À Bâle, le match entre l’Europe et les États-Unis n’aura finalement pas (vraiment) lieu

Avec le forfait de Laura Kraut, dernière star étatsunienne encore engagée à Bâle, la délégation du continent américain a perdu sa meilleure chance de briller en finale de la Coupe du monde Longines de saut d’obstacles. Cet événement, qui débute sportivement demain soir en Suisse, ne manquera pas d’intérêt, mais la victoire semble désormais promise à l’Europe.



Demain soir, quarante cavaliers devraient prendre part à la Chasse de la finale de la Coupe du monde Longines de saut d’obstacles, tenue à la halle Saint-Jacques de Bâle, en Suisse. Parmi eux, on compte un Océanien, Néo-Zélandais en l’occurrence, cinq Asiatiques, dont un Japonais, un Kirghizstanais et trois concurrents de la péninsule arabique, deux Africains, à savoir une Sud-Africaine et un Égyptien, neuf Nord-Américains, représentant tous les États-Unis, et pas moins de vingt-quatre Européens, dont quatre issus de l’est du continent – ou trois, si considère la Géorgie comme une nation asiatique. Le cru 2025 de ce sommet printanier, le premier devant être disputé à guichets fermés et sans restriction sanitaire depuis 2019 (!), sera donc incontestablement un rassemblement mondial. Pour autant, il n’y aura aucun Sud-Américain, alors que le Brésil, l’Argentine et la Colombie comptent sur la scène internationale, et pas de Canadien ni de Mexicain non plus, alors que le règlement de la Coupe du monde réserve généreusement deux places à chacune de ces deux nations.

Sur quarante-trois éditions de cette finale indoor, seize ont été remportées par des cavaliers américains, dont trois par le Brésilien Rodrigo Pessoa, consultant de GRANDPRIX.info ce week-end, associé au légendaire Selle Français Baloubet du Rouet, et deux par la Canadian Ian Millar avec Big Ben. Les vingt-sept autres ont été gagnées par des Européens, dont l’Autrichien Hugo Simon, triple vainqueur et désormais retraité, le Suisse Steve Guerdat, lauréat à trois reprises et absent cette année en raison de problèmes dorsaux, l’Allemande Meredith Michaels-Beerbaum, seule femme à compter autant de triomphes que les précédents, et son compatriote Marcus Ehning, qui tentera à Bâle de s’imposer une quatrième fois. Quant à Bruno Broucqsault, il reste seul Français à avoir soulevé le trophée, en 2004 à Milan, avec l’inoubliable Anglo-Arabe Dilème de Cèphe. 



Des défections étasuniennes de taille

Souvent, cette finale de la Coupe du monde a donné lieu à un match entre les meilleurs couples européens et les meilleurs binômes américains. Cette année à Bâle, malgré la présence de neuf États-Uniens, ce duel semble malheureusement plus déséquilibré que jamais en faveur de l’Europe. Alors qu’on espérait voir à l’œuvre Kent Farrington, redoutable numéro deux mondial disposant d’une écurie éblouissante, McLain Ward, vainqueur en 2017 à Omaha sur la génial HH Azur Garden’s Horses, Karl Cook et sa merveilleuse Caracole de la Roque, ainsi que Laura Kraut, associée à son insubmersible Baloutinue, ces quatre stars, sélectionnées l’an passé aux Jeux olympiques de Paris 2024 – où les trois derniers cités avaient offert une seconde médaille d’argent collective consécutive à leur pays – et qualifiées pour l’événement bâlois, seront finalement absentes. Kent Farrington et McLain Ward ont rapidement renoncé à participer au seul championnat intercontinental de l’année, tandis que Karl Cook et Laura Kraut ont pris leur décision plus récemment.

Pour Laura Kraut, la mauvaise nouvelle a été officialisée en début de semaine. “Malheureusement, Baloutinue s’est légèrement blessé après le CSI 5* de Bois-le-Duc (où le couple s’était classé huitième du Grand Prix Rolex en concédant quatre points au tour initial, ndlr), et nous n’avons pas jugé bon de le pousser à participer à un événement aussi important que cette finale. Nous espérons qu’il sera de retour plus tard dans le printemps”, a commenté celle qui partage son temps entre Europe et États-Unis, et qui avait fait un véritable objectif de cette finale de la Coupe du monde, où elle ne s’est encore jamais imposée. “Je suis déçue de manquer ce championnat, car j’étais très impatiente d’y participer, mais la santé de mon cheval passe avant tout”, a-t-elle conclu.



En l’absence de leurs olympiens, les États-Unis compteront surtout sur Lillie Keenan, vingt-huitième au classement mondial Longines des cavaliers et engagée avec Kick On, dixième du Grand Prix CSI 5*-W d’Ocala et lauréat du Grand Prix 5* de Rockwood l’été dernier au Canada, ainsi que sur Kristen Vanderveen, soixante-troisième mondiale et venue avec Bull Run’s Jireh, troisième du Grand Prix 5*-W d’Upper Marlboro, ou encore sur Alessandra Volpi, centième mondiale et associée à Gipsy Love, quatrième du Grand Prix de Rockwood précédemment cité. Ces trois femmes comptent respectivement, zéro, deux et une finales à leur actif, ce qui risque de peser dans la balance, face à l’expérience, notamment en indoor, des meilleurs Européens. Parmi les plus à même de réaliser une excellente performance cette semaine, sinon de remporter la victoire, on pense aux Britannique Ben Maher et Robert Whitaker, à l’Irlandais Daniel Coyle, aux Belges Grégory Wathelet et Pieter Devos, aux Allemands Hans-Dieter Dreher, Sophie Hinners, Marcus Ehning et surtout Richard Vogel, au Suédois Henrik von Eckermann, numéro un mondial et double tenant du titre, au Français Julien Épaillard, aux Néerlandais Maikel van der Vleuten et Willem Greve, au Suisse Martin Fuchs, vainqueur en 2022 et qui s’annonce redoutable à domicile, ou encore à l’Autrichien Max Kühner, toujours en quête d’un premier grand titre.



Une Coupe du monde en perte de vitesse outre-Atlantique

À bien y regarder, le niveau global assez faible des participants nord-américains semble traduire la perte d’influence et d’importance de la Coupe du monde sur un continent où cette série FEI est en concurrence non seulement avec l’historique Winter Equestrian Festival de Wellington, mais aussi avec les concours récurrents d’Ocala, également en Floride, et de Thermal, en Californie, sans oublier la Major League, qui attire bon nombre de grands cavaliers américains, avec sa formule comparable – mais pas semblable – à la Global Champions League de Jan Tops. Ainsi, le 8 février, aucun Étatsunien ni aucun Canadien n’a pris part à l’étape de la Ligue nord-américaine Longines disputée dans le cadre du CSI 4*-W de Puebla, au Mexique.... Cette Ligue de la Coupe du monde s’est achevée la semaine suivante à Ocala lors d’un CSI 5*-W programmé en concurrence directe avec la première étape de la… Ligue des nations Longines, l’autre série orchestrée par la FEI. Un non-sens qui a encore affaibli la Coupe du monde. De toute évidence, le comité de saut d’obstacles de la FEI devra se pencher sans trop attendre sur la question de la revitalisation du circuit dans cette région du monde.

Les finales des Coupes du monde de Bâle sont retransmises en direct, puis disponibles à la demande sur ClipMyHorse.tv. Kamel Boudra et Fabienne Daigneux en commenteront toutes les étapes de la compétition en jumping



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