des Jeux olympiques de Paris, où les États-Unis n’avaient été représentés dans aucune des deux finales de dressage, le Stars and Stripes semble avoir retrouvé un chef de file au profil pour le moins singulier. En effet, Christian Simonson n’a que vingt-trois ans! Aujourd’hui, il se trouvait sous pression à plus d’un titre à son entrée sur la piste de la Dickies Arena: en tant que vainqueur des trois étapes de la Coupe du monde qu’il avait disputées cette saison en Amérique du Nord avec le brillant Indian Rock, d’abord, mais aussi en tant que cavalier de Zen Elite, la structure d’Heidi Humphries qui soutient de nombreux cavaliers étasuniens et…se trouve être le sponsor-titre de cette finale! En outre, il va sans dire qu’il n’avait jamais pris part à ce championnat indoor. Le jeune représentant du Stars and Stripes a semblé totalement insensible à cette pression. Au-delà d’une très belle moyenne de 75,413%, synonyme de deuxième place avec son très expressif étalon, Christian Simonson a fait montre d’une belle équitation et semblé véhiculer de la sérénité à son partenaire, que l’on a pu voir bien plus tendu par le passé. Le fils d’Apache, qui n’avait jamais concouru en indoor avec ce cavalier, a comme souvent montré un grand talent pour le rassembler, où il reste très actif tout en transportant l’énergie avec son dos. Et s’il s’est montré régulièrement trop fermé dans son angle tête-encolure, son partenaire s’est efforcé de toujours conserver un contact très léger sur ses rênes de bride. Incontestablement, leur prestation peut donner de l’espoir aux États-Unis à moins de deux ans des JO de Los Angeles.
Christian Simonson et Indian Rock ont régalé leur public
© Lisa Slade
Un autre rookie offre un beau cadeau d’anniversaire à son frère
À vingt-trois ans, Christian Simonson n’est pas le plus jeune cavalier engagé à Fort Worth. Ce titre revient à l’Allemand Moritz Treffinger, qui est son cadet d’un an. Sacré triple champion d’Europe Poney en 2018 avec Top Queen H et double médaillé d’or aux Européens des moins de vingt-cinq ans l’été dernier sur Cadeau Noir, le cavalier du Gestüt Bonhomme a lui aussi réussi un très bon Grand Prix pour entamer sa toute première finale de Coupe du monde. Associé à Fiderdance, qui avait disputé la finale d’Omaha en 2023 avec l’Australienne Simone Pearce, il a récolté 71,109%, un score synonyme de sixième place qui a récompensé une reprise sans immense point fort, mais très correcte à tout point de vue et montée avec beaucoup de tact. S’il risque de devoir attendre encore un peu avant de faire son entrée dans la grande Mannschaft, tant les places y sont chères, Moritz Treffinger a montré qu’il avait sa place parmi les grands et ainsi offert un beau cadeau d’anniversaire à son frère cadet, qui a fait le voyage au Texas pour le soutenir, comme toute sa famille.
Morgan Barbançon réalise une reprise conforme à ses standards
Seule Française qualifiée pour cette finale, Morgan Barbançon fut la deuxième à s’élancer ce matin avec son fidèle Sir Donnerhall II, vingt ans, qui prend part à cette échéance pour la sixième fois. Si le fils de Sandro Hit a trébuché en début de deuxième trot allongé et s’est parfois montré mal à l’aise avec le contact, le couple a été crédité de 68,956%. Cette moyenne correspond aux standards du duo depuis son retour en compétition l’automne dernier, puisqu’il avait obtenu 68,348% dans le Grand Prix du CDI-W de Londres puis 69,239% dans celui de Bâle. En larmes lors de son interview avec FEI.tv après sa prestation, la Tricolore s’est dite “fière” de son cheval.
Près de deux tiers des engagés en-dessous des 70%
Derrière Becky Moody et Christian Simonson, outre Moritz Treffinger, trois cavaliers seulement ont dépassé les 70%: Patrik Kittel, Julio Mendoza Loor et Sandra Sysojeva, qui se sont classés trois, quatre et cinquième avec Touchdown (72,869%), Jewel’s Goldstrike (72%) et Maxima Bella (71,696%). Cela signifie donc que dix couples, soit près des deux tiers des seize engagés, n’ont pas franchi cette barre symbolique équivalente à une reprise “satisfaisante” ou au commentaire “assez bien”. En revanche, il faut noter la diversité de ce plateau, où treize nations différentes sont représentées.
La nouveauté de la FEI ne convainc pas vraiment
La semaine dernière, au Forum des sports de la Fédération équestre internationale (FEI), Ronan Murphy, directeur du service dressage de l’organisation, avait annoncé l’implémentation nouvelle à Fort Worth d’un système suivant la trajectoire des chevaux en temps réel et la comparant à la trajectoire idéale de la reprise. “À terme, cet outil pourrait être utilisé pour donner une note de précision en fin de reprise”, avait-il expliqué à propos de cette technologie reposant sur l’usage simultané de plusieurs caméras permettant de trianguler la position du couple. Aujourd’hui, pendant les reprises, les téléspectateurs pouvaient donc voir une animation occupant au bas mot un neuvième de leur écran et superposant en live le tracé effectué par le cheval et le dessin idéal. L’occasion pour eux d’observer que l’ensemble des couples ont adopté une trajectoire extrêmement proche de celle attendue durant l’ensemble de leur prestation. Difficile de percevoir la plus-value apportée par cette nouveauté.

