“Becky Moody et Jägerbomb s’élanceront clairement en favoris”, Raphaël Saleh
À Fort Worth, aux États-Unis, la finale de la Coupe du monde débutera cette nuit à 2h du matin, heure de France métropolitaine. Président du jury des Jeux olympiques de Paris 2024 et des Européens de Crozet 2025, Raphaël Saleh fait le point quant aux favoris, mais aussi aux autres couples qui pourraient tirer leur épingle du jeu. Notant des signaux d’une véritable ouverture de la discipline, il regrette en revanche que cinq juges seulement officient lors de championnat, contre sept auparavant.
Seize cavaliers s’élanceront dans le Grand Prix d’ouverture de la finale de la Coupe du monde de dressage la nuit prochaine. Un favori se détache-t-il?
Oui, Becky Moody s’élancera clairement avec le statut de favorite aux rênes de Jägerbomb. Tous deux forment le couple le plus expérimenté au départ et ils ont réalisé de bonnes performances (en Coupe du monde, ils se sont classés deuxièmes des étapes de Lyon et Londres puis troisième de celle d’Amsterdam cette saison, ndlr) récemment. Derrière, la compétition s’annonce extrêmement ouverte pour les deux et troisième places. Je pense à des chevaux bien connus comme Touchdown (vainqueur de la finale de 2024 avec Patrik Kittel, ndlr) et Maxima Bella (la monture de la Polonaise Sandra Sysojeva, ndlr). Les Allemands Raphael Netz et Moritz Treffinger peuvent également tirer leur épingle du jeu (ils seront accompagnés de Dieudonne et Fiderdance, ndlr), tout comme Indian Rock (le partenaire de l’Étasunien Christian Simonson, qui a porté son record personnel à 81,445% au CDI-W de Wellington le 9 janvier, ndlr).
Justement, Christian Simonson et Indian Rock font un peu figure d’O.V.N.I. au sein d’un dressage étasunien qui a perdu de sa superbe ces dernières années, non?
C’est difficile à dire pour moi car je n’ai pas jugé sur le continent américain cette saison. En tout cas, la progression de ce couple montre que les États-Unis préparent bien les Jeux olympiques de Los Angeles.
Quid de Morgan Barbançon Mestre et Sir Donnerhall II, qui forment le seul couple tricolore qualifié?
Il faut vraiment saluer le fait qu’ils disputeront leur cinquième finale ensemble. Je ne les ai pas jugés depuis leur retour en compétition (effectué l’automne dernier, après que la Française a été suspendue dix-huit mois durant pour manquement à ses obligations de localisation dans le cadre de la lutte contre le dopage, ndlr), mais j’ai entendu dire que Sir Donnerhall était en bonne forme. Je leur souhaite tout le meilleur.
“Une véritable ouverture”
Globalement, cette finale s’annonce un peu moins courue que certaines éditions précédentes. Pensez-vous que les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, programmés dans quatre mois, ont eu une influence?
Effectivement, il y a moins de concurrents du Top dix mondial cette année que d’autres. Globalement, les saisons de championnats du monde et de Jeux olympiques, souvent, la finale de la Coupe du monde attire moins. En outre, pour la plupart des couples, se rendre à Fort Worth nécessite un long trajet en avion, ce qui ne joue pas en faveur de l’événement.
En revanche, la présence de deux cavaliers de moins de vingt-cinq ans, à savoir Christian Simonson et Moritz Treffinger, est plutôt de bon augure pour le futur du dressage, n’est-ce pas?
Tout à fait! Et Raphael Netz n’est pas très vieux non plus (il vient de fêter ses vingt-sept ans, ndlr). Globalement, de nombreux couples qui se sont qualifiés pour cette finale sans disposer d’une grande expérience à très haut niveau, ce qui est, là encore, très positif pour la discipline dans sa globalité. Cela démontre une véritable ouverture.
La salle de Fort Worth possède une capacité de 9.300 spectateurs, ce qui est très rare en dressage. Une telle configuration, qui engendrera, espérons-le, une ambiance vivante, peut-elle avantager ou désavantager certains couples?
D’abord, pouvoir se produire dans un stade d’une telle capacité est une grande chance pour la visibilité de notre sport. Concernant l’ambiance, je crois qu’elle est un peu similaire dans tous les grands concours indoor. Par conséquent, ce sont les Américains qui peuvent être désavantagés, car ils n’ont pas l’habitude de concourir en intérieur. Pour autant, Indian Rock a montré de très bonnes choses en indoor sous la selle de son ancienne cavalière (Emmelie Scholtens, avec laquelle il avait notamment gagné l’étape de la Coupe du monde de Neumünster en 2024, ndlr) et Dünensee disputera sa troisième finale avec Kevin Kohmann.
Pour la première fois depuis longtemps en championnat Seniors, il n’y aura pas sept juges autour du rectangle, mais seulement cinq. Quel est à votre avis sur ce sujet?
Je trouve cela assez regrettable car il s’agit d’un grand championnat, où s’établissent donc les standards de jugement. Cela dit, j’ai conscience des coûts financiers énormes qu’implique déjà l’organisation de cet événement. En outre, il est vrai qu’il est moins difficile de juger une finale de Coupe du monde qu’un autre grand championnat, dans la mesure où une quinzaine de chevaux seulement sont au départ et il n’y a que deux épreuves.

