Le cheval dans l’art au cœur des deuxièmes Journées culturelles de la FFE
Les 26 et 27 mars, des experts et passionnés se sont réunis pour évoquer le cheval dans l’art, thématique des deuxièmes Journées culturelles organisées par la Fédération française d’équitation. Sous l’impulsion de la commission culture et patrimoine, près d’une centaine de personnes se sont retrouvées au Parc équestre fédéral pour des échanges riches et captivants, qui ont rencontré un vif succès.
“La Fédération française d’équitation (FFE) a eu à cœur, sous l’impulsion de mon prédécesseur, Serge Lecomte, de créer ce rendez-vous majeur, à la croisée de la culture, de l’histoire et du vivant. En effet, la Fédération, au titre de sa mission éducative notamment, est un passeur de savoirs. Elle encourage la formation, l’enrichissement culturel de l’ensemble de la communauté équestre en faisant connaître le patrimoine équestre comme un véritable objet culturel, au cœur des dynamiques contemporaines. Les enseignements de l’étude Kantar que nous avons menée confirment que la culture est un levier essentiel d’attractivité de l’équitation et de fidélisation des cavaliers, notamment pour les publics adultes“, a présenté en préambule Frédéric Bouix, président de la FFE.
Il est ensuite revenu sur la place centrale occupée par le cheval dans l’histoire, qui s’est imposé à travers les siècles comme une source d’inspiration constante, et conclu son discours d’ouverture en remerciant les intervenants pour leur présence: Pascal Marry, président de la commission fédérale culture et patrimoine, Laurent Peyron, élu référent du comité fédéral, ainsi que Guillaume Henry, chef d’orchestre de ces Journées avec l’appui de Thierry Pierson et de l’ensemble des équipes fédérales impliquées. “Je suis très honoré de recevoir Bertrand-Pierre Galey, représentant du ministère de la Culture, grand connaisseur de la filière équine. Je tiens à témoigner de toute notre reconnaissance au ministère en charge de la Culture et sa nouvelle ministre, Catherine Pégard, pour l’intérêt porté au cheval dans ses dimensions culturelles, notamment à travers le soutien de la Mission française pour la culturelle équestre, présidée par Guillaume Henry, créée pour valoriser l’inscription de l’équitation de tradition française par l’UNESCO et plus largement à agir en faveur de la reconnaissance de l’équitation, en tant qu’élément majeur du patrimoine, de la diversité et de la créativité culturelle.”
Bertrand-Pierre Galey, représentant du ministère de la Culture, a ensuite pris la parole, remerciant “la Fédération de renouveler l’initiative prise en 2024, pour la première fois, d’organiser ces journées culturelles; après les origines de l’équitation, c’est cette année la représentation du cheval par les artistes qui en sera le sujet. Le ministère se sent évidemment particulièrement concerné par ce sujet, mais surtout la répétition de l’événement offre bon espoir qu’il devienne un rituel récurrent, s’inscrivant dans une démarche partagée qui a pris son essor en 2011 au moment de l’inscription de l’équitation de tradition française – autant dire l’équitation tout court – sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité.”
Pascal Marry a disserté sur la fonction d’une politique culturelle fédérale et évoqué les résultats de l’enquête Kantar menée en 2025 par la FFE. Les échanges ont été ouverts par Jean-Louis Gouraud, écrivain, voyageur et éditeur. Il a introduit le cheval comme modèle préféré des artistes, de la Préhistoire à nos jours : “sans cheval, l’Histoire des hommes serait terne et, de la même façon, les arts plastiques d’une affligeante pauvreté”. Il a évoqué le cheval dans la sculpture, la peinture, la photographie, mythologie grecque et invité à réfléchir au rôle du cheval dans la danse, la musique, le chant ou la poésie, achevant son allocution en partageant: “parler du cheval par les arts n’a pas de sens car la seule véritable œuvre d’art, c’est le cheval lui-même”.
Les présentations se succédant dans une temporalité chronologique, Frédéric Plassard, docteur en préhistoire et directeur de la grotte de Rouffignac, en Dordogne, a débuté par le cheval dans l’art des cavernes. Après avoir replacé le contexte historique, il a évoqué l’art pariétal composé de peinture et gravure; un art d’abord non figuratif, aux motifs abstraits majoritaires ainsi que des animaux – mammifères herbivores en majorité, dont 30% de chevaux. Ceux-ci occupent une place centrale, représentés seuls ou accompagnés, figurés dans tous les secteurs géographiques et avec toutes les techniques. Si certaines représentations sont fidèles (peut-être au cheval de Przewalski), d’autres sont idéalisées et minimalistes. Il a enfin questionné les interprétations possibles de ces représentations, avec des constats comme l’absence de corrélation entre faune chassée et faune figurée, la faible diversité des thèmes ou encore des associations récurrentes, et des déductions envisageables comme une expression graphique symbolique ou encore une possible dimension mythologique ou spirituelle.
Un premier jour consacré à l’histoire de la représentation du cheval dans l’art
Alain Thote, sinologue et archéologue, spécialiste de l’art et de l’archéologie de la Chine pré-impériale, a évoqué le cheval dans la Chine ancienne et la façon dont les sociétés l’ont représenté dans leur art. Il est tout d’abord revenu sur l’année du cheval de feu, présentant les signes du zodiaque chinois, des croyances fortement ancrées. L’empire chinois a été créé en 221 avant notre ère, période qui a vu le développement de l’équitation en Chine. Il a longuement évoqué le mausolée de Qin Shi Huang, recouvert d’un tumulus, sous lequel le premier empereur a représenté la vie ici-bas dans l’objectif d’atteindre l’immortalité. Une des fosses creusées a montré des écuries et mis en avant le rôle majeur de la cavalerie dans l’armée chinoise.
Véronique Vassal, maîtresse de conférences en histoire de l’art et archéologie de l’Antiquité et directrice du département d’Histoire de l’Art et Archéologie à la faculté des lettres de l’Institut catholique de Paris, a montré comment les formes et effets du mouvement équestre dans la mosaïque et la peinture antique permettent de figurer la vitesse. Le cheval est vecteur d’expression au service de la narration, avec de nombreux chars attelés tant sur des vases, sculptures monumentales, peintures funéraires, etc.
Place ensuite aux représentations et symboles du cheval dans la culture byzantine, présenté par Stavros Lazaris, chercheur au CNRS et directeur du département d’histoire à la faculté des lettres de l’Institut catholique de Paris. Au cours de l’histoire de l’empire byzantin, qui court du IVe au XVe siècle, le cheval est un acteur de l’économie puis un support idéologique, nécessaire à la pérennité de l’empire. Au cours de cette période où de nombreux contenus hippiatriques paraissent et la médecine vétérinaire se professionnalise, le cheval dispose d’un rôle essentiel dans l’armée. Devenu un outil de propagande pour l’empereur, il est élevé au rang de créature protectrice de la liturgie orthodoxe: face aux défis d’invasions successives, l’empire a su métamorphoser un instrument de guerre indispensable en un outil de propagande.
“Le portrait équestre, du triomphe à la vertu”, fut la thématique abordée par Nicolas Chaudun, éditeur d’art, documentariste et écrivain. Le cheval était un instrument des conquêtes; en effet, sans lui, pas de conquêtes, et sans conquêtes, pas de pouvoir! Si au Moyen-âge, on ne voit pas les traits des cavaliers car ce sont des maisons qui s’affrontent dans les tournois, cette absence d’individualité évolue à la Renaissance: les hommes veulent se faire immortaliser pour se rappeler au souvenir des vivants. Il a évoqué le cavalier victorieux, qui en temps de guerre, dispose de vertus martiales, présentant des portraits jusqu’à ceux de Louis XIV. Il a enfin analysé le “Portrait du comte Stanislas Potocki”, de Jacques Louis David en 1781, qui signe la fin du portrait équestre.
Guy de Labretoigne, officier de cavalerie, spécialiste en art animalier essentiellement tourné vers le thème du cheval, a orienté son exposé sur le cheval dans la sculpture animalière du XIXe siècle. Dans l’art, le cheval est d’abord un compagnon de l’homme et apparaît en retrait, avant de passer au premier plan et d’être le sujet de nombreuses représentations sculptées. François Vallat, docteur en médecine vétérinaire, a axé son intervention sur l’illustration en médecine et en chirurgie du cheval, dans les ouvrages du XVIIIe au XXe siècle en France. Pour cela, il a parlé des ouvrages à gravure sur cuivre, de ceux illustrés de lithographie ainsi que des ouvrages à gravures sur bois debout (xylographies).
Edwart Vignot, président de la société des Amis du Musée Eugène Delacroix, a exploré les œuvres de Théodore Géricault et Eugène Delacroix, sous l’angle du cheval en fraternité. Le premier, passionné par les chevaux, a traité ce thème jusqu’à la fin de ses jours avec une multitude de techniques (aquarelle, crayons, etc.). Il a inspiré de nombreux peintres, dont Delacroix, pour qui il sera un véritable modèle. L’historien d’art, auteur et journaliste a également permis au public d’admirer six œuvres de sa collection, dont une huile sur papier de Delacroix et un dessin double-face signé Géricault. “J’ai essayé de couvrir environ un siècle de création, à partir du début du XIXe jusqu’aux années 1940. Cela donnait une cohérence avec toute la partie romantique pour finir sur un petit clin d’œil avec le dessin d’Hergé, qui représente des petits chevaux mais pas seulement”, précise-t-il.
Le cheval dans l’art au prisme des artistes
Laurence Madeline, conservatrice de musées et spécialiste de Picasso, a ouvert la seconde journée en explorant la signification du cheval dans l’œuvre du peintre espagnol: symbole, le cheval peut être un parallèle avec sa vie amoureuse à travers l’image de la corrida – qui peut aussi être interprétée comme la lutte politique en Espagne. Sa présentation s’est achevée sur le fait que l’évolution de la vision du cheval par Picasso accompagne la fin de l’utilisation du cheval dans la vie quotidienne au cours du XXe siècle.
Alexandre Blaineau, docteur en histoire et auteur, a présenté les centaures dans la littérature, ainsi que quelques aspects d’une figure mythologique, de l’Antiquité à nos jours. Il a mis en lumière la tension incarnée par cette créature hybride, génératrice de chaos et de sagesse. De Xénophon, où le centaure cesse d’être une monstruosité pour devenir un modèle technique, au Moyen-Âge où il est un signe moral, le centaure est chez Dante une figure punitive intégrée à l’ordre de l’enfer avant d’évoluer vers une forme allégorique et stratégique, véritable principe politique, à la Renaissance. Il a achevé son exposé par une évocation de l’époque moderne, où le centaure devient pédagogie de la force, et sa réinvention au XXe siècle comme matériau conceptuel.
Diane de Camproger, docteure en langue et littérature françaises, chercheuse au LASLAR à l’Université de Caen – spécialiste des représentations du cheval dans la littérature contemporaine – et cofondatrice de l’association cheval et sciences humaines et sociales a présenté le cheval dans la littérature, entre références mythiques, allégories et personnages équins archétypaux. Elle a développé trois types de chevaux qu’elle a identifiés: les chevaux magiques, qui ont des fonctions symboliques et allégoriques dans les mythologies indo-iranienne, gréco-romaine, ibéro-celte, nordique ou encore dans les religions monothéistes; les chevaux médiévaux comme outil de diffusion du christianisme, avec l’utilisation de l’image de la licorne ou encore les récits des chevaliers, dont les destins sont glorifiés lors des guerres saintes; les chevaux modernes: peinture sociale (rurale, militaire, mondaine, évolution du rapport aux animaux, désir d’évasion), le cheval est aussi parfois archétype de personnages avec l’identification de quatre axes narratifs (quête et héros, adjuvant, etc.).
Pierre Drugmand, un temps président du Club international d’éperonnerie de Belgique, est revenu sur l’éperon dans l’art, raconté par les écrivains, sculpteurs, peintres et photographes de tous les temps. Semble-t-il apparu au IVe siècle avant notre ère sur les bords de la mer Noire, l’éperon a évolué au cours de l’Histoire. Il peut être vu comme un véritable objet d’art en Europe comme dans le monde, certains étant fabriqués avec de l’or, de l’argent et/ou du cuivre, des pierres précieuses, d’autres témoignant du travail du fer forgé.
Chloé Huvet a analysé la musique et l’arc narratif du pur-sang Joey dans le film “Cheval de guerre”, de Steven Spielberg (2011). La bande originale de John Williams ne compte pas un seul thème mais plusieurs, afin de rendre compte des différentes facettes de l’odyssée de Joey. À travers la projection et le décryptage de plusieurs scènes marquantes (scènes d’ouverture et de clôture, la mort de Topthorn, le miracle de la réunion d’Albert et Joey à la fin de la guerre, etc.), elle a mis en lumière la perte de l’innocence et amené à la réflexion sur les marques laissées par la guerre.
Le mot de la fin est revenu à Guillaume Henry, écrivain, historien du cheval et de l’équitation, éditeur et instructeur d’équitation. Dans un discours intitulé “le cheval dans l’art vu par un cavalier: des représentations du cheval et de l’équitation, à notre héritage équestre”, il a rappelé que les représentations du cheval dans les arts sont des archives vivantes. Elles nous aident à redécouvrir notre histoire, montrent l’évolution de la position à travers les siècles par exemple. Ce sont des ressources précieuses sur l’évolution du rapport aux chevaux et leurs rôles au fil des années, achevant sa présentation par un lien avec les enjeux sociétaux actuels.
Laurence Madeline, conservatrice de musées et spécialiste de Picasso, a ouvert la seconde journée en explorant la signification du cheval dans l’œuvre du peintre espagnol:
© Célia Bergougnoux/FFE

