Le bien-être au travail dans la filière équine, sujet de tables rondes au Jumping de Bordeaux
Trois tables rondes sur le bien-être au travail dans la filière équine ont été organisées le 5 février au Jumping international de Bordeaux. L’occasion d’évoquer un angle mort ou peu éclairé de la nécessaire et attendue prise en compte du bien-être du cheval dans les structures équestres.
Le jeudi 5 février, trois tables rondes sur le bien-être au travail dans la filière équine ont été organisées dans le cadre du Jumping international de Bordeaux, à l’initiative du comité régional d’équitation de Nouvelle-Aquitaine (CRENA), en partenariat avec le Conseil des équidés et le soutien du Fonds Éperon. Les échanges ont été mis en œuvre par Pierre Ollivier, président de la commission bien-être animal et au travail du CRENA, accompagné de Jade Rosa, directrice générale, Coralie Bonneau, chargée de mission et Isabelle Burgot, conseillère technique nationale, ainsi que par les équipes du Conseil national des équidés. Animés par Stéphane Badet, ceux-ci ont permis de balayer cette thématique grâce à de nombreux intervenants.
“Je souhaite remercier les équipes du CRENA, son président Sébastien Carralot ainsi que Pierre Ollivier, président de leur commission bien-être, pour cette initiative dont le financement a bénéficié du concours du Fonds Éperon. Le sujet est vaste. D’une manière générale, je pense que le bien-être au travail est indissociable du bien-être animal, car pour bien s’occuper des poneys et chevaux, il faut des salariés, quelles que soient leurs fonctions, bien dans leur emploi. Le bien-être au travail est le gage de la pérennité des entreprises équestres, de l’attractivité de nos métiers. La Fédération et le monde socioprofessionnel ne peuvent pas être en marge de ces questions sociétales. Nous sommes une génération de transition. Il est important de mettre les choses sur la table, de les verbaliser, mais également de s’appuyer sur les travaux scientifiques pour proposer des outils aux dirigeants et aux employeurs”, a présenté en préambule Frédéric Bouix, président de la Fédération française d’équitation (FFE).
Sébastien Carralot s’est montré ravi du nombre de personnes présentes pour assister à ces échanges: “Il est important de se regrouper autour de ces thématiques pour trouver des solutions. Je trouve que les jeunes sont bien plus brillants et percutants que nous ne l’étions à leur âge. En revanche, il faut comprendre que les examens présentés avant l’entrée dans les métiers du cheval ne donnent pas une caisse à outils entièrement fournie. C’est pourquoi il est essentiel, pour durer, d’avancer vers la formation continue pour évoluer.”
Pierre Ollivier, président de la commission bien-être animal et au travail au CRENA, a partagé que “le bien-être au travail dans la filière équine recouvre plusieurs dimensions indissociables. Il s’agit bien sûr de préserver la santé et la sécurité des professionnels en réduisant les risques, en améliorant l’ergonomie des postes et en adaptant les organisations du travail. Il faut aussi redonner de l’attractivité aux métiers et permettre à chacun de se projeter durablement dans la filière. Enfin, nous devons transmettre, former, accompagner l’évolution des pratiques dans un secteur où les techniques, les connaissances et les attentes évoluent très rapidement. Parler du bien-être au travail, c’est évoquer à la fois la prévention, l’organisation, la formation et la vision collective pour l’avenir de la filière.”
Les accidents et la pénibilité du travail dans la filière équine: comprendre, prévenir et agir
Gérald Fouga et Cyrille Gotte, conseiller et responsable prévention à la Mutualité Sociale Agricole (MSA) en Charente et Lot-et-Garonne, ont présenté l’accompagnement de l’organisme de sécurité sociale agricole en santé-sécurité au travail. Ils ont appuyé sur l’importance de mettre la santé des professionnels au cœur des préoccupations des entreprises et d’améliorer la connaissance sur le comportement du cheval pour réduire les situations à risque lors des interactions homme-cheval.
Marjorie Geva, ergonome et membre du réseau d’accompagnants en psychologie et préparation mentale (APSPM) de la FFE, a présenté son métier et son rôle de consultante pour étudier les conditions de travail.
La démarche ergonomique consiste à adapter le travail à l’homme en partant du terrain pour préserver sa sécurité, sa santé et sa longévité professionnelle, en réduisant la fatigue, le risque d’accident et les douleurs, ainsi qu’en améliorant l’efficacité et la qualité du travail. Grâce à cette approche de terrain, des solutions concrètes sont construites avec les équipes, à partir de la réalité quotidienne. La spécialiste a également évoqué un outil de prévention utile mais parfois délaissé: le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), obligatoire depuis novembre 2001.
Corinne Foulonneau, du Syndicat national des cadres d’entreprises agricoles (SNCEA CFE-CGC) et responsable pédagogique d’un club comprenant trois cents licenciés et une cinquantaine de chevaux, a partagé son constat: les contraintes sociétales impactent le personnel enseignant et d’écurie. Évoquant ensuite la recherche de conditions de travail sécures comme propices à l’épanouissement des salariés et la nécessité de s’adapter aux attentes de la nouvelle génération, elle a conclu sur le besoin d’avoir le temps de prendre du recul, même si ce n’est pas évident, et la montée en compétences nécessaire. Benoit Arosko, dirigeant et délégué du Groupement hippique national (GHN), représentant des employeurs, a insisté sur la nécessité de ne pas rester seul dans son coin et de prendre en compte le bien-être des salariés mais aussi des dirigeants.
Pour terminer, Mickaël Varliaud, dont l’élevage de Riverland compte trois cent quatre-vingt chevaux, soixante-dix naissances par an et une vingtaine de salariés répartis en différents pôles (vétérinaire, débourrage, sport), a expliqué comment la prise en compte du bien-être animal apporte également du bien-être au travail, à travers la réadaptation de bâtiments, par exemple. Il a mentionné avoir pensé certains bâtiments pour qu’ils soient fonctionnels dès le départ et avoir pu bénéficier d’aides de la région pour des travaux de réaménagement. Il a insisté sur le remise en question permanente pour s’adapter et s’inspirer de ce qui se fait à l’étranger.
Bien-être au travail: un levier pour l’attractivité de la filière?
Sébastien Marty, d’Équi-ressources, et Mary Busmey, de l’IFCE, ont présenté les chiffres clé de la filière équine: 120.400 personnes (salariés, non salariées, apprentis) en 2023 pour 35.900 équivalents temps plein portés par les centres équestres. Ils ont partagé ce que recherchent les salariés: salaire valorisant, valeurs de l’entreprise conformes aux attentes, proximité de l’hébergement ou logement disponible sur place, travail motivant et cohérent, rythme de travail compatible avec la vie de famille/entreprise individuelle. Leur intervention s’est terminée par la présentation du réseau Déclic travail, un outil abordant le travail des exploitants dans sept filières animales (bovin, caprin, ovin, équin, porcin, volaille et lapin). Des vidéos sont notamment publiées pour s’inspirer des bonnes pratiques déjà mises en place.
Charlène Lourd, ingénieure à UniLaSalle, a développé les défis auxquels fait face la filière, qui est en profonde mutation. Selon elle, “on a toujours connu un changement de personnel, sauf que moins de personnes arrivent actuellement, ce qui rend le problème d’attractivité plus visible. Ce sont des métiers empiriques, qui s’apprennent sur le terrain: ceux qui partent s’en vont avant d’avoir transmis, si bien que nous sommes dans une période de ballottement avec moins de transmission et un turn-over important. Parler uniquement des conditions de travail comme raison des départs est réducteur; des entrepreneurs dans la filière équine vont s’investir puis atteindre un plafond de verre, ce qui entraîne une perte de motivation.” Elle a également pointé la différence entre le salaire et l’engagement fourni, et l’importance de recruter des personnes ayant un réel plan de carrière.
Benoît Arosko et Clément Peignieux, du GHN, ont pointé l’écart entre les connaissances sur le milieu apportées dans les périodes de formations initiales et la réalité du terrain, “induisant une image faussée de la filière par les étudiants à leur arrivée dans le monde du travail”. Graciane Bazas, du syndicat CFDT, a expliqué avoir demandé à ses apprentis leur sentiment par rapport à leur intégration dans l’entreprise: “ceux-ci viennent au départ par passion pour les chevaux mais rencontrent des difficultés relationnelles dans les équipes et l’organisation du travail. Ce qui fonctionne, c’est de trouver le bon équilibre, avec un effort à fournir mais de l’autonomie pour le faire et la possibilité de monter à cheval.” Elle a conclu sur la nécessité de retrouver de l’esprit de corps et de se servir des relations avec les chevaux pour celles entre humains. Katie Clifford a présenté le label EquuRES, qui a vocation à accompagner les professionnels de la filière, tandis qu’Emma Lambolez, de la Fédération nationale des conseils des chevaux, a développé l’importance de la formation et de la santé/sécurité au travail.
Enfin, Maxime Cescosse, de l’Agence régionale pour amélioration conditions de travail (ARACT) de Nouvelle-Aquitaine a présenté le rôle de cet organisme public et son accompagnement auprès de structures volontaires. Il a mis en lumière la façon dont une campagne de communication bien menée peut attirer vers une filière spécifique en prenant l’exemple de la pâtisserie et de l’émission télévisée “Le meilleur pâtissier”. “Dans un métier passion, il y a un enjeu à capter ce qui est recherché et mettre en place une relation où chacun s’y retrouve. L’attractivité de la filière permet de faire venir les gens, mais le maintien dans l’emploi est lié à l’engagement, au bonheur de venir travailler et à ce qui est mis en place pour que chacun ait envie de continuer.” Il a appelé à rechercher des solutions collectives face à des problèmes identifiés.
La formation continue, un enjeu pour la filière équine
Pascal Massou, conseiller Sud-Gironde et Dordogne du Fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant (VIVEA), et Rui Neto, délégué régional Nouvelle-Aquitaine de l’Opérateur de compétences pour la coopération agricole, l’agriculture, la pêche, l’industrie agroalimentaire et les territoires (Ocapiat) ont présenté les deux dispositifs de prise en charge de la formation. Ensuite, Sophia Yordamlis, du syndicat CFTC-Agri, a expliqué que la formation favorise l’intégration et la fidélisation des salariés, tandis que Clément Peignieux, pour le GHN, a confirmé ceci en pointant néanmoins quelques difficultés d’accès à la formation continue en raison de la distance géographique.
Mathias Hébert, conseiller technique national au sein de la FFE, a évoqué des métiers en perpétuelle mutation, d’où l’importance de la formation continue: “La formation initiale permet d’entrer, la formation continue permet de rester. Les métiers du cheval d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Ils portent parfois les mêmes noms, mais ils s’inscrivent dans un monde radicalement différent: attentes sociétales, exigences éthiques, relation au bien-être animal, attentes éducatives du public. La formation professionnelle continue est, à mes yeux, le véritable rempart contre la marginalisation de la filière. Le cheval est notre fil conducteur. Depuis les premiers âges, il accompagne l’homme. Sa place a été discutée, réduite, contestée… mais il est toujours revenu. L’Homme a besoin du cheval. Et le cheval a besoin de passeurs pour être compris, respecté et transmis. Nous ne savons pas quels seront les métiers du cheval demain, mais nous savons que la transmission restera centrale, et que l’engagement des femmes et des hommes de cette filière est la condition de sa pérennité. L’engagement construit des vies utiles, solides, et profondément humaines. Finalement, la question n’est peut-être pas autour de la difficulté des métiers du cheval, mais la suivante: qui osera encore s’engager pour le vivant dans un monde qui doute du travail? Et tant qu’il y aura des femmes et des hommes pour choisir cet engagement, le cheval ne sera pas seulement un héritage, il sera un avenir. Même si cet avenir commence souvent tôt le matin.” Il a également mentionné le travail de la FFE en faveur de la promotion de la formation (développement des BFE) et de sa diversification (médiation, sport-santé, etc.) ou encore l’outil d’e-learning Campus.
Alexis Vincent, président de la commission formation du CRENA, a conclu en mettant en lumière le travail effectué ces dernières années pour développer un organisme formation au sein du CRENA afin d’accompagner et faciliter la montée en compétence des salariés et dirigeants. À l’écoute des besoins et des demandes émanant des acteurs de terrain, le nombre de formations est passé de quatre à vingt entre les saisons 2024-25 et 2025-26.
Une enquête lancée sur l’attractivité de la filière équine
À l’occasion de ces tables rondes, une enquête sur l’attractivité de la filière équine a été officiellement lancée à destination des salariés ou anciens salariés, des dirigeants d’entreprise, des travailleurs indépendants/auto-entrepreneurs, des personnes en reconversion professionnelle, en recherche d’emploi ou en formation, dans la filière équine ou des personnes qui l’ont quittée. Cette consultation a pour objectif d’orienter les actions futures visant à valoriser les métiers, renforcer l’attractivité des parcours professionnels, améliorer les conditions d’exercice et favoriser la fidélisation des professionnels. Le traitement des données sera assuré par l’ Action régionale pour l'amélioration des conditions de travail (ARACT) Nouvelle-Aquitaine. Cette initiative est portée conjointement par le CRENA, le conseil des équidés Nouvelle-Aquitaine (CENA), ainsi que des représentants d’organisations professionnelles d’employeurs (GHN) et de salariés (CFTC Agri, SNCEA CFE CGC, CFDT), avec le soutien du Fonds Éperon.
Répondre au questionnaire (de façon anonyme, compter une dizaine de minutes)
LE RÉSEAU APSPM
En créant le réseau des Accompagnants en psychologie du sport et préparation mentale (APSPM), la FFE s’est engagée dans une démarche de structuration du réseau des praticiens qui interviennent auprès des cavaliers et des staffs fédéraux sur la dimension mentale. “Aujourd’hui, pour faire face à une concurrence mondiale toujours plus exacerbée où les qualités des chevaux sont valorisées par des cavaliers au summum de leur capacité technique, l’aspect mental s’impose comme un axe prioritaire de travail d’optimisation de la performance en équitation. La création du réseau APSPM vise à faciliter un accès à l’expertise des préparateurs mentaux et psychologues du sport, à tous les cavaliers inscrits en parcours d’excellence sportive, mais également de sécuriser cette expertise, en garantissant notamment un cadre éthique et un portage de la direction technique nationale”, développe la FFE

