Sam a rejoint le panthéon des sports équestres
Hier soir, Michael Jung a annoncé la disparition de son extraordinaire Sam, qui lui avait permis d’être sacré double champion olympique en individuel en 2012 et 2016. Double champion du monde et d’Europe, le petit bai était devenu une véritable légende du concours complet, remportant également les CCI 5*-L de Badminton, Burghley et Luhmühlen. Depuis son départ à la retraite, au printemps 2018, il profitait de sa retraite chez son cavalier, dans le sud de l’Allemagne. Il s’est éteint à l’âge de vingt-six ans.
Il a fait entrer Michael Jung dans la légende du concours complet en en devenant une lui-même. Ainsi pourrait-on résumer l’itinéraire sportif de l’attachant Sam, sacré champion olympique individuel à Londres en 2012, puis à Rio en 2016, après avoir remporté les championnats du monde de Lexington en 2010 et les Européens de Luhmühlen en 2011. Hier soir, son fidèle cavalier a annoncé la disparition du petit bai à l’âge de vingt-six ans. “Ce soir, j’ai perdu mon meilleur ami, Sam”, a-t-il écrit. “Nous avons franchi toutes les étapes importantes vers le plus haut niveau ensemble, et depuis des années, te regarder brouter m’apportait une dose quotidienne de bonheur. Merci pour ces vingt années que nous avons partagées. Tu nous manqueras à tous. Repose en paix, mon ami”.
Le 31 juillet 2012, La Biosthetique Sam FBW a permis à Michael Jung d’entrer dans la légende du concours complet en devenant champion olympique après avoir successivement glané les titres mondial et européen. À Londres, les Jeux olympiques de Michael Jung et La Biosthetique Sam FBW, grandissimes favoris à la médaille d’or, débutent par une déception sur le rectangle de dressage. Après deux foulées de trot allongé, Sam commence à trottiner au pas… Résultat: 40,6 points et une onzième place provisoire. Pour autant, “rien n’est perdu”, souffle Joachim Jung à l’oreille de son fils…
Le lendemain, le soleil se lève sur le parcours du cross tracé dans le sublime Greenwich Park. “Je l’ai reconnu cinq fois: seul, puis avec mon père, avec mon élève Kenki Sato, avec notre entraîneur national Chris Bartle, et enfin avec mes coéquipiers allemands. J’avais en tête chaque centimètre du tracé. Il ne restait plus le moindre vide”, se souvient Michael Jung. Une stratégie payante, puisque le couple boucle son cross sans faute et en 9’58’’, soit dans le temps imparti de 10’03’’. En tout, seuls huit autres couples en feront autant.
Le dernier jour, Sam se montre tout aussi impeccable. À la fin du premier parcours d’hippique, l’Allemagne remporte sans surprise la médaille d’or par équipes, privant la Grande-Bretagne, sacrée en dressage et en saut, d’un triplé historique. En individuel, le couple se soumet à une seconde manche de saut, particularité du format de compétition olympique. Évidemment, il boucle un second tour sans pénalité, infligeant une pression insoutenable à Sara Algotsson Ostholt et Wega, dernier couple à revenir en piste. Proche de l’extase, la Suédoise finit par craquer sur le dernier obstacle… À 15h21 aux horloges de Greenwich (GMT), Michael Jung et Sam, seule paire à avoir franchi la ligne d’arrivée avec ses seuls points du dressage, deviennent ainsi champions olympiques individuels. Déjà sacrés champions du monde en 2010 à Lexington et d’Europe en 2011 à Luhmühlen, l’Allemand et son crack issu du petit stud-book du Bade-Wurtemberg, entrent définitivement dans la légende à Londres.
Parmi les proches de ce cheval d’exception, Gu¨nter Seitter, son naisseur, a joué un rôle capital aux côtés du cavalier et de son entourage. En 1988, cet éleveur amateur établi à Aidlingen, un petit village niché au sud-ouest de Stuttgart, avait eu la chance d’acheter Grey Girl (Han, Godehard x Eger II) à Werner Schockemöhle, frère des célèbres Alwin et Paul, pour la modique somme de 7.000 marks, soit quelque 3.500 euros. Cette jument descend de la fameuse lignée Hanovrienne G, connue pour transmettre résistance, énergie et aptitude au saut. Sous les conseils de l’ancien propriétaire, et par son goût prononcé pour cette race, Gu¨nter Seitter choisi de croiser sa belle Grey Girl avec un Pur-sang. Il choisit le célèbre Pur-sang Heraldik. En 1999, le produit issu de cette union, Halla, est à son tour croisé avec le Pur-sang Stan the Man pour donner naissance à Sam. Une totale réussite génétique! “Stan the Man me plaisait dès son arrivée à Marbach (le Haras national du Bade-Wurtemberg, situé au nord de Stuttgart, ndlr), surtout sa belle et active arrière-main”, se souvient l’éleveur. Le Pur-sang irlandais y a officié de 1993 à sa mort, en 2000.
Présenté à deux ans et demi à la Körung du Bade-Wurtemberg, le futur crack, qualifié de “cheval sans intérêt avec une grosse tête”, n’avait guère séduit les juges du stud-book…
© Olav Krenz
“Mes produits sont comme mes enfants”, Günter Seitter
Alors que le terme de la gestation approche, Günter Seitter passe la nuit dans un sac de couchage à l’écurie. “Halla n’aurait jamais pu y arriver sans mon aide”, se souvient-il. “Dès les premiers jours suivant la naissance de Sam, je me suis promené avec sa mère et lui. Le poulain se déplaçait librement à ses côtés, dans la nature. C’est d’ailleurs ce que je fais avec tous mes poulains. Ils apprennent ainsi naturellement à se débrouiller sur des terrains différents, sautent dans l’eau et dépassent des obstacles. En passant la première fois de l’herbe à l’asphalte, ils perdent régulièrement pied. Ensuite, ils apprennent. Or, ce que l’on n’assimile pas étant jeune, on ne l’assimile jamais!” Du reste, ce n’est pas le seul principe d’élevage défendu par Gu¨nter Seitter: “J’insiste pour que tous mes poulains grandissent dans les prés maigres du Haras national de Marbach, sur des sols à base de grès calcaire qui ont la vertu d’endurcir leurs articulations et leurs tendons.”
À deux ans et demi, Sam est présenté à la Körung. Les commentaires des experts de Marbach sont sans appel, consignant “un cheval sans intérêt avec une grosse tête”. Non approuvé, le mâle passe alors par la case des ventes aux enchères. Ne toisant à l’époque qu’un petit 1,63m (1,68m aujourd’hui), Sam “ne ressemblait à rien”, reconnaît Sabine Kreuter, cavalière de chasse alors âgée de vingt-six ans, qui devient sa première propriétaire. Le futur crack est présenté en dernier alors que bon nombre d’acheteurs s’en sont déjà allés. Personne ne semblant intéressé, Sabine lève la main et l’acquiert pour 8.000 euros.
Après la vente de son poulain, Gu¨nter Seitter reste en contact avec sa cliente: “Mes produits sont comme mes enfants. Je continue à veiller sur eux, je veux qu’ils aillent bien, et sûrement pas les voir enfermés dans un box.” Sabine débourre Sam correctement, le fait castrer – ce qu’elle regrettera plus tard – et se rend progressivement compte du potentiel de son cheval. À cinq ans, Sam semble mériter le travail d’un cavalier confirmé. Connaissant la famille Jung, Gu¨nter Seitter organise alors un essai pour Michael. Cependant, sa propriétaire n’a pas les moyens de lui confier tout de suite. Pour autant, son naisseur n’abandonne pas et n’en finit pas d’appeler les Jung pour les convaincre de la qualité de “son” cheval. Finalement, une solution est trouvée pour confier le jeune prodige au cavalier allemand. “Si Gu¨nter Seitter n’avait pas insisté, Sam n’aurait jamais intégré nos écuries”, confesse Joachim Jung en toute honnêteté. Le couple se classera deuxième du Mondial du Lion-d’Angers en 2006 et 2007.
Le contrat de collaboration mis en place entre la propriétaire et la famille Jung prend fin à l’issue de l’année 2010, celle de son explosion sur la scène internationale et de son titre mondial. Sam est alors la propriété conjointe de Sabine (60%) et de la famille Jung (40%). Souhaitant vendre sa part du cheval, sa propriétaire rêve d’une somme folle, dépassant le million d’euros. Mary King faisant part de son intérêt, Sabine retire le cheval des écuries Jung afin que la championne britannique puisse le monter. Cependant, les choses ne se passent pas aussi simplement et l’affaire prend même une tounure judiciaire durant de longs mois. Finalement, le 4 février 2011, la Fédération nationale allemande rend son verdict: “Le DOKR (Deutsches Olympiade-Komitee für Reiterei, ndlr) a signé un contrat par lequel il prend une participation majoritaire de 47% de Sam. Erich Single (un ami de la famille Jung, ndlr) en acquiert 13%, et la famille Jung en conserve 40%. La valeur du cheval est fixée à 766.666,66 euros.” Sans ce contrat, jamais Michael et Sam ne se seraient hissés sur la plus haute marche du podium olympique.
Un second sacre magistral
La suite n’en sera pas moins glorieuse. Essentiellement consacré aux fameux CCI 4*, le crack est battu sur le fil en 2013 à Badminton. En 2014, il s’adjuge le CCIO 4*-S de Strzegom, mais se blesse légèrement avant de pouvoir défendre son titre mondial en Normandie. En 2015, il s’impose à Fontainebleau, termine troisième des CCI 5*-L de Lexington et Luhmühlen, avant de remporter le tout premier de sa carrière, en septembre à Burghley.
Lauréat en mars 2016 de son quatrième CCIO 4*-S de Fontainebleau, Sam prend une flamboyante revanche à Badminton. Pour les Jeux olympiques de Rio de Janeiro, Michael Jung mise d’abord sur l’Anglo-Arabe Fischer Takinou d’Hulm, sacré champion d’Europe l’été précédent à Blair Castle et du CCIO 4*-S d’Aix-la-Chapelle en juillet, avant de se raviser et de lancer Sam en quête d’un second sacre suprême. Au Brésil, tout se passera comme dans un rêve, ou presque. Cinquième du teste de dressage, le couple signe l’un des trois “maxi”, avant d’enchaîner deux tours d’hippique limpides, livrant une leçon d’équitation harmonieuse à ses concurrents. Il devance respectivement de sept et onze longueurs le Français Astier Nicolas et l’Américain Phillip Dutton, en argent et en bronze sur Piaf de B’Neville et Mighty Nice. Sam prendra sa retraite en 2018, après encore une deuxième et une dixième places à Badminton et une deuxième place au CCIO 4*-S d’Aix-la-Chapelle.
Si Charisma fut à n’en pas douter “LE” cheval de complet du vingtième siècle, Sam est – à ce jour au moins – celui du vingtième et unième. Un authentique champion, qui eut la chance de rencontrer le plus grand cavalier de l’histoire de la discipline, dont le troisième titre olympique, conquis avec Fischer Chipmunk en 2024 à Paris, a enchanté le monde, mais n’a surpris personne.
Retrouvez l’épisode du podcast Légendes cavalières dédié à Sam et son cavalier
Revivez la carrière du petit bai en cinq vidéos
En 2016 à Rio, Michael Jung et Sam avaient magistralement conquis un second sacre olympique.
© Dirk Caremans/Hippo Foto

