Frank Rothenberger, l’heureux élu d’Aix-la-Chapelle

En fin d’année dernière, la Fédération équestre internationale a officialisé la nomination de Frank Rothenberger au poste de chef de piste pour les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, qui se dérouleront cet été. Une décision qui a conclu plusieurs semaines de discussions entre la FEI, son comité technique de saut d’obstacles ainsi que les organisateurs du concours allemand.



Fin novembre, quelques semaines après l’assemblée générale de la Fédération équestre internationale (FEI), qui s’est tenue à Hong Kong du 4 au 7 novembre, l’instance internationale a officialisé la nomination des officiels qui oeuvreront aux championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. Programmée du 11 au 23 août, cette grand-messe du sport, qui célèbrera les meilleurs cavaliers et chevaux de saut d’obstacles, concours complet, dressage et para-dressage, ainsi que le gratin de la voltige et de l’attelage à quatre chevaux, avait besoin de professionnels à la hauteur de la promesse. Et pour cause, outre les enjeux sportifs que revêtiront ces Mondiaux, à commencer par la distribution des premiers tickets de qualification pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028, ils auront lieu au mythique complexe de la Soers, que l’on surnomme à l’envi “temple”, “Mecque” ou encore “cathédrale” des sports équestres. 

En dressage, c’est l’Allemande Ulrike Nivelle qui aura la lourde tâche de présider le jury. À l’heure où la discipline souffre de vives critiques vis-à-vis du bien-être animal et des critères de jugement, celle qui avait également joué ce rôle à la finale de la Coupe du monde de Bâle l’an dernier ainsi qu’aux championnats d’Europe de Riesenbeck en 2023 assumera de grandes responsabilités. En concours complet, ce sera la Danoise Anne-Mette Binder qui endossera cette charge et travaillera en bonne intelligence avec le chef de piste italien Giuseppe Della Chiesa, tandis qu’en attelage, para-dressage et voltige, ce sont respectivement le Belge Bert Jambon et les Allemands Marco Orsini et Ute Schoenian qui ont été nommés. 

Mais la désignation qui était probablement la plus attendue concerne le saut d’obstacles. Chef de piste historique du CSIO 5* annuel d’Aix-la-Chapelle – il y construit les parcours depuis 2003 –, Frank Rothenberger n’était pas complètement assuré d’obtenir le poste, ou, a minima, pas en solo. Pour cause, lors de la dernière édition du concours allemand, en juillet dernier, le sport avait été marqué par des parcours insatisfaisants au regard des résultats et des images qu’il avait véhiculés. Si le Prix de l’Europe fut de très bonne facture le mercredi soir, la Coupe des nations du lendemain, qui présente la particularité d’être disputée en fin de journée puis en nocturne, avait donné lieu à une élimination et de gros scores. Surtout, elle avait montré nombre de chevaux démesurément à l’effort, y compris parmi les plus expérimentés à ce niveau, notamment pour se sortir d’un triple trop difficile. Même les cavaliers étasuniens, vainqueurs de ce marathon, avaient jugé trop corsé l’exercice de l’Allemand. Puis, le lendemain, la fin du parcours proposé dans le Prix de Rhénanie-du-Nord-Westphalie avait été encore plus sévère, avec un enchaînement de deux doubles, dont l’un défendu par deux palanques blanches, face au soleil, puis un virage serré pour aborder le gros oxer final. Là encore, même le Britannique Ben Maher, vainqueur sur Point Break, ne s’était pas privé d’exprimer sa désapprobation. Deux semaines plus tard, l’inverse s’était produit aux championnats d’Europe de La Corogne, où les parcours de Santiago Varela avaient enregistré un nombre record de sans-faute dans presque toutes les épreuves, rendant cet événement phare presque un peu ennuyeux par moments… 

Bref, si l’ingratitude et l’extrême subtilité de la mission des chefs de piste sont connues de tous, la nomination du ou des chefs de piste en charge des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle n’était pas une décision anodine et a dû susciter bien des discussions en coulisse. Finalement, la FEI et son comité technique de saut d’obstacles – chargé de proposer des noms pour les postes de chef de piste et de délégué technique, la décision finale revenant au conseil d’administration de la FEI –, ainsi que les organisateurs allemands, sont tombés d’accord sur un tandem d’expérience: Frank Rothenberger en chef de piste, et Santiago Varela en délégué technique. Le premier étant incontournable sur cet immense terrain pas si facile à appréhender – surtout qu’un rectangle de dressage y sera aménagé, comme lors des championnats d’Europe de 2015 –, on imagine que le second veillera au grain et épaulera son confrère à affiner ses lignes et effectuer les bons arbitrages dans l’intérêt du sport.