Pascal Cadiou et Julien Blot présentent leur vision et leurs projets pour le Stud-book Selle Français
Au terme de l’assemblée générale prévue le 29 avril, le conseil d’administration du Stud-book Selle Français élira son président pour quatre ans. Pascal Cadiou, candidat à un quatrième mandat, devrait faire face à Julien Blot, qui brigue ce poste pour la première fois. Les deux candidats ont accepté de se prêter au jeu des questions-réponses, livrant leurs idées et leurs projets pour l’avenir de l’association nationale de race.
Pascal Cadiou brigue un quatrième mandat à la présidence du Stud-book Selle Français, et il se dit aussi motivé que lorsqu’il avait succédé à Bernard Le Courtois en mai 2014. Le scrutin se déroulera le 29 avril lors d’une réunion du conseil d’administration programmée juste après l’assemblée générale élective. Installé sur quelque cent trente hectares à Rochefort-sur-Mer, en Charente-Maritime, où il a repris l’ancienne station des Haras Nationaux, l’éleveur de soixante-six ans a produit sous l’affixe d’Irleau jusqu’en 2013. Il avait alors l’habitude d’acheter chaque année une vingtaine de poulains à valoriser. Désormais, il fait naître sept à huit produits par an sans affixe.
Ingénieur agronome de formation, Julien Blot entend lui aussi présenter sa candidature à la présidence de l’association nationale de race. Avec son épouse Marine, ce Rhônalpin de trente-huit ans est installé sur quatre-vingt-quinze hectares à Condeissiat, dans l’Ain. Le couple œuvre depuis 2021 à la réussite du haras Numénor avec une petite équipe atteignant cinq collaborateurs au pic de la saison d’élevage. Julien Blot connaît les rouages du Selle Français en tant qu’élu au sein du collège des éleveurs.
Entretien croisé entre les deux candidats au poste.
Qu’est-ce qui vous motive à briguer la présidence du stud-book Selle Français?
Pascal Cadiou : Mon installation remonte aux années 1980. Rapidement, je me suis engagé au sein de l’Association des éleveurs de Vendée, et j’ai vite constaté que nous étions plus forts à plusieurs et que le collectif avait encore du sens. Je suis attaché à la notion de partage; j’aime quand il y a une dynamique d’échange et des propositions constructives servant des intérêts communs. Au Selle Français, nos sujets sont parfois lourds à porter, mais je sens que nous entraînons du monde. Les équipes adhèrent et l’état d’esprit général est positif.
Julien Blot : Je me suis engagé au Selle Français et à la Société hippique française (SHF) à trente ans et j’ai mûrement réfléchi à cette candidature. Je ne suis pas en quête d’un trophée de chasse, j’ai la conviction qu’il y a des défis importants à relever en matière de sélection, notamment vis-à-vis de la génomique. L’opérationnel me va bien aussi quand je convaincs qu’une fenêtre événementielle sur la voie femelle est compatible avec le championnat des mâles de deux et trois ans SF à Saint-Lô (l’événement Lignées de prestige, lancé en décembre 2025, ndlr) ou quand je contribue à la réussite du championnat des 3 ans Sport au salon Equita Lyon. Les actions menées par notre association doivent toujours être utiles aux éleveurs sur le terrain.
Quel projet portez-vous pour le Stud-book?
P.C. : Je parlerai volontiers d’une poursuite de nos efforts parce que nous œuvrons sur le temps long, et de notre volonté d’avancer sur deux jambes solides: la tradition et l’innovation. Le ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire nous soutient encore dans la promotion du produit agricole et apporte son soutien à la formation et à la communication. Néanmoins, nous sommes lucides quant à l’avenir des subventions, qui pourraient baisser. C’est pourquoi nous œuvrons à l’autonomie financière – nous avons atteint 85% aujourd’hui. Par ailleurs, l’accès au statut d’organisme de sélection (au sens du droit européen, ndlr) nous ouvre un champ des possibles transversal considérable, notamment dans le domaine scientifique où le fonds Éperon nous soutient. Nous irons chercher des financements sur des sujets génomiques et nous poursuivrons le programme SOGEN (génomique du saut d’obstacles, ndlr), débuté en 2015. Nous avons déjà fait génotyper beaucoup de chevaux sur nos fonds propres. Demain, il faudra peut-être s’engager davantage encore aux côtés de structures comme Labéo (pôle d’analyses et de recherche interdépartemental de Normandie, ndlr). Tout cela générera du progrès au service des éleveurs.
J.B. : En matière de génomique, je souhaite que nous accordions davantage d’attention à la voie femelle pour lui attribuer la place qu’elle mérite. Environ deux-cent-cinquante étalons saillissent l’immense majorité des juments. Selon moi, ils constituent une petite population déjà bien connue et sur laquelle la génomique aura moins d’impact. Biologiquement, l’élevage, c’est de l’ordre de 50% d’apports du père et 50% de la mère; si l’on rajoute l’effet environnemental, l’apport de la mère est encore bien supérieur. Or, notre cheptel d’environ douze mille juments concentre les principales zones d’ombre de notre schéma de sélection. Lorsqu’on parle de sélection sur une population entière, c’est là qu’il faut consacrer du temps et des moyens. Grâce à la génomique, nous détecterons les bons sujets plus précocement. Il faudra être pédagogue pour expliquer tout cela aux éleveurs. En tout cas, la génomique est un sujet scientifique et non politique.
Quid de l’élevage?
P.C. : La voie femelle est importante et la voie mâle est essentielle parce que c’est elle qui fait le progrès génétique. C’est dans ce domaine qu’il ne faut pas se tromper. Le Stud-book continuera d’enrichir ses bases de données (mediasf.fr, ndlr) pour les éleveurs. Le reste, c’est l’effet milieu, l’humain, son savoir-faire, son expérience, les terroirs différents… Les éleveurs savent mener leur travail de sélection. Il faut leur faire confiance.
J.B. : La voie femelle, c’est notre levier de différenciation, un point sur lequel il ne faut rien céder. C’est aussi une part de notre histoire. D’ailleurs, le Selle Français entretient à l’international sa réputation de cheval facile et volontaire. En outre, il serait sans doute utile de reconsidérer la place des éleveurs pour les mettre davantage au centre de notre dispositif, en leur demandant d’abord ce qu’ils veulent. Je m’inspire là de remontées du terrain.
Quel est, selon vous, le défi majeur qui attend le Selle Français?
P.C. : La modestie, l’humilité et l’ambition. Nous procédons à des aménagements à la marge sur divers sujets. Il y a des motifs de satisfaction tangibles. Aux championnats d’Europe de saut d’obstacles, l’an dernier, la France a été le meilleur pays de production. Nous avançons avec des objectifs identifiés et en cherchant l’adhésion du plus grand nombre. Par exemple, à chaque élection, nous avons su renouveler notre conseil d’administration à hauteur de 30%. Nous ne sommes pas arc-boutés sur le nombre d’adhérents (autour de 2.100, selon lui, ndlr). Nous souhaitons caractériser des productions d’étalons pour extraire des “constantes” utiles aux éleveurs.
J.B. : Il faudra continuer à travailler sur l’image, le commerce, peut-être procéder à des ajustements sur le circuit des zéro à trois ans, redonner de l’intérêt au circuit des femelles qui n’est pas le plus suivi, ouvrir des chantiers sur l’international. Demain, si nous incorporons les données de la génomique, nous renforcerons notre crédibilité. Enfin, il faudra trouver des ambassadeurs de la race à l’international.
Quel regard portez-vous sur le contexte macro-économique tendu et incertain?
P.C. : La production de chevaux va sans doute décélérer progressivement et il y aura probablement des moments difficiles à passer chez les éleveurs qui peinent à écouler leurs produits. Cependant, les crises sont souvent suivies d’embellies, et la demande en bons et très bons chevaux reste soutenue à l’échelle internationale.
J.B. : Lorsque le contexte économique est compliqué, nous devons prioriser nos investissements sur les meilleurs sujets. La génomique produira des données utiles aux éleveurs. Elle les aidera dans leurs arbitrages, à sélectionner au mieux et à être plus précis. C’est une planche de salut, un véritable levier de différenciation.
Qu’adviendrait-il de l’Événement Femelle, accueillant les championnats des femelles SF de deux et trois ans, si la Grande Semaine de l’Élevage de Fontainebleau venait à être avancée à la mi-juillet comme cela a pu été évoqué par la SHF?
P.C. : Nous nous adapterions. Cependant, nous n’avons pas encore débattu de ce sujet, et je ne vois pas comment tout cela pourrait bouger.
J.B. : Si les finales nationales de la SHF étaient avancées, cela impliquerait des concours de sélection locaux et régionaux plus tôt dans la saison. De ce fait, les jeunes femelles profiteraient moins longtemps de l’herbe. Il faudrait peser le pour et le contre, mais je ne conçois pas que le Selle Français soit absent de la Grande Semaine de l’élevage.
Pour en savoir plus sur la phase électorale en cours au Stud-book Selle Français

