“Je suis vraiment fière d'en être arrivée là”, Mélody Théolissat

Multi médaillée en championnats internationaux, Mélody Théolissat aborde l’année 2026 en tête du classement mondiale d’endurance. La cavalière installée dans le Vaucluse revient sur ses débuts à cheval et dans sa discipline. Elle évoque ses chevaux de tête pour cette saison, non sans parler de la fierté qu’elle ressent à occuper la place de numéro un mondiale.



Comment avez-vous commencé l’équitation et pourquoi vous êtes-vous mise à l’endurance ? 

J’ai commencé l’équitation parce que ma mère était passionnée par ce sport. Elle était propriétaire d’un cheval de loisir. On ne peut pas vraiment dire que je suis issue d’une famille de cheval, mais elle m’a transmis sa passion, et mon père a suivi également. Je me suis tournée vers l’endurance car ma mère avait acheté un cheval d’origine inconnue. À l’époque, les seules disciplines que l’on pouvait pratiquer en compétition avec un tel cheval étaient l’endurance et le TREC.

Qu'appréciez-vous dans votre discipline ?

La relation que l’on partage avec son cheval pendant de très nombreux kilomètres, et donc durant beaucoup d’heures. Il faut vraiment bien le connaître, savoir quoi faire à quel moment, prendre les bonnes décisions, rester à son écoute… À haut niveau, une course dure toute une journée, donc on crée une relation forte avec son cheval.

Parmi vos chevaux, plusieurs sont la propriété de Jean-Claude Guillaume, qui élève sous l’affixe “de Jalima”. En quoi son soutien a été important dans votre parcours ?

J'ai commencé à travailler avec lui quand j'avais seize ans. Il a été mon premier vrai client. Aujourd’hui, il est plus que cela, comme un grand-père adoptif. Sans lui, je n’en serais pas là. Nous avons vécu des choses incroyables ensemble. C’est une vraie chance d'avoir des chevaux de son élevage à l'entraînement et de pouvoir partager tous ces moments avec lui. Je ne peux que le remercier pour tout ce à quoi il m'a permis d'accéder. Pour l’heure, tous mes chevaux de championnat ont été élevés par lui et lui appartenaient. Je pense qu’il est le seul propriétaire qui pouvait se permettre de refuser certaines ventes et ainsi les garder pour pouvoir atteindre ce niveau. Malheureusement, les autres éleveurs ont tous besoin d'argent; quand les bons chevaux atteignent l’équipe de France, on ne peut généralement pas se permettre de refuser certaines offres.

Quels seront vos chevaux de tête pour 2026 ?

Tout d’abord, j’ai toujours Yalla de Jalima, médaillé de bronze en individuel et en or par équipes aux championnats du monde de Monpazier en 2024. Avant cela, il avait réussi de très belles courses à Compiègne et Saumur (se classant premier et deuxième de ces CEI 3*, ndlr). L’année dernière, il a de nouveau gagné à Monpazier (où avait lieu une CEI 3*, ndlr), prouvant que sa médaille n'était pas un hasard.

Je peux aussi compter sur Darwin du Vialaret, que je pense très bon depuis longtemps. Il a gagné à Saumur l'année dernière et a terminé vice-champion de France après sa quatrième place dans la CEI 3*  de Compiègne. J’apprécie beaucoup ses propriétaires et nous travaillons ensemble depuis longtemps. Jusqu’à présent, ils n’avaient pas pu conserver un cheval assez longtemps pour que nous l’emmenions en équipe de France. 

Quels sont vos objectifs en cette année de championnats du monde ?

Bien évidemment, j’ai les championnats du monde en tête, mais ils se tiennent en fin de saison, ce qui nous laisse le temps de voir venir les choses. Dimanche, je prendrai part à la CEI 3* d’Al’ Ula (où se dérouleront les Mondiaux en novembre, ndlr). C’est une course que je commence à connaître. Les organisateurs ont changé pas mal de choses par rapport à l’événement test de l'année dernière, et la course s’annonce beaucoup plus dure. Concernant le lieu, je trouve qu’il n’y fait pas très chaud, mais il y a des variations de terrain : on peut passer d’un sol très dur à un sol très souple, donc il faut vraiment bien s’adapter quand le terrain est profond. Il semble qu’ils aient ajouté encore plus de parties profondes, justement. Cela va demander une bonne analyse afin de préparer les championnats au mieux. Après, tout a été aménagé comme il fallait, donc il n'y a rien à dire. C'est un endroit magnifique, dépaysant. À chaque fois, cela me plaît beaucoup d'y aller.

Ensuite, mon souhait est de continuer à développer mon élevage, ce qui me plaît beaucoup depuis le début. C'est un autre plaisir de réussir à performer avec les chevaux qu'on a élevés. À Santa Susana, en décembre, deux juments que j’ai élevées (Chicha des Pacoulis et Galipettes J’M, ndlr) se sont classées première et deuxième de la CEI 3*!  À terme, j’aimerais arriver à accomplir moi-même ce genre de performances avec des chevaux que j’ai fait naître.

Que représente pour vous votre première place au classement mondial ?

Il y a vingt ans, quand j'ai effectué mes débuts à haut niveau, si on m’avait dit que j’en serais là aujourd'hui, je ne l’aurais jamais cru. Je suis partie de rien, ma famille n'étant pas aisée. J'ai débuté en essayant de me former à droite, à gauche. À cette période, c'était Jack Begaud qui était numéro un mondial et franchement, je voyais cela de très loin. Avec mes petits moyens, de la passion, de la persévérance, j'en suis arrivée là. C'est juste incroyable, mais en même temps, je reste la personne que j'étais à mes débuts. J’ai du mal à réaliser cette évolution et que je peux, à mon tour, être un modèle. Parfois, certains étrangers me demandent des selfies ou des signatures et je n'y crois même pas! Par contre, oui, je me rends compte que mon nom est écrit en face de la place de numéro un mondial sur le site de la Fédération équestre internationale (FEI). Je suis vraiment fière d'en être arrivée là.