“Notre discipline doit rester accessible, aussi bien pour les cavaliers que les enseignants et centres équestres”, Gireg Le Coz
Gireg Le Coz tentera de remporter un premier titre de champion de France Pro Élite de concours complet, cette semaine à Arnac-Pompadour, en Corrèze. Sans en faire un objectif prioritaire, le cavalier de trente-six ans a engagé en Pro Élite Aisprit de la Loge et Caramel d’Orchis, ses deux chevaux de tête. Visant clairement une sélection aux championnats d’Europe de Blenheim, le Breton établi près d’Angers, en Maine-et-Loire, ambitionne d’ici là de participer au CCI 5*-L de Luhmühlen. Rencontré la semaine dernière à Lamotte-Beuvron, lors du deuxième rassemblement fédéral de l’année, le remplaçant de l’équipe de France aux Jeux olympiques de Paris 2024 semble plus motivé que jamais.
Comment s’est passé votre hiver?
Bien, sans événement particulier. Mes chevaux et moi avons tranquillement repris le travail, et mes deux chevaux de tête, Aisprit de la Loge (SF, Quppydam des Horts x Dollar du Mûrier) et Caramel d’Orchis (SF, Snaike de Blondel x Apache d’Adriers) reprendront la compétition à Pompadour, dans le championnat de France Pro Élite.
Quelles sont vos ambitions pour ce Master Pro?
L’objectif est avant tout de réussir une bonne remise en route. Comme nous n’avons pas concouru à Saumur (qui a accueilli la première étape du Grand National FFE/AC Print le mois dernier, ndlr), il me sera difficile d’aller chercher la victoire. Toutefois, Aisprit est un cheval très expérimenté, performant dans toutes les épreuves auxquelles il participe, et qui a énormément progressé. L’idée n’est pas de gagner à tout prix, mais une belle performance et une médaille seraient évidemment les bienvenues.
Quel est votre programme pour la suite de la saison?
Mon principal objectif est de courir des épreuves de format long, ce que je n’avais pas pu faire l’an dernier (Aisprit avait été préservé en vue des Jeux olympiques de Paris 2024, puis avait chuté à l’obstacle 10b lors du cross du CCI 5*-L de Burghley, ndlr). Je prévois de me rendre à Luhmühlen, en juin, pour disputer le CCI 5*-L avec mes deux chevaux. L’objectif sera d’obtenir la qualification d’Aisprit pour les championnats d’Europe. Et cette épreuve allemande pourrait bien convenir à Caramel.
Quels souvenirs gardez-vous du terrain de Blenheim, qui accueillera les championnats d’Europe en septembre?
Un beau souvenir. Aisprit avait couru à Blenheim en 2018, lorsqu’il avait huit ans (à l’occasion du championnat du monde non officiel des chevaux de huit et neuf ans, ndlr). C’était même son premier concours CCI 4*-S (le couple avait fini vingt-quatrième, ndlr). Je sais donc à quoi m’attendre, et c’est un site qui donne envie d’y retourner. Ce sera une très belle compétition et j’espère avoir la chance d’être sélectionné pour y représenter la France.

Gireg Le Coz vise clairement les championnats d’Europe de Blenheim avec son fidèle cheval de tête.
© PSV Morel/FFE
“Il y a beaucoup de communication et de transparence avec le nouvel encadrement fédéral”
L’encadrement de l’équipe de France de complet a changé cet hiver notamment avec l’arrivée de Jean-Luc Force, qui a succédé à Thierry Touzaint au poste de sélectionneur national, et l’apport de quelques nouveaux techniciens, dont Cédric Lyard pour le cross et Pascal Henry pour le saut d’obstacles. Comment vivez-vous cette transition?
L’encadrement n’a pas fondamentalement changé, et la transition se passe très bien. Avant de nous réunir à Lamotte-Beuvron, nous avons déjà eu un premier regroupement à Saumur en janvier, étalé sur plusieurs semaines, puis un autre stage de trois jours, également à Saumur, avant la première étape du Grand National. Il y a beaucoup de communication et de transparence. Jean-Luc Force cherche à créer un véritable collectif, avec un bon esprit d’équipe et des échanges constructifs. Les nouveaux intervenants, notamment en saut d’obstacles, sont également excellents. Globalement, nous sommes partis sur de bonnes bases, avec une approche plus globale de la performance: travail sur la posture, préparation physique du cavalier, etc. Thierry Touzaint avait d’immenses qualités, mais la communication n’était pas son point fort. Aujourd’hui, nous avons à la tête du groupe deux excellents communicants, Jean-Luc et Martin Denisot (conseiller technique national en charge de la discipline, ndlr), ce qui répond à une attente forte des cavaliers. Tout comme les autres intervenants, ils sont très accessibles, et les échanges sont fluides et constructifs.
Pouvez-vous parler de vos autres chevaux?
J’ai Que Cera (Han, Quickly de Kreisker x Artos Z), une jument de neuf ans, Milwaukee TCS (KWPN, Berlin x Balou du Rouet), une jument de huit ans, et Hurry Up Kolpou (AAC, Upsilon x Fedor de Sèves), un hongre de neuf ans, qui courront tous la Pro 2 à Pompadour. J’espère les amener progressivement vers un premier CCI 4* en fin d’année. J’ai également une autre jument de huit ans, un très bon cheval de sept ans, ainsi que plusieurs chevaux six, cinq et quatre ans. Mes écuries ne sont pas surchargées, mais j’ai tout de même treize chevaux au travail, ce qui est largement suffisant. Mon organisation fonctionne bien, et je suis satisfait de la manière dont mes chevaux sont gérés au quotidien. Je me sens très bien dans ces écuries (situées à Feneu, entre Angers et Le Lion-d’Angers, en Maine-et-Loire, ndlr). La localisation est idéale, à proximité du Lion et de Saumur, ce qui facilite la logistique pour les compétitions et stages.
“Il s’avère de plus en plus difficile pour les amateurs de concourir et de pratiquer le complet”
En ce début d’olympiade, Frédéric Bouix, le nouveau président de la Fédération française d’équitation et les élus du comité fédéral semblent déterminés à redynamiser la pratique du concours complet. Il y a des inquiétudes, notamment à cause de la suppression de certaines subventions locales. Quel regard portez-vous sur la situation?
Nous manquons de terrains de concours, et les chiffres concernant le nombre de pratiquants amateurs ne sont pas très encourageants. Je pense que le problème a été bien identifié par la FFE et qu’il va être sérieusement traité par Martin Denisot. Le 24 mars, il y a eu une réunion avec les cavaliers, mais aussi des chefs de piste et des organisateurs, afin que chacun puisse proposer des idées pour relancer la pratique et donner envie aux cavaliers de s’y investir. Selon moi, la solution passe aussi par les centres équestres. Il faudrait encourager le travail en terrain varié, sans parler directement de cross, mais en incitant à pratiquer davantage l’équitation en extérieur. Pourquoi ne pas intégrer cela dans le passage des Galops? Lorsque j’ai passé mon Galop 7, le cross était obligatoire. Le rétablir dans le cursus inviterait les cavaliers à s’initier à la discipline et à se familiariser avec certains profils d’obstacles. Cela pourrait ouvrir des portes et attirer plus de pratiquants vers le concours complet.
Lorsque vous étiez un jeune cavalier de club, cela vous a-t-il guidé vers le concours complet ou bien cette discipline a-t-il toujours été une évidence pour vous?
Dans mon écurie, nous avions un Spring Garden à disposition et je faisais beaucoup de balades. Ma première compétition était un concours complet, donc la question ne s’est pas posée. Aujourd’hui, cette pratique s’est un peu perdue. Il faudrait la revaloriser. Concernant les problématiques de sécurité, de nombreux nouveaux dispositifs de sécurité sont actuellement testés en Angleterre. Pour limiter les risques d’accidents, la priorité reste la formation des cavaliers et des chevaux. C’est sur ce point qu’il faut mettre l’accent.
Entraînez-vous quelques cavaliers vous-mêmes?
L’hiver, j’enseigne beaucoup et donne régulièrement des stages un peu partout en France. J’ai aussi quelques élèves qui viennent s’entraîner avec moi, mais je coache peu en concours parce que mon emploi du temps est déjà bien chargé. Il y a toujours beaucoup de passionnés. Lors de mes stages, j’accueille souvent une vingtaine de cavaliers, de niveau Amateur 4 à Amateur Élite, ainsi que des enseignants. Beaucoup adorent cette discipline et veulent progresser. Cependant, il s’avère de plus en plus difficile pour eux de pratiquer et de concourir. Les contraintes financières et logistiques sont importantes, à commencer par les longs trajets pour se rendre en compétition.
Pensez-vous que les Jeux olympiques de Paris auront un effet positif sur la pratique équestre à long terme?
Peut-être, mais encore faut-il que la discipline reste accessible, aussi bien pour les cavaliers que pour leurs enseignants et leurs centres équestres. C’est là toute la difficulté.