Quelles alternatives aux fers à cheval en métal?
La ferrure métallique (acier ou aluminium) accompagne le quotidien de nos montures depuis plusieurs siècles et reste majoritaire en France, à ce jour. Les alternatives en composite, utilisées depuis près de vingt ans dans le monde des courses, ou les hipposandales, chaussures à enfiler temporairement sur le sabot, touchaient jusqu’ici un public équin bien plus restreint. Néanmoins, les dernières avancées sur les matériaux plastiques, une meilleure compréhension du sabot et l’essor du pied nu jusqu’au haut niveau ouvrent un nouveau champ des possibles, et les ferrures métalliques ont désormais des comparses! On fait le point sur ces nouvelles alternatives.
Protéger le sabot d’une usure excessive ou du piquant des cailloux autrement que par un fer en métal n’est pas une nouveauté. Cependant, que l’on s’y intéresse autant l’est beaucoup plus! Depuis quelques années, les professionnels français du secteur s’attèlent à la recherche d’innovations et avancent désormais une gamme élargie de produits répondant aux besoins de chacun: un soutien ponctuel avec les hipposandales, ou une protection permanente avec les fers/semelles en composite à coller ou brocher. Aux États-Unis, où l’essor du pied nu et d’un parage repensé a repris ses lettres de noblesse il y a trente ans déjà, ces recherches ont donné vie à de nombreux modèles d’hipposandales et de fers en plastique.
En Europe, la marque allemande Duplo, spécialiste des fers en plastique, avait quant à elle débuté sa production il y a environ vingt-cinq ans. “Depuis trois ans, la filière équine montre dans son ensemble une évolution nette concernant les ferrures métalliques”, introduit Cassandre Weal, gérante de la société française SOS Sabots, fondée par sa mère, Isabelle, il y a trente ans. Revendeuse de boots, semelles et fers en composite, SOS Sabots est rapidement deve- nue l’interlocutrice pionnière et privilégiée lorsqu’il est question de conseils d’achats et de soins sur ces sujets. “Cette convergence d’intérêt se mesure sans doute à l’aune des différentes avancées des matériaux composites – tant dans les hipposandales que dans les fers/semelles plastiques – et à travers l’exemple du sport de haut niveau, qui a permis un coup de projecteur sur les alternatives au ferrage métallique (notamment grâce à l’équipe suédoise, médaillée d’or aux Jeux olympiques de Tokyo, au sein de laquelle deux chevaux avaient concouru sans fers, ndlr).”
L’hipposandale, une véritable basket à enfiler
Protection ponctuelle et très manipulable, l’hipposandale (ici avec un accessoire Scootboot MultiPurpose Gaiter) permet au sabot d’être nu en dehors du temps de travail ainsi qu’un gain de liberté pour un parage rapproché.
© Scootboot
Évoquées sous forme de sandales lacées de cuir dans les ouvrages de Xénophon, chef d’armée grec en -400 avant notre ère et auteur du premier traité d’équitation mâtiné, de surcroît, d’une grande douceur d’éducation, les hipposandales ont historiquement devancé les fers, avant d’être supplantées par ces derniers les siècles suivants. Au XXe siècle, les États-Unis explorent de nouveau le pied nu et le port d’hipposandales, notamment en étudiant les pieds des Mustangs sauvages. Destinées à servir de protection ponctuelle, ces “boots” sont particulièrement recherchées pour les randonneurs, mais ont également su conquérir le coeur des compétiteurs par leur amorti. “Depuis son lancement, Scootboot s’est développée à l’international. Aujourd’hui, nous exportons dans plus de cent pays à travers le monde. L’Europe et le Royaume-Uni sont nos principaux marchés, suivis de l’Amérique du Nord, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie”, explique Annette Kaitinis, cofondatrice avec Dave MacDonald en 2015 de la marque australienne de protections pour sabots Scootboot. “La grande variété de tailles et leur praticité ont répondu aux besoins du marché. En effet, les Scootboots sont disponibles dans une large gamme de tailles et en quatre modèles (pour sabots ronds ou ovales), et sont légères, discrètes, faciles d’entretien et équipées de trous de drainage pour évacuer l’eau et la boue. La France figure parmi nos cinq principaux marchés européens, avec des ventes en constante augmentation. Nous avons constaté une croissance encore plus forte depuis le lancement du programme de fidélité ScootBooster, qui soutient directement nos clients grossistes grâce à des campagnes marketing payantes et des opportunités de partenariat.”
La nécessité de cramponner sur les terrains en herbe a, quelque temps, contraint les compétiteurs montant leurs chevaux pieds nus à les referrer à certaines occasions. En réponse, l’hipposandale s’ouvre à cette pratique et devient compatible aux crampons, notamment dans le cas de Scootboot. “On observe, en effet, un engouement pour le parage naturel en France, avec un nombre croissant de cavaliers de saut d’obstacles qui optent pour cette méthode et concourent avec des Scootboots. Ces dernières sont légères et compatibles avec nos crampons spécialement conçus pour le saut d’obstacles. L’adhérence offerte par ces crampons est particulièrement recherchée en compétition”, ajoute Annette Kaitinis.
Une protection ponctuelle ciblée
Des plaques de caoutchouc collables (ici avec une colle rouge) apportent le confort d’un amorti doublé de la liberté de la fourchette.
© Lubin Penna/Horse Foot EVO
En pouvant être chaussée et déchaussée à tout moment, l’hipposandale offre la possibilité de constater rapidement si la protection correspond ou non au cheval. Elle se pose également comme une alliée de choix en termes de soutien d’un sabot blessé (abcès, fourbure, etc.). “Notre modèle TheraRide, qui fête cette année son premier anniversaire, est la seule chaussure spécifiquement conçue avec une cavité intégrée pour des coussinets interchangeables. Elle permet d’adapter l’amorti aux besoins de chaque cheval et établit une nouvelle norme en matière de soins thérapeutiques des sabots, une véritable innovation sur le marché”, reprend la cofondatrice de Scootboot. “TheraRide rencontre un vif succès en France, et c’est toujours gratifiant de voir que nous pouvons accompagner davantage de chevaux dans leur transition vers le pied nu.”
“J’ai eu l’occasion d’utiliser les hipposandales Scootboot sur mes chevaux en 2023 et c’est grâce à elles que j’ai évolué vers les ferrures non métalliques. Ces nouvelles matières sont fantastiques en termes d’amorti; c’est toujours un bon point de proposer ainsi des solutions possibles pour chaque équidé”, appuie Julien Anquetin, cavalier normand de haut niveau.
“Les hipposandales restent notre marché premier, qui est toutefois désormais secondé par les fers dits plastiques”, reprend Cassandre Weal. “Ces derniers sont peut-être le trait d’union entre la pratique du pied nu et la ferrure métallique. Les fers en composite sont brochables ou collables, ce qui permet de multiples possibilités. Cette adaptation aux profils est, à juste titre, très recherchée. La marque américaine EasyCare, pionnière dans les hipposandales modernes, a d’ailleurs sorti ces dernières années de nombreux modèles de fers EasyShoe pouvant répondre à des problématiques spécifiques. Nous proposons, à ce jour, une gamme étoffée d’hipposandales et de fers en plastique de plusieurs compagnies, car il n’existe pas de solution unique pour tous: chacun fera selon son maréchal, le confort recherché pour l’équidé, le terrain à disposition, ses connaissances en parage, etc.”, accentue la gérante de SOS Sabots.
Passer à une protection permanente alternative
Le polyuréthane (ici à 100 %), doté d’une grande résistance à l’abrasion, permet le réemploi de la semelle dans de nombreux cas.
© SAFE HP
À l’instar des fers métalliques, les semelles ou fers composites sont posés par le maréchal-ferrant et doivent être enlevés toutes les quatre à cinq semaines pour réaliser un parage. Plutôt discrets, ou au contraire très voyants, ces nouveaux équipements semblent conquérir un public de plus en plus large. “Cela fait plus de six ans que je m’intéresse aux chevaux déferrés à la suite d’un essai sur un cheval qui évoluait mieux ainsi. Garder un cheval pieds nus ou en hipposandales est un très bon concept, mais cela ne convient ni à tous les chevaux ni à toutes les pratiques”, introduit Julien Anquetin, vainqueur, notamment, des Grands Prix 5* de La Corogne en 2023 et du Saut Hermès en 2024 avec Blood Diamond du Pont (SF, Diamant de Semilly x Arpège Pierreville). “Tous les autres sports développent des matières plus légères, plus flexibles et plus amortissantes au sein de leurs équipements. L’équitation, qui se reposait majoritairement sur la millénaire ferrure métallique, s’ouvre de plus en plus à d’autres matières. En association avec mon maréchal-ferrant, Lubin Penna, et Grégory Rulquin (cavalier et directeur de Cheval Liberté, ndlr), nous avons fondé Horse Foot EVO, des plaques de caoutchouc amortissantes à coller sous les sabots. La société a quatre ans et est encore en développement. Actuellement, 80% de mes chevaux évoluent avec les semelles Horse Foot EVO et cela se passe très bien. Eux et moi retrouvons la sensation du sabot pied nu, c’est-à-dire la liberté de mouvement et le fonctionnement naturel du pied, tout en bénéficiant d’une protection efficace et d’un amorti confortable.”
Un intérêt croissant des maréchaux-ferrants
Avec sa BlueFactory, la société Blueshoes offre la possibilité au maréchal-ferrant de modéliser sur place le fer, dont les mesures ont été captées via un iPhone quelques minutes auparavant.
© Lorène Faucompré
“Il y a six ans, nous avons lancé la semelle SAFE HP, 100% en polyuréthane, sans insert métallique et brochable, car nous avions observé que les fers en plastique convenaient très bien à notre cheval. Ils permettaient le mouvement naturel du sabot, à savoir son expansion/contraction et sa distorsion”, résume Sébastien Saunier, cofondateur avec son épouse Stéphanie des semelles susnommées, fabriquées en France. “Jusqu’ici, les propriétaires étaient surtout à l’initiative de l’achat des semelles. Depuis un an, de plus en plus de maréchaux nous contactent directement, ce qui est une très bonne chose. À ce jour, notre marché est concentré au niveau national, ce qui nous permet d’être réactifs.” Récompensées du Prix de l’innovation lors des Journées sciences et innovations équines (JSIE) de Saumur 2024, les semelles sont vendues “brutes” et sont ensuite adaptées au pied du cheval par le maréchal, à l’instar du classique ferrage à chaud. “Le surplus est coupé à la tricoise puis la semelle est ajustée à la meuleuse ou à la râpe. Depuis le printemps dernier, nous commercialisons un modèle à coller pouvant être broché avec deux clous complétés par un collage simplifié. Le but de ces deux modèles est d’assurer un fonctionnement du sabot très similaire au pied nu, car ce dernier reste l’idéal, à condition que l’équidé le tolère. 50% de nos clients viennent d’ailleurs du parage pied nu, leurs chevaux n’étant pas à l’aise sur tous les terrains.”
La clientèle des semelles SAFE HP reste majoritairement composée de particuliers et d’indépendants montant leurs chevaux pour le loisir ou la compétition. Parmi les personnalités connues, citons Jean-Luc Mourier en saut d’obstacles, Alexandre Ayache en dressage ou encore Louis Seychal en concours complet. “Du fait de sa résistance à l’abrasion, notre semelle peut tenir sur deux à trois cycles de ferrure – en fonction, bien sûr, du terrain sur lequel le cheval évolue. Elle peut également être utilisée en fer orthopédique si besoin, même si ce n’est pas son but premier. De nos jours, avec les récentes avancées scientifiques, on ne peut plus dire que le métal est obligatoire pour ferrer! D’ailleurs, les jeunes apprentis maréchaux semblent de plus en plus enclins à délaisser la forge pour s’intéresser à ces alternatives. Avec un discours ouvert, l’avenir du sabot s’écrira peut-être majoritairement sans métal”, souligne le cofondateur de SAFE HP. Ce dernier, présent aux Trophées de l’innovation du Salon du cheval de Paris 2025, en avait profité pour révéler la dernière nouveauté de sa société: une hipposandale en kit permettant d’ajuster la semelle au pied puis de monter la structure d’attache sur la semelle.
Et si l’on révolutionnait la forge?
“En ce vingt et unième siècle, les matériaux de conception ont évolué dans tous les domaines et, pourtant, nous sommes encore à l’ère du métal concernant les ferrures de nos chevaux. Pourquoi?”, s’est questionné, il y a dix ans, Thibaut Rooryck, cofondateur avec son frère Maxime de la société française Blueshoes (ex-Value Feet), spécialisée en fers composites sur mesure. “Dans un premier temps, nous avons cherché à comprendre pourquoi l’acier était si majoritairement utilisé. Depuis plusieurs siècles, les chevaux sont mis à profit en tant que compagnons de travail et de transport et doivent être capables de passer partout, sans s’user la corne outre mesure. Rapidement, l’être humain a compris qu’il fallait protéger le sabot et a utilisé l’acier, ce dernier étant à l’époque un matériau peu cher et facilement disponible. Mais qu’en est-il aujourd’hui? Aucune étude n’a montré l’intérêt de l’acier pour les ferrures; au contraire, les avancées scientifiques ont plutôt appuyé le fait qu’il fallait se rapprocher le plus possible du fonctionnement d’un sabot dit pied nu. À partir de là, nous avons souhaité trouver un matériau qui puisse changer la donne et, surtout, chercher à moderniser le travail de la maréchalerie.”
En effet, Blueshoes se pose en entreprise novatrice du fait de son concept et sa technologie: via un scanner 3D effectué à partir d’un iPhone Pro, le maréchal-ferrant modélise un fer sur mesure et ce dernier est ensuite découpé au laser via la BlueFactory, une machine d’usinage portative mise sur le marché depuis un an. “Nous avons travaillé nos matériaux de ferrure afin qu’ils soient réalisés dans une matière discrète pour le cheval, c’est-à-dire légère, peu épaisse et transmettant le moins possible de retour de vibration. La différence de tonicité au sein du même fer permet la distorsion naturelle du pied, sans pour autant s’écraser. Cette technologie, qui représente dix ans de travail et de recherche, s’adresse à la France et aux autres nations, ces dernières étant, par ailleurs, notre marché premier. La France a un statut particulier: elle est l’un des seuls pays à avoir une formation en maréchalerie très structurée où la forge représente une grande part de l’apprentissage. Elle est également le pays où la ferrure classique est parmi les moins chères. La profession de maréchal-ferrant est actuellement en perte d’attractivité parmi la jeune population, qui cherche sans doute un métier modernisé. Nous en avons discuté avec ce corps de métier et, en réponse, nous sommes proposés depuis deux ans au programme scolaire du brevet technique des métiers de maréchal-ferrant (BTM maréchal-ferrant) qui explore, dès lors, notre alternative à la ferrure. Si nous pouvons contribuer à donner un nouveau souffle à la maréchalerie, nous n’en serons que ravis!”, conclut d’un sourire le directeur général de Blueshoes.

